12 décembre 2014

De gros cadeaux sous le sapin... parce que dans les chaussettes...

Les mois de novembre et décembre voient une forte augmentation des sorties de bouquins en tout genre. Difficile de s’y retrouver pour dénicher le cadeau qui fera plaisir à son entourage tout en le surprenant. Impossible de tout lire, de tout regarder, de tout comparer. Grâce à UMAC, et suite à une première sélection faite par Geoffrey, on va s’épargner le énième livre pour réussir des cupcakes rose fluo pour revenir dans la chair, le corps, le palpable, avec du massif, de l’imposant et du lourd, au sens propre comme au sens figuré.

Vous reprendrez bien un morceau ? 
Les éditions Taschen proposent pour une somme modique (39.99 €) un ouvrage hors du commun de plus de 700 pages dédié à l’anatomie humaine, résultat d’une collaboration de 20 ans entre l’anatomiste Jean Baptiste Marc Bourgery (1797-1849) et le peintre Nicolas Henri Jacob (1782-1871).
Multilingue (français, anglais et allemand), le traité est scindé en deux gros pavés glissés dans un coffret. Ces monumentaux livres sont exceptionnels tant au niveau pictural qu'au niveau scientifique. Le corps est passé au crible à l’aide de magnifiques lithographies en couleurs reproduites grandeur nature. Synthèse d’une finesse de l’observation et de l’art, elles demeurent compréhensibles pour le néophyte.
Les huit parties qui les composent couvrent, entre autres, l'anatomie descriptive, l'embryologie et les techniques chirurgicales de l’époque (amputations…). Cependant, les planches d’opérations ne sont pas à mettre entre toutes les mains sans un minimum de préparation. Cela peut être déroutant, voire choquant. Une présentation générale, des titres et des légendes commentent l’ensemble.
Un ravissement pour les yeux. Indispensable pour les créatifs, tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de la médecine ainsi que pour les curieux. 

Bourgery. Atlas of Human Anatomy and Surgery, annoté et commenté par Jean-Marie Le Minor et Henri Sick.
Éditions Taschen
24 x 33,5 cm -  722 pages
39.99 €


Regard vers le passé
Avec l’exposition Hokusai aux Galeries Nationales du Grand Palais du 1er octobre 2014 au 18 janvier 2015, une pléthore de livres dédiée au maître nippon a fait leur apparition sur les étalages. On y trouve principalement des reproductions de ses estampes, plus ou moins classées par thèmes, des biographies et, pour la première fois, l’intégrale de ses mangas.
La manga [1] de Katsushika Hokusai n'est pas une bande dessinée, comme on pourrait le supposer, mais elle partage néanmoins un point commun avec celle-ci : divertir tout en s’intéressant aux anecdotes du quotidien.
Le coffret, imposant et somptueux, renferme deux épais livres de 450 pages chacun reprenant les 15 carnets publiés de son vivant ainsi que trois volumes publiés à titre posthume et dont l’authenticité fait encore débat. Véritables encyclopédies en fac-similé sur la vie nippone, elles reproduisent plus d’un millier de croquis réalisés sur le vif dès 1814. Ces carnets décrivent toutes sortes d'activités, de gens, de vêtements, d’objets, le quotidien en général, la faune, la flore, des paysages, ainsi que divers personnages fantastiques ou issus du théâtre traditionnel. Les illustrations vivent, grouillent sur le papier grâce à un trait énergique et au regard curieux, amusé ou fasciné de l'auteur. Les dessins reproduits sont commentés planche après planche par le spécialiste Matthi Forrer.
C’est avec délice que l’on observe ces traces du 19e siècle, que l’on note des détails, que l’on s’émerveille. Ces mangas sont une ouverture temporelle sur le passé, un jalon pour comprendre certaines des particularités graphiques japonaises.

Hokusai, la manga. Edition complète commentée par Matthi Forrer.
Éditions Hazan
19,5x32 cm  - 900 pages
57,00 €

Fantômes désirables
Paru en novembre 2014 à l'occasion de l’exposition Fantômes japonais à Poitiers (terminée au moment où vous lirez ces lignes), ce magnifique livre éponyme est un recueil de photos illustrant neuf histoires inspirées du folklore nippon.
L’artiste Atsushi Sakai y met en scène des jeunes femmes entravées dans la tradition du kinbaku (bondage japonais), où elles prennent des poses plus ou moins explicites, mais jamais vulgaires.
Ces créatures tourmentées sont ligotées au bord de rivières, dans la forêt, dans des maisons… des animaux, d’autres personnages les accompagnent parfois dans ces étonnantes visions. Les pulsions de vie et de mort, le yin et le yang entrent en harmonie dans ces représentations fascinantes. Une introduction explique la manière dont ont été faites les prises de vue et résume chacun des récits. L’aspect vintage des tirages, retouchés à l’encre, apporte une touche fantasmagorique à l’ensemble.
Un livre à lire au crépuscule…

Fantômes japonais, d'Atsushi Sakai
Le Lézard Noir
16x22cm  - 128 pages 
35 €


[1] Au féminin, Manga désigne un recueil de « croquis divertissant », que l’on traduit souvent par « image dérisoire » (« ga » (画), pour la représentation graphique (estampe, dessin, peinture) et « man » (漫), « divertissant », « sans but », « exagérer »…).
Edmond de Goncourt, dans son essai, Hokusai, l'Art japonais au XVIIIe siècle, est le premier à l’employer au féminin.
Manga, au Japon, comme beaucoup de noms communs, n’a ni genre ni nombre.
En francophonie, « Le » manga désigne la bande dessinée japonaise.