28 août 2014

Avant-Première : Superman - Identité Secrète

Un DC Deluxe indispensable sort en novembre chez Urban Comics : Superman - Secret Identity. Voyons tout de suite en quoi cette vision de Supes diffère de ce que l'on connaît.  

Les parents du jeune Kent ont cru bon de lui faire une bonne blague à sa naissance : ils l'ont appelé Clark. Comme le Superman des comics. Ce qui lui vaut bien entendu un nombre incroyable de blagues de mauvais goût. 
Parfois, Clark s'isole un peu, pour écrire, pour s'évader, comme s'il voulait s'enfermer dans une forteresse de solitude...
Et puis un jour, il découvre qu'il a des pouvoirs. Il peut voler, se déplacer à une vitesse hallucinante, soulever plusieurs tonnes !
Sa vie change. Tout devient possible.
Mais il est des secrets qui s'avèrent bien lourds à porter seul. Clark, qui découvre qu'il est épié, traqué même, va devoir choisir entre préserver ses proches ou partager avec eux ce qui fait de lui un être unique.

Cette mini-série, à l'origine publiée en 2004 en quatre longues parties, constitue une saga de près de 200 planches. Le scénariste n'est autre que Kurt Busiek (Astro City, Marvels), les dessins sont réalisés par Stuart Immonen, qui va faire preuve d'un talent extraordinaire en dépeignant un monde à la fois réaliste et d'une beauté stupéfiante. Les décors sont détaillés, les visages expressifs, les plans variés et souvent impressionnants. 
L'ambiance qui se dégage de l'ensemble fait penser à certains récits de Jeph Loeb, que ce soit évidemment son Superman : For all seasons ou le Spider-Man : Blue, pour le côté doux-amer. A cette relecture intimiste et tendre du personnage, Busiek va également associer un brin de paranoïa, Kent subissant - un peu à la manière d'un Hyperion - les manipulations et les agissements parfois douteux du gouvernement.

L'histoire, complète, suit Clark Kent de son adolescence jusqu'au crépuscule de sa vie, alors que ses pouvoirs déclinent. On le voit rencontrer sa Lois, fonder une famille, trembler pour celle-ci. Et au final, malgré quelques scènes super-héroïques classiques (Kent sauve un gamin de la noyade, il vient en aide à un avion en perdition...), l'auteur s'éloigne du schéma classique (pas de super-vilains par exemple) pour rentrer dans une thématique plus adulte, plus universelle aussi.
Peut-on mentir aux gens que l'on aime pour les protéger ? Jusqu'à quel point a-t-on le droit d'influencer ses propres enfants ? 

Dans un monde où Superman n'existe que dans les comics, Kent, pour se protéger, a choisi de s'habiller comme lui. De devenir une légende urbaine. Un sujet dont on se moque. C'est là une technique bien connue des services spéciaux du monde entier : si vous ne pouvez pas garder un secret, si c'est trop énorme pour être contenu, faites en sorte de le discréditer. Ce qui n'est pas crédible cesse d'être dangereux.
Ce que Kent a bien compris, c'est que pour vivre heureux, il lui fallait vivre caché, à l'abri de la foule et des sourires, torves et avides, des media. Là encore le genre super-héroïque pur est détourné, avec talent, pour finalement discourir sur un sujet bien plus vaste que les seuls encapés.

Ce que l'on retiendra de ce récit, ce n'est cependant pas tant les pistes de réflexion qu'il offre que la nouvelle vision qu'il impose pour le personnage. Superman, trop kitsch pour être aussi iconique qu'un Batman, trop puissant pour attendrir le lecteur, devient subitement fragile, mortel, désemparé. Humain en un mot.
Cette histoire fait également partie de ces contes, simples mais pas si naïfs que ça, qui marquent et permettent de croire, au moins un peu, que la bonté existe, quelque part. Cachée peut-être, habilement dissimulée par des gens qui savent qu'elle peut faire d'eux une cible. 

Un moment magique et hors du temps.
A lire absolument.
Sortie : le 14 novembre 2014

+ un univers graphique somptueux
+ une vision intelligente et originale du personnage
+ profond, réaliste et émouvant
+ une preuve supplémentaire que les comics, même de super-héros, peuvent être brillants et dépasser largement le cadre d'un genre que certains méprisent pas méconnaissance