02 mars 2013

Spider-Men : quand deux mondes se rencontrent

La mini-série Spider-Men, publiée dans le Spider-Man Hors Série #1, nous offre une rencontre historique entre les Tisseurs des deux principaux univers du marvelverse. Une occasion également pour expliquer un peu aux nouveaux lecteurs le concept de multivers.

Commençons par un petit point pour ceux qui seraient encore un peu perdus face aux multiples réalités parallèles qui façonnent le marvelverse. Ces univers, en général, n'ont que peu d'interactions entre eux, bien que le passage d'un monde à l'autre soit possible. Rappelons par exemple que les morts-vivants de la série Marvel Zombies avaient débarqué dans l'univers principal grâce à une porte dimensionnelle située en Floride.
Tous ces univers sont identifiés par des numéros. Ainsi, la Terre-23 abrite le mangaverse Marvel, la Terre-311 est celle où les "Prodiges" font leur apparition sous le règne de la reine Elisabeth (cf. 1602), l'univers 9997 est celui qui abrite la saga Earth X, et il existe même un monde, le 962, qui est peuplé par des personnages inspirés d'une "fusion" entre un héros Marvel et l'un de ses collègues de DC Comics (il s'agit de la série Amalgam, dans laquelle on retrouve par exemple Iron Lantern).
Les deux univers qui nous intéressent aujourd'hui sont le 616, qui est en fait l'univers Marvel classique, dans lequel évoluent les personnages que nous connaissons tous, et l'univers 1610, où les aventures des versions ultimate des personnages se déroulent.

L'univers Ultimate est l'une des grandes réussites de ces dernières années. Fort peu de mondes parallèles ont en effet, au cours de l'histoire de la Maison des Idées, réussi à rivaliser avec le 616 originel (seules, dans les années 90, les séries Marvel 2099, qui exploraient un futur possible, avaient tenté - avec plus ou moins de réussite - d'installer un monde entièrement nouveau et durable).
Après une refonte partielle, suite à l'event Ultimatum, l'univers 1610 s'est vu doter, après la mort de Peter Parker (cf. Ultimate Spider-Man v2 #12) d'un nouveau Spider-Man, incarné par le jeune Miles Morales. C'est à l'occasion du lancement de cette nouvelle on-going consacrée au Spidey ultimate que les séries concernant l'univers 1610 ont été regroupées, en France, dans un bimestriel accueillant, en plus du Monte-en-l'air, les Vengeurs et les X-Men (cf. Ultimate Universe #1). Et après moins d'un an d'existence, Miles, le nouveau Spidey du 1610, rencontre aujourd'hui le célèbre Peter Parker, du bon vieux 616.

Pour l'occasion, Panini nous ressort le coup du "numéro #1" avec un relaunch de plus. Rien ne les rend plus heureux que d'afficher un joli et attirant "1" sur une revue (avec parfois de surprenants résultats, cf. cette chronique). ;o)
Au scénario, l'on retrouve sans surprise Brian Michael Bendis (cf. cet article), grand architecte, entre autres, de l'univers 1610. Le dessin a été laissé aux bons soins de Sara Pichelli, qui réalise de fort jolies planches. Reste à voir si la rencontre tient ou non ses promesses...
Tout d'abord, le fait que Mysterio tienne le rôle d'élément déclencheur et d'ennemi principal peut sembler surprenant. Un scientifique, comme Octopus, aurait constitué un choix moins déroutant. Ensuite, les premiers instants de la rencontre entre Peter et Miles n'échappent pas au sempiternel schéma "je ne comprends rien donc je te fous une raclée et on discutera plus tard". Pire encore, Peter, pourtant adulte et expérimenté, est vaincu d'une manière ridiculement facile par Miles, qui semble tout de même bien plus faible que certains des plus acharnés adversaires de Spider-Man. Mais tout cela ne constitue finalement que des détails sur lesquels il est possible de ne pas trop s'attarder. Le véritable problème est, lui, bien plus profond et radical.

L'histoire est tout simplement... mauvaise. Ou en tout cas, pas très bonne. Il y a bien un petit moment d'émotion, lorsque Peter rencontre les May et Gwen du 1610, et il doit bien y avoir une ou deux bonnes vannes (dont une allusion sympathique aux deux épisodes dans lesquels Peter et Wolvie avaient échangé leurs corps, cf. les scènes #5 et #41 du Bêtisier), mais cela fait tout de même très peu pour cinq épisodes.
L'impression qui surnage, à la lecture de cette saga, reste celle d'une grande superficialité, comme si Bendis avait survolé le sujet sans trop chercher à en faire un grand moment. Le combat, inintéressant, contre Mysterio est heureusement très rapide, mais toutes les scènes un peu intimistes, explorant les réactions de Peter et de ses "proches" (version 1610) le sont malheureusement aussi. Et même lorsque l'auteur prend le temps d'exposer une discussion sur plusieurs planches, l'on ne retrouve pas son sens si particulier des dialogues, qui manquent cruellement de densité. 
Au final, l'on ne peut s'empêcher de penser au gâchis que représente cette intrigue en comparaison du potentiel énorme de son thème. Bendis se contente du minimum et, surtout, de l'attendu, ce qui est sans doute le pire pour un conteur de sa trempe.

Une rencontre décevante, même si certains moments ne sont pas dénués d'une émotion que l'on aurait voulu plus intense.

+ les dessins
+ certaines références humoristiques (aux clones par exemple)
+ un embryon d'émotion
- du Bendis en petite forme
- une rencontre entre 616 et 1610 très en deçà de ce que l'on était en droit d'attendre