Rendez-vous chez le Psi
Pas besoin de vous allonger et de
parler de votre enfance, le rendez-vous du mois concerne non pas le psychologue
mais les pouvoirs psioniques et ceux qui en usent (et abusent ?).
[Ceci est un article issu du webzine de WEBellipses]
[Ceci est un article issu du webzine de WEBellipses]
Dans la longue liste de
super-pouvoirs largement employés dans les comics, l'on trouve des classiques
(super-force, vol, super-vitesse...), des capacités moins connues ou moins
évidentes (intangibilité, élasticité...) et les fameux pouvoirs mentaux.
Télépathie, vision à distance, télékinésie, pyrokinésie, les possibilités de
l'esprit semblent très nombreuses et s'avèrent aussi fascinantes
qu'effrayantes, d'autant que, contre toute attente, scientifiques et services
secrets s'y sont très sérieusement intéressés dans le monde réel.
La CIA notamment a mené de
nombreuses expériences dans les années 70. En pleine guerre froide, l'on n'a
guère de mal à imaginer l'intérêt énorme que pouvait représenter la capacité de
localiser des cibles stratégiques ou de décrire le contenu d'une base ennemie
en restant bien tranquillement "à la maison". Le programme Stargate
(l'un des nombreux projets développés par les Etats-Unis pour vérifier
l'existence et exploiter, militairement ou civilement, les pouvoirs psi) a pris
fin seulement en... 1995. Et encore, dans son numéro de décembre 95, le Time
révélait que trois sujets travaillaient encore pour le gouvernement US à Fort
Meade, Maryland, base censée pourtant être fermée. Et ce avec un budget annuel
de 500 000 dollars.
(l'un des nombreux projets développés par les Etats-Unis pour vérifier
l'existence et exploiter, militairement ou civilement, les pouvoirs psi) a pris
fin seulement en... 1995. Et encore, dans son numéro de décembre 95, le Time
révélait que trois sujets travaillaient encore pour le gouvernement US à Fort
Meade, Maryland, base censée pourtant être fermée. Et ce avec un budget annuel
de 500 000 dollars.
Plus troublant encore, après la
déclassification d'une faible partie des documents détenus par la CIA, l'on
peut se rendre compte que certaines expériences ont eu des résultats
incroyablement précis. Le description de certaines parties (une machine
notamment) de la base de Semipalatinsk (le plus important centre d'essai
atomique de l'ère soviétique) laisse rêveur... l'exemple a d'ailleurs été
repris pour alimenter de nombreux sites spécialisés du net, qu'ils soient
sérieux ou farfelus.
Personne ne croit qu'un type
puisse, même affublé d'une cape, voler comme un oiseau, être plus rapide qu'un
train (peut-être certains trains français, admettons) ou soulever plusieurs
tonnes. A contrario, même des gouvernements misent sur l'existence de capacités
psychiques.
Est-ce si étonnant que cela d'un
point de vue scientifique ? L'on sait depuis longtemps que l'on n'utilise
qu'une infime partie des capacités de notre cerveau (et certains encore moins
que d'autres si l'on en croit certaines émissions de télé-réalité). L'on sait
également que les processus inconscients du cerveau sont à la fois très
nombreux, d'une rapidité phénoménale et essentiels pour vivre normalement.
La plupart du temps, il faut se
rendre à l'évidence, nous ne sommes pas vraiment aux commandes. Notre cerveau
effectue la plupart des tâches en mode "automatique". Il ne nous
transmet en réalité que ce qu'il n'a pas l'habitude de traiter ou ce qui peut
relever d'une urgence quelconque. C'est ce qui nous permet de saluer de la main
une personne que l'on a reconnue alors que l'on descend un escalier et que l'on
discute au téléphone. La conscience est concentrée sur la conversation
(entièrement nouvelle, c'est pour cela qu'elle représente un danger en
voiture), alors que l'inconscient se charge de se démerder pour nous faire
dévaler les marches sans que l'on se casse la gueule tout en allant puiser dans
une immense banque de données qui permet d'identifier le type que l'on croise.
Bien souvent, l'on entend que
l'ordinateur n'est pas plus intelligent que l'être humain mais qu'il est
capable de traiter plus d'informations simultanément que lui. C'est exact si
l'on parle de la conscience mais totalement faux si l'on prend en compte les
exploits quotidiens de nos routines inconscientes.
Lorsque je regarde un visage,
presque instantanément, je vais recevoir une quantité phénoménales
d'informations essentielles : en comparant le visage à ma
"banque de
données" personnelle, mon cerveau me dit si je connais ou non la personne,
qui elle est, si des sentiments positifs ou négatifs lui sont associés. Mieux
encore, même pour un inconnu, une autre routine travaille, tout aussi
rapidement, pour me dire si l'individu en question a l'air hostile, amical,
peiné, apeuré, fébrile, etc.
"banque de
données" personnelle, mon cerveau me dit si je connais ou non la personne,
qui elle est, si des sentiments positifs ou négatifs lui sont associés. Mieux
encore, même pour un inconnu, une autre routine travaille, tout aussi
rapidement, pour me dire si l'individu en question a l'air hostile, amical,
peiné, apeuré, fébrile, etc.
Et, plus extraordinaire encore,
alors que mon inconscient va faire un scan d'un unique visage dans certaines
circonstances, afin de me fournir le maximum d'informations, il va laisser
tomber (et heureusement !) ce genre d'analyses si je me trouve au milieu d'une
foule habituelle (si vous êtes sur une grande artère de Londres, un samedi
après-midi, votre cerveau n'interprète pas la présence de milliers de personnes
comme une menace ou un élément important de l'environnement, il n'analyse donc
pas leurs visages de manière approfondie).
De la même manière, si pour une
raison ou une autre (tâche précise à accomplir, danger soudain, etc.) vous
devez vous concentrer sur un point précis de votre champ de vision, tout ce qui
est dans votre champ périphérique n'aboutira plus au niveau conscient (c'est ce
que l'on appelle l'effet "tunnel", un phénomène bien connu notamment
en self-défense).
Et la liste des fantastiques
capacités méconnues du cerveau humain serait encore longue à dresser.
Alors... imaginons. Imaginons que
pour une raison ou une autre, un individu puisse accéder à ces routines
inconscientes. A ces banques de données. A cette phénoménale puissance de
calcul et d'analyse. Que pourrait-il, consciemment, en faire ?
Sans vouloir non plus trop
extrapoler et simplifier, l'on peut remarquer que dans certains cas d'autisme
(notamment le syndrome d'Asperger), un sujet va être privé de routines qui pour
nous sont banales (il ne saura pas par exemple analyser et comprendre une
émotion évidente sur un visage) mais il sera capable de calculer à une vitesse
ahurissante ou de reproduire un plan complexe en l'ayant aperçu une fraction de
seconde.
Malheureusement, ces
"pouvoirs", aussi réels qu'utiles, s'accompagnent souvent dans le
monde réel de désordres majeurs qui sont relativement handicapants dans la vie
de tous les jours.
Et dans la fiction ?
Eh bien, l'on n'est pas forcément
mieux loti. Les personnages qui
communiquent avec les morts, dans VHB, sont finalement aussi maudits que
doués. Même si, techniquement, leurs capacités permettent de faire avancer des
enquêtes, ce qu'ils se "prennent" dans la tronche reste émotionnellement
très dur.
Chez Marvel, le professeur
Xavier, tout moraliste et faussement bienveillant qu'il soit, va enfreindre ses
propres dogmes à plusieurs reprises et n'hésitera pas à manipuler ses élèves.
Car la tentation est là, omniprésente. Et il est si facile de
pousser un peu
les gens vers le bon chemin, ou tout du moins, le chemin qui l'arrange...
pousser un peu
les gens vers le bon chemin, ou tout du moins, le chemin qui l'arrange...
Dans un registre plus artistique,
Isaac Mendez, dans la série Heroes, peint le futur mais en souffre
énormément.
Les auteurs de romans ne sont, en général,
guère plus bienveillants envers les psi. Stephen King, dans Dead Zone ou
Charlie (Firestarter) dépeint des personnages tourmentés par des
visions d'un futur peu réjouissant ou pourchassés par la "Boîte",
sorte d'agence de barbouzes qui ferait passer la CIA pour un club d'anciens
scouts.
Si l'on remonte un peu plus
loin, jusqu'à certains classiques de la science-fiction, malgré des auteurs qui
s'émerveillent des possibilités presque infinies offertes par le cerveau, l'on
sent tout de même que dérapages et excès ne sont pas loin. Les extrapers de
Alfred Bester par exemple, dans L'Homme Démoli (1952), ont permis
d'éradiquer le crime mais vivent au sein d'une guilde envahissante, imposant de
nombreuses contraintes sociales, morales et financières. Les psi de E. van
Vogt, dans A la poursuite des Slans (1946), sont dans une situation
encore bien pire puisqu'ils sont traqués sans pitié par une humanité qui voit
en eux une menace.
Ainsi, le pouvoir, qu'il soit
issu de la science ou d'une évolution naturelle, fait peur. Pire, nos propres
capacités latentes sont source de craintes. Pour une raison d'ailleurs évidente
et infiniment triste : l'homme, par nature, est rarement bon. Sans le mince
verni social qui lui permet de s'enivrer d'une image civilisée plus rêvée que réelle,
l'homme reste un loup pour l'homme. Les armes ne tuent pas, mais l'homme peut
s'en servir pour tuer. L'intelligence ne tue pas, mais l'homme peut également
l'employer à faire le mal. Et l'on peut dire la même chose des automobiles, de
la génétique et même des moyens de communication lorsqu'ils tournent à la
propagande.
Agir à distance, manipuler les
pensées, lire les esprits, que de merveilleux phénomènes ! Mais également que
de menaces pour un citoyen, déjà paranoïaque, qui se méfie de son voisin, de
son gouvernement et parfois même de ses amis. Si de tels prodiges existaient un
jour, nul doute que certains d'entre eux basculeraient vers le "côté
sombre", cette voie facile qui ne s'embarrasse pas d'exigence morale et
d'altruisme.
Et les "normaux" ?
Combien, au nom d'une hypothétique menace, seraient prêts à les traquer tous ?
Et les "normaux" ?
Combien, au nom d'une hypothétique menace, seraient prêts à les traquer tous ?
Sans doute beaucoup. Peut-être
même vous et moi en ferions-nous partie.
C'est le problème avec les
ténèbres. Elles ont tendance à vous envelopper, même lorsqu'on les combat...




