07 décembre 2014

La vie de Raffaello Santi dit Raphaël

Raphaël [1] est l’un des peintres emblématiques de la Renaissance italienne avec Michel Ange et Léonard de Vinci. Décédé à moins de 40 ans, il laisse derrière lui des œuvres incroyables, synthétisant les meilleurs courants esthétiques de son époque (Le Pérugin…) tout en y intégrant une touche personnelle.
Mort prématurément, sa figure passionnera la mangaka Machiko Satonaka [2] qui écrira sous la forme d’un volume unique, dans les années 90, une intéressante fiction aujourd’hui disponible grâce à Black Box éditions. L’auteur, grande dame de la bande dessinée au Japon, n'avait jamais eu l'honneur d'une parution en langue française. Pourtant, son apport dans le paysage de la BD est indéniable, au même titre que Moto Hagio, Riyoko Ikeda, Miyako Maki ou Keiko Takemiya [3]. Elles questionnèrent tout au long de leur carrière le statut de la femme japonaise, le poids des traditions, le genre, les tabous… et Machiko Satonaka publie plusieurs mangas dans lesquels elle pose un regard personnel et critique sur l’Histoire.

Les œuvres de Raphaël sont parmi les plus connues du public, même si le nom de l’artiste est parfois oublié. La vie de cet homme, pour le profane en Art, demeure mystérieuse. Cette biographie qui s’attarde sur son quotidien permet de se plonger dans la courte existence du peintre et d’appréhender son raisonnement artistique. Dès les premières pages, l’auteur nous indique l’obsession de Raphaël autour de la création et notamment la composition et les multiples solutions qui, loin de s’opposer, se complètent. Une obsession qui fera de lui ce génie précoce et qui le précipitera vers la mort.
Très tôt, Raphaël apparait comme un enfant curieux, attentif, passionné par la peinture. Son père, Giovanni Santi, est le peintre et poète officiel de la cour du duc d'Urbino, Frédéric III de Montefeltro. Il remarque le talent de son fils et l’encourage dans cette voie. Malheureusement, Raphaël perd sa mère Màgia di Battista Ciarla alors qu’il avait 8 ans. Cette disparition l'affecte fortement. Son père se remarie très vite avec Bernardine et a une petite fille, Elizabetta. Par peur d’oublier sa mère dont il sent l’odeur s'évaporer, le jeune Raphaël décide de la représenter sous les traits d’une Vierge. La femme réapparait régulièrement dans ses œuvres. La nouvelle compagne, blessée par la présence de l’épouse décédée dans les premières peintures de ce génie précoce, peine à se faire accepter. Quelques années plus tard, Giovanni Santi meurt, laissant Raphaël seul. L'adolescent choisit de partir pour se former auprès des maitres de l'époque.

À 16 ans, il est déjà un artiste renommé. On le demande partout : Florence, Rome… Il côtoie Léonard de Vinci et Michel Ange auprès desquels il apprend. Ces deux génies proposent des visions différentes de l’Art : Léonard a une approche scientifique tandis que celle de Michel-Ange est plus passionnelle. Raphaël, quant à lui, en retire une synthèse qu’il appliquera tout au long de son existence dans ses créations, ouvrant ainsi une troisième voie. Les commandes se succèdent et sa réputation n’est plus à faire. Il travaille sur de multiples supports : retables, tableaux d'autel d'ordres religieux et portraits, fresques monumentales au Vatican. Incapable de refuser une demande, il emploie de plus en plus d’assistants dans son atelier. La qualité de certaines de ses peintures s’en ressent. Ces nuits s’écourtent, sa situation personnelle se complique. Tiraillé entre le devoir de se marier avec Maria et l’amour envers Margherita, il ne prend aucune décision ferme et fait souffrir sans le vouloir son entourage.
Cette aptitude à ne jamais décliner une proposition fait de lui un prodige de la Renaissance. Il se sacrifie à l’ouvrage, dévoré par une fièvre résultant de sa créativité débridée et de l’afflux de commandes principalement papales.
Le livre se clôt sur deux postfaces très instructives, l’une par Machiko Satonaka et l’autre par l'historien Haruki Morokawa. La première éclaire sur sa vision de Raphaël, la part de réalité et de fiction, témoignant d’une conséquente documentation. La seconde partie recontextualise l’ensemble. Cependant, le choix de la police de caractère rend la lecture fastidieuse sur la longueur.

Des mangas comme Vinland saga, Ad Astra, Cesare, Ludwig II, La rose de Versailles... traitent de l'histoire occidentale avec plus ou moins de liberté et de justesse. Black Box éditions, fraichement arrivé dans l'édition papier, propose une très bonne biographie romancée. Grâce Machiko Satonaka, l'essence de Raphaël nous est offerte en toute simplicité. Son style, d'un graphisme agréable, ne s’embarrasse pas de fioritures et est expressif. Les décors nombreux nous plongent dans l’époque. De multiples œuvres reproduites — tant de Raphaël que de ses contemporains — parsèment le récit. Sous celles-ci sont inscrits leurs lieux d’exposition (Le Louvre, la Galerie Palatine...). La vie de Raffaello SANTI dit Raphaël est une bande dessinée accessible, passionnante, poignante et pédagogique — sans le côté ennuyeux —.

[1] Connu sous les noms de Raffaello Sanzio, Raffaello Santi, Raffaello da Urbino, Raffaello Sanzio da Urbino, il est né le 6 avril 1483 à Urbino et mort le 6 avril 1520 à Rome.
[2] Machiko Satonaka débuta en 1964 à l’âge de 16 ans où elle reçut le prix Kodansha de la jeune artiste. Elle reste depuis très active dans le milieu de l’édition japonaise.
[3] Pour chacune d’entre elles, au moins un titre a été traduit en anglais ou en français.



+ la création artistique comme sujet 
+ accessible aux néophytes en arts 
+ impression impeccable
+ publiée dans un grand et beau format, souple et agréable pour la lecture
- des pages couleurs auraient été un plus
- une couverture qui ne paye pas de mine
- certaines reproductions des œuvres sont trop sombres
- une typo peu lisible dans la postface