29 mars 2013

Carnage : Une affaire de famille





Ah je vous vois venir ! A peine débarqué sur Univers Marvel et voilà que Vance se met à lire du Spider-Man !
Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Je plaide coupable.

Le fait est que, depuis que, récemment, j’ai arrêté les publications kiosque (vous ne le saviez pas ? J’ai encore quelques secrets pour vous, donc), j’ai davantage le loisir de lorgner vers les sorties librairie. Alors quand j’aperçois une couverture évoquant Carnage illustrée par Clayton Crain, ça m’intrigue – au point que j’embarque le comic-book sans trop me poser de questions. Je suis assez fan du style de Crain, que j’ai entraperçu à une époque où je lisais quelques aventures du Tisseur liées à un cross-over : elles étaient, et de loin, les plus fascinantes de la revue. J’avais donc conservé le nom de l’artiste dont j’appréciais les ambiances sombres, les visages expressifs, les silhouettes racées et cette stylisation extrême de la mort et de la violence. Je l’ai retrouvé plus tard, à l’heure du cross-over sur Garth Ennis : il avait proprement magnifié une histoire un peu frustrante du Ghost Rider et nous en mettait plein la vue. Qu’allait-il donc faire avec Carnage ?


Alors qu’un industriel ambitieux, concurrent de Stark, s’apprête à envahir le marché par ses prothèses révolutionnaires, un ancien clone de Spider-Man tente d’arrêter un fourgon transportant Shriek. Iron-Man et Spider-Man interviennent à temps, mais comprennent qu’un danger plus grand rôde...


Le résultat me laisse dubitatif. Encore une fois, on est conquis par le graphisme, notamment le rendu des couleurs et ces éclairages subtils : c’est glauque, morbide et sanglant à souhait. On peut à la rigueur déplorer que les visages finissent tous par se ressembler un chouïa, surtout de profil, mais c’est vraiment pour chipoter. Autre léger défaut : certains détails importants ne sont pas suffisamment mis en valeur dans la planche, ce qui oblige parfois à revenir en arrière (rien n’est clair chez Crain, pas de fluo : l’ambiance est systématiquement crépusculaire et ses rues de New-York se rapprochent de ce qu’on voyait dans Se7en). Heureusement que l’escouade de sécurité de Hall Industries a les couleurs des Power Rangers, cela permet dans la confusion des combats (et les combats sont aussi nombreux que confus) de les reconnaître un tant soit peu. Cela dit, si les crayonnés de Crain se marient assez bien à l’univers de Spidey, et notamment à son côté obscur représenté par le symbiote, il sied nettement moins bien à la technologie rutilante d’un Stark. Malgré le soin apporté aux reflets métalliques des armures, leur aspect tend vers l’organique, dans un amalgame des matières qui ajoute encore à la folie qui s’empare de la cité. Le récit de Zeb Wells démarre de manière assez classique, jouant encore une fois sur la jalousie que peut éprouver un brillant ingénieur devant la réussite insolente de Stark : prêt à tout pour se faire remarquer, il va jouer avec des forces qui le dépassent et intégrer le syndrome de Frankenstein. Devant l’imminence de la résurrection du symbiote tueur, Iron Man et Spider-Man ne seront pas trop de deux pour déjouer les pronostics.

Le récit a en outre le bon goût de proposer quelques rappels salvateurs sur l’épopée mortelle de Kasady ainsi que sur l’énigmatique Shriek, femme capable de déclencher la folie par des pouvoirs soniques, irrésistiblement liée à Carnage. Son état de délabrement psychique permet les nombreux rebondissements de l’histoire, jouant sur son statut hybride de victime/coupable. Wells insère en outre quelques petites piques bien senties dans ses dialogues, qui tranchent avec la cruauté de certaines situations. La résolution et le finale n’ont en revanche rien d’original et préparent une éventuelle suite sans aucune finesse. L’ensemble est de bon ton, agréable à feuilleter et devrait plaire aux amateurs.