01 octobre 2012

Le Tueur de la Green River

Un sujet sulfureux, une bonne intro et un nom prestigieux pour en vanter les mérites ne suffisent pas forcément pour faire une bonne BD. La preuve aujourd'hui avec Le Tueur de la Green River.

Après presque vingt ans d'enquête, Gary Ridgway est enfin arrêté. Ce tueur de prostituées, nécrophile de surcroit, finira par avouer 71 meurtres, sa première tentative ayant eu lieu alors qu'il n'était encore qu'un adolescent.
Au coeur de la traque, un flic, Tom Jensen, qui fit partie de l'équipe monopolisée dans les années 80 pour mettre fin aux agissements du serial killer. Après plusieurs années de traque infructueuse, il restera seul pour s'occuper des dizaines de cas non-résolus et tenter de rendre justice aux victimes.
C'est également lui qui participera aux 180 jours d'interrogatoire pendant lesquels la police sera obligée de passer un accord avec Ridgway afin de savoir où se situaient les cadavres qui n'avaient pas encore été retrouvés...

Ce comic, initialement publié par Dark Horse et sorti, en mai de cette année, chez Ankama, est scénarisé par Jeff Jensen (journaliste de son état et fils du détective Tom Jensen dont il est question dans le récit). Les dessins sont de Jonathan Case.
Tout commence bien puisque l'on a droit à une intéressante introduction de Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série. La scène d'ouverture nous plonge directement dans l'ambiance en se révélant particulièrement glaçante (c'est notamment cette scène qui est vantée par Stephen King en quatrième de couverture). Vient ensuite la présentation du personnage principal, à savoir Jensen père, qui est habilement construite et permet même à l'auteur de faire preuve d'un certain humour. Malheureusement, ces quinze premières pages (sur plus de 230) sont bien les seules à générer l'enthousiasme. Reconnaissons que c'est tout de même assez peu.

L'angle d'attaque choisi par l'auteur s'avère sans doute être le principal facteur de cet échec, même si ce n'est pas le seul. En effet, nous ne suivons pas le tueur, ni même le déroulement de l'enquête, mais principalement des phases de l'interrogatoire, qui s'avère aussi mou qu'inexpressif.
La narration, entrecoupée de nombreux flashbacks à l'utilité discutable, n'aide pas non plus. Aucune émotion, aucune péripétie, ne sort de ce long état des lieux, aussi palpitant qu'un rapport de police. Et pour trouver, comme King, qu'il s'agit d'un "livre génial pour se faire peur, idéal pour se tenir éveillé toute la nuit", il faut vraiment n'en avoir lu que le tout début.
Les dialogues (pourtant primordiaux dans les confrontations Jensen/Ridgway) sont d'une platitude effarante, et les personnages aussi lisses et interchangeables que des Playmobil. Le graphisme, fade et austère, de Case achève de rendre l'ensemble totalement indigeste. L'on est évidemment à mille lieues d'un Torso ou d'un From Hell qui, dans le genre, étaient autrement plus inspirés et maîtrisés.

J'ai pu lire, ici ou là, que l'oeuvre avait le mérite de ne pas verser dans le voyeurisme (il n'aurait plus manqué que ça !), mais entre la retenue, certes louable, et le manque de savoir-faire, il y a un gouffre. Même les scènes censées humaniser un peu Jensen en le montrant dans le cadre familial sont totalement artificielles et idéalisées. L'on nous vante notamment les exploits passés des Jensen, ce qui fera certainement plaisir à la famille de l'auteur, mais nous laisse franchement de glace.
Jensen fils aurait pu tenter de nous faire frissonner en plongeant dans la psychologie du tueur, il ne l'a pas fait. Il aurait pu nous décrire les méandres de l'enquête, il ne l'a pas fait non plus (ou pas suffisamment bien), et enfin, il aurait pu choisir de s'attaquer au détective de son histoire, en le rendant intéressant, mais étant donné que c'est son père, il n'a pas osé le faire. Ben voilà, à force de ne rien tenter, on obtient ça.

Un très mauvais graphic novel, à la présentation bien prétentieuse qui, par contraste, souligne encore plus la nullité du fond comme de la forme.
A éviter.