Quand les vivants s'effondrent
A l'occasion de la sortie très prochaine (début mai) du huitième tome VF, il m'a paru souhaitable de faire un point sur l'excellente série The Walking Dead. L'article qui suit est la suite de Quand les morts marchent, un premier post vers lequel je vous conseille de vous tourner si vous ne connaissez pas cette histoire et ne souhaitez en avoir qu'un aperçu. Attention : bien que je tente au maximum d'éviter les spoilers, ce qui suit contient des informations de nature à gâcher votre plaisir de lecture si vous n'avez pas lu les huit premiers tomes (ou les 48 premiers épisodes VO).
Il s'en est passé du temps depuis que Rick s'est réveillé dans un hôpital pour constater que le monde avait changé. Rick a dû se battre. Pour survivre, pour retrouver les siens, pour sauver ce qui pouvait l'être. Personne n'était préparé à ça. Ni les hommes, ni les femmes. Ni les criminels, ni les flics. Et encore moins les enfants. Mais tous sont embarqués dans l'horreur. Les morts marchent. La civilisation n'a plus cours.
Pendant un temps, c'est l'accalmie - relative - grâce à la protection qu'offre une prison, nettoyée de certaines présences malsaines. Mais rien ne dure jamais. Et si survivre s'avère compliqué, le plus dur reste encore de trouver une réelle raison de continuer à vivre. A s'imposer... une vie de souffrance.
Nous allons bientôt atteindre, en VF, le mythique numéro #50 de la série. Le prochain volume
, publié par Delcourt, contient les épisodes #43 à #48 et s'avère crucial pour l'avenir du titre. Tout va changer. Je vois certains esquisser déjà un sourire en coin tant cette promesse est courante et peu suivie d'effets dans les comics mainstream. Néanmoins, ici, Robert Kirkman est seul maître du jeu et compte bien aller jusqu'au bout de sa démarche initiale qui était, rappelons-le, de nous conter une histoire sur le très long terme, en essayant de voir ce que le destin réserve aux personnages lorsque, normalement, un livre ou un film prennent fin. C'est donc presque implicitement la promesse de s'affranchir des règles traditionnelles de l'on-going. Et le pari est tenu.
, publié par Delcourt, contient les épisodes #43 à #48 et s'avère crucial pour l'avenir du titre. Tout va changer. Je vois certains esquisser déjà un sourire en coin tant cette promesse est courante et peu suivie d'effets dans les comics mainstream. Néanmoins, ici, Robert Kirkman est seul maître du jeu et compte bien aller jusqu'au bout de sa démarche initiale qui était, rappelons-le, de nous conter une histoire sur le très long terme, en essayant de voir ce que le destin réserve aux personnages lorsque, normalement, un livre ou un film prennent fin. C'est donc presque implicitement la promesse de s'affranchir des règles traditionnelles de l'on-going. Et le pari est tenu.Pendant longtemps, les protagonistes prennent place dans la fameuse prison. Bien que s'y déroulent pas mal d'évènements (et pas toujours des plus joyeux), il en découlait une impression de voie sans issue alors que le monde entier pouvait faire office de vaste aire de jeu et d'inspiration. De la même manière, certains personnages avaient acquis, dans l'esprit des lecteurs, un statut de quasi "intouchables". Le tome #8 de la VF met fin à ces deux constantes de lieu et de héros immortels. Et c'est dramatique.
Dramatique dans le bon sens du terme, heureusement. ;o)
Car le lecteur va souffrir. Souffrir de voir les efforts du groupe réduits à néant, souffrir de voir l'espoir de normalité s'évaporer à la première tempête, souffrir de voir des gens, auxquels nous nous étions attachés, mourir pour de bon. Le virage est drastique, la manière violente, mais là où un One More Day prend le lecteur pour un benêt, Kirkman, lui, nous traite avec respect, en tant qu'adultes intelligents et doués de raison.
Ces épisodes charnières sont ahurissants de tension mais ne nous y trompons pas, ce déchaînement d'action n'est possible que grâce à une construction, minutieuse, de chaque personnage. Chaque tête qui tombe nous déchire le coeur parce que nous connaissions ces gens. Nous avions appris à les aimer, au moins un peu, même pour les plus secondaires d'entre eux nous avions une forme d'attachement. En cela Kirkman fait ce que tout bon auteur, à mon sens, doit faire : nous prendre par les sentiments pour, seulement ensuite, nous balancer les coups. Avec cette folle mais indispensable promesse que rien ne les effacera.
Ayant un peu d'avance sur la VF, je peux vous dire que l'ambiance de la série change du
tout au tout, forcément. L'on peut en déduire que Kirkman est un type qui ne fait pas dans la facilité, l'on peut aussi admettre qu'il respecte, sinon ses lecteurs, au moins son oeuvre. Bref, tous les signes d'un grand. Et surtout, malgré le fait que d'un point de vue scénaristique, ses choix soient les meilleurs dans ce cas précis, je n'en regrette pas moins certains de mes "chouchous" et j'ai grommelé, presque les larmes aux yeux, "putain, non, pas ça !" en lisant ces planches et en croyant, jusqu'au dernier moment, que tout allait se régler comme dans un bon vieux Amazing Spider-Man. Mais non. The Walking Dead, c'est un comic sur la vie et ses réalités plus que sur la mort et ses supposées fantaisies.
tout au tout, forcément. L'on peut en déduire que Kirkman est un type qui ne fait pas dans la facilité, l'on peut aussi admettre qu'il respecte, sinon ses lecteurs, au moins son oeuvre. Bref, tous les signes d'un grand. Et surtout, malgré le fait que d'un point de vue scénaristique, ses choix soient les meilleurs dans ce cas précis, je n'en regrette pas moins certains de mes "chouchous" et j'ai grommelé, presque les larmes aux yeux, "putain, non, pas ça !" en lisant ces planches et en croyant, jusqu'au dernier moment, que tout allait se régler comme dans un bon vieux Amazing Spider-Man. Mais non. The Walking Dead, c'est un comic sur la vie et ses réalités plus que sur la mort et ses supposées fantaisies.Même si l'on n'apprécie guère le genre horrifique ou "survival", cette oeuvre est un incontournable du comic voire du livre tout court. Parce que, plus qu'une mise en scène catastrophique de la fin du monde, c'est à une étude du comportement individuel en situation de crise que nous assistons. Et ce comportement est parfois magnifique, parfois cruel, il nous laisse un goût amer en bouche et quelques ratés au coeur. Rick, Lori, Tyreese, Carl, Michonne ou Patricia nous ressemblent. Pas seulement grâce au talent de Charlie Adlard. Et un peu trop peut-être pour que nous admettions les aimer vraiment ou les détester en bloc. Suffisamment en tout cas pour que nous puissions continuer à trembler pour eux. Enfin... ceux qui restent. Car, là aussi c'est un fait, les pages de présentation, en début de volume, finissent par se couvrir de plus en plus de portraits grisés (signe que le personnage en question est décédé dans la série). Et tirer un trait sur les gens, c'est à la fois ce qu'il faut faire dans une bonne histoire et aussi ce qu'il y a de plus dur à admettre dans la vie. Et tant que des écrivains nous pondront des fictions pareilles, pour nous prendre à la gorge et aux tripes, alors sans doute que nous oublierons, au moins pour un temps, la véritable horreur, celle qui sévit de ce côté-ci des pages... sans aucun scénariste pour justifier les larmes.
Une oeuvre majeure dont la qualité ne se dément pas sur la durée et dont les ventes, aux US comme ici, permettent de penser que le public a soif non pas forcément de morts-vivants mais plutôt d'auteurs libres et inspirés.
"Tu ne vas sans doute pas te plaire ici. Il y a des gens sympas, au début ils sont super... mais ils sont là, à te juger. Tu te plantes une fois... et c'est fini pour toi, plié. J'ai essayé de me suicider, sérieux. Ça n'a pas marché, comme tu le vois. Mais j'ai essayé. Ils ne me laisseront pas l'oublier. Je le vois dans leurs yeux... ils n'ont plus aucun respect pour moi."
Carol, quelques secondes avant sa mort, sous la plume de Robert Kirkman.




7 commentaires:
La série est énorme. Même ma femme hurle quand je lui en parle parce qu'elle veut pas que je lui révèle la suite. ^^
Enorme aussi ta façon d'en parler mais ça c'est pas une surprise.
Je ne connaissais, au vu de ton post j'ai commandé le premier numéro et je suis scotché. Je vais les commander tous (c'est l'avantage d'arriver après la bataille, on n'a pas besoin d'attendre).
Merci pour le buzz.
Content que ça t'ait plu, je me rappelle quand j'ai acheté les deux premiers tomes sur un coup de tête, j'ai commencé à lire le premier, très tard, en me disant que j'allais juste me faire les premières pages et j'ai finalement lu les deux d'une traite.
Avec les 6 (bientôt 7) suivants, tu vas passer un sacré bon moment (ou de très courtes nuits) ! ;o)
J'avais évité de lire ce sujet, puisque j'attendais la sortie du T8.
J'ai beaucoup (trop) de choses à lire en ce moment, mais j'ai mis de côté certains trucs (genre la fin de Messiah Complex) parce que Walking Dead, il faut bien l'avouer, passe quand même en priorité.
J'ai moi aussi acheter le T1 sur un coup de tête, sachant tout juste que c'était un truc de zombies.
Et pis bin... Toujours scotché à chaque tome.
J'avais lu également que l'auteur souhaitait avancer dans son histoire comme il l'entendait, quitte à faire disparaitre des "piliers" de son histoire, mais je voulais pas vraiment y croire non plus.
Et puis (notamment) le héros perd une main et je suis complêtement dégouté de voir ça (j'avais déjà ressenti ça pour la Tour Sombre...)
Après la scène de torture et l'espèce de dingo qui garde sa fille zombifié, je m'étais dit que je pourrais jamais être plus horrifié, et le T8...
...j'ai envie de dire "et bin merde" ^^
Plus qu'a patienter pour le T9 :)
Il est finalement arrivé. Je l'ai lu et... je suis partagé. J'avais peut-être trop d'attentes, on parlait beaucoup de ce tome8 et les précédents avaient beaucoup joué la montée de la tension.
Et j'ai fini par avoir un vague ressenti de "tout ça pour ça?" qui te paraîtra peut-être bizarre au vu de ce que tu as écrit.
Quant aux personnages morts (attention, lecteur imprudent qui passe sur ce commentaire, aux spoilers),
j'ai réagit, comme lecteur, un peu comme Carl, comme personnage: "les gens meurent papa, ça arrive tout le temps. Tyreese me manquera... mais je savais qu'il finirait par mourir tout le monde va mourir. Tu voulais me dire autre chose?"
Avec détachement, donc. La montée en tension des tomes précédents annonçait depuis longtemps la mort de personnages-clés. Et Kirkman semble se garder quelques réserves. Il y a quelques "fausses morts" qui laissent anticiper quelques retours.
J'avoue que j'attendais un peu mieux que seulement le massacre attendu.
Plus que la perte de tout personnage, c'est celle de la prison qui fait mal et change la dynamique de l'histoire. On passe d'une communauté en construction à une situation d'errance (du moins je crois, faut voir ce que les tomes suivants réservent aux rescapés... l'enclave de Woodbury subsiste encore et j'ai du mal à croire qu'il ne voudra pas en parler davantage). C'est un choix, mais je ne parvient pas à me dire que l'étude de la communauté était au bout du rouleau.
Mais bon, peut-être qu'il se réserve ça pour de prochains groupes, de prochaines communautés.
Ça peut être intéressant, Rick ne sera plus à la tête d'un groupe, il sera plutôt le nouveau qui dérange.
Enfin, je suis peut-être un peu déçu, mais je suis assez curieux de la suite pour l'attendre... avec impatience!
Pour info la série va être adaptée à la télévision par le réalisateur de "la ligne verte" et "les évadés".
J'ai hâte de voir ça. ^^
Oui j'avais vu ça sur le site de Delcourt, curieux aussi de voir le résultat. Si c'est acheté par une télé française, ils vont encore nous passer ça à minuit... (comme France 3 qui s'était retrouvé à pas savoir quoi faire de son The Shield, faut dire que c'est un peu plus rock n'roll que Louis la brocante)
Enregistrer un commentaire