28 juillet 2013

Bad Médecine : Nouvelle Lune


première de couverture première édition françaiseGrâce à une opportune opération Masse critique spéciale BD, j’ai pu me porter candidat pour la lecture – et la critique – d’une histoire publiée chez Atlantic BD, un jeune éditeur français que j’avais découvert avec Mystery Society.
L’accroche était alléchante et remplissait allègrement son office : un médecin aux pratiques alternatives et discutables, un corps sans tête, des loups-garous et des enquêtes menées avec des membres des forces de l’ordre rien moins que sceptiques. J’y ai tout de suite adhéré, d’autant que le « casting technique » était prometteur, Nunzio DeFilippis & Christina Weir (sa femme dans la vie) ayant déjà officié chez les grands éditeurs de comics (je les avais découverts sur New Mutants chez Marvel). De fait, le script s’avère aussi intéressant que banal : Horne est un praticien qui a été radié pour une erreur médicale fatale et qui s’est retiré du monde pour explorer des pistes alternatives. Lorsqu’un corps sans tête est retrouvé dans un laboratoire de recherche de Brooklyn, le nom de Randal Horne est mentionné. Il va donc se retrouver malgré lui impliqué dans la résolution de cette affaire, sous la pression de la police et du Center for Disease Control, tous résolument hostiles aux méthodes de l’ex-docteur.
L’aspect surnaturel du problème apparaît très vite, stimulant l’intérêt de Horne et mettant à mal les a priori des autres enquêteurs – à part Hogarth, l’un des deux délégués du CDC, joyeux drille à l’esprit ouvert, le gai-luron de l’histoire. L’équipe hétéroclite est complétée par l’inspecteur Huffman, jolie blonde déterminée qui n’a pas froid aux yeux. A peine cette affaire résolue que s’en enchaîne une autre lorsqu’une jeune fille est poursuivie par une créature qui, une fois abattue, redeviendra humaine. Deux enquêtes qui permettront à Horne de mettre en avant une théorie discutable sur les champs morphogénétiques

Disons-le tout de suite : si l’histoire n’a rien d’original quoique suffisamment haletante pour maintenir l’intérêt du lecteur (on est loin de Fringe, c’est plus proche d’un épisode mineur de X-Files), les dessins de Mitten et l’encrage de Crabtree la rendent assez difficile à supporter. Je veux bien admettre qu’on abandonne la ligne claire, le respect des proportions et des perspectives pour affirmer un style (les traits prononcés et anguleux rappellent – d’assez loin – Mignola), mais ni le découpage vieillot ni le choix des couleurs ne rendent justice à l’intrigue. En outre, l’action est systématiquement illisible, et les détails importants disparaissent d’une case à l’autre (comme la blessure au bras de Huffman, page 79). Quant au gore, il est rarement présent, mais les amateurs de tripailles seront servis. Sinon, c’est tout de même assez laid. Pourtant, on ne peut pas condamner le talent de Mitten, qui a réalisé quelques jolies couvertures pour cette série et semble avoir remporté un succès d’estime pour une autre (Wasteland). Toujours est-il que ses dessins gâchent véritablement le plaisir.

L’ouvrage est malgré tout assez agréable dans sa présentation, avec quelques petits suppléments en fin de volume et des couvertures à volet de belle facture, à l’image de l’impression (faite en Slovénie). La traduction ne m’a pas parue discutable et je n’ai relevé que deux coquilles, ce qui est appréciable. Je le conseillerais aux amateurs de glauque et de paranormal, surtout s’ils sont adeptes d’un tel graphisme, ce qui n’est pas mon cas.

+    Du surnaturel
+    Un peu de gore
+    Un ouvrage agréable au toucher
-    Des dessins très laids
-    Un encrage masquant les détails
-    Rien d'original