13 décembre 2013

eBooks : avantages et inconvénients

On jette un oeil aujourd'hui à un type de support plutôt qu'à une oeuvre précise : la liseuse électronique. Est-ce bon marché, pratique, agréable ? Les réponses sont parfois... surprenantes.

Attention, l'on parle bien ici de liseuses, ou e-readers, dédiées donc aux romans et non aux BD. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'une BD est aussi un bel objet. Le roman, même si l'on peut s'y attacher, est déjà esthétiquement moins intéressant : à part parfois la couverture, le reste n'est pas foncièrement très joli. Et quand on lit beaucoup, et un peu partout, l'on en vient forcément à se poser la question : une liseuse est-elle faite pour moi ?
Je n'aborderai pas ici un comparatif entre les différents modèles du marché mais plutôt des généralités. Le modèle utilisé, que je teste depuis plusieurs mois, est le Kindle Paperwhite d'Amazon*

Alors, tout d'abord, est-ce que la lecture est agréable ? Car c'est tout de même l'élément principal. Ceux qui ont déjà essayé de lire de longs textes sur un PC, ou pire, un téléphone portable, savent déjà que ces machines ne sont pas conçues pour cela. Une liseuse, elle, n'est pas polyvalente, elle est conçue dans un seul but, du coup, la lecture est évidemment optimisée. Et j'avoue que c'est bluffant. Ce modèle dispose d'un éclairage particulier qui ne diffuse pas la lumière vers vous mais vers la page. C'est donc bien plus confortable, même en pleine nuit. En plein jour, là encore c'est surprenant : les pages sont parfaitement lisibles avec la luminosité à zéro et reproduisent quasiment parfaitement l'apparence du texte imprimé. Et même après plusieurs heures de lecture, aucune fatigue visuelle. 
Je ne sais pas si toutes les liseuses sont aussi performantes sur cet aspect, mais le Kindle s'en sort haut la main, d'autant que même au toucher, la sensation, douce et satinée, est agréable.

Deuxième point important : est-ce facile d'utilisation ? 
Là encore, oui, puisque très spécialisé. L'on peut choisir différents réglages basiques (taille et type de police, interlignes), insérer des signets (servant donc de marque-pages) ou créer des "collections" (des sortes de dossiers en fait), il y a un mode avion comme sur les smartphones et l'on peut brancher le tout directement sur un PC à l'aide d'un câble USB, la liseuse est alors reconnue comme un disque externe quelconque et un simple cliquer-déposer permet d'ajouter des ebooks. 
La boutique en ligne est elle aussi plutôt complète et propose bien entendu les habituelles oeuvres (gratuites) tombées dans le domaine public, les romans les plus récents (payants) et des extraits (gratuits) de romans, en général le premier chapitre, permettant de se faire une idée avant l'achat.
Le téléchargement est évidemment quasiment instantané en raison du faible poids des ebooks. 

Est-ce pour autant bon marché ? Là on en vient au sujet qui fâche, avec (encore !) une spécificité franco-française : le prix abominable des ebooks. Un exemple ? Le roman 22/11/63, de Stephen King, est à 17,99 euros au format kindle (pour 24,61 euros au format papier) alors que la VO numérique est à... 5,99 euros, la version italienne à 6,99 euros et la version allemande à 7,36 euros. La baisse de prix est substantielle partout sauf chez nous. D'autres livres, d'auteurs moins connus, sont proposés à 18 euros en version papier et 14 euros en Kindle. Autant dire une baisse misérable qui ne reflète en rien les économies pourtant générées par le format numérique et qui constitue le plus sérieux frein à l'achat à l'heure actuelle (bien qu'en réalité, les ventes de liseuses explosent).
Si encore la différence de prix allait dans la poche de l'auteur (qui ne touche en général que 8 à 10 % du prix du livre, hors taxe), mais l'on sait bien que non. Ce n'est pas la première fois que l'on génère artificiellement, par des barrières économiques, un retard technologique en France. Rappelez-vous le prix du net à ses débuts, histoire de grappiller jusqu'aux derniers milliards de la juteuse machinerie Minitel...

Voyons un peu, en vrac, le reste.
L'un des très gros avantages de la liseuse est la lecture en anglais. Non seulement vous bénéficiez des prix VO plus économiques, mais vous pouvez aussi avoir une très utile et intuitive aide à la lecture. En installant un dictionnaire anglais/français (payant mais bon, l'investissement est vite rentabilisé), une simple pression sur un mot vous en donne la définition. Mieux, le Kindle gère intelligemment les dictionnaires installés : si votre dico anglais/français ne trouve pas un mot, la liseuse interroge alors votre dictionnaire anglais, qui vous en fournit une définition, certes en anglais mais claire et très souvent évidente.
Attention, si vous n'avez pas des connaissances au minimum basiques de l'anglais, vous n'arriverez à rien avec ce système, cela ne dispense pas de l'apprentissage de la langue, simplement, lorsque vous tombez sur un terme méconnu, au lieu de vous farcir une recherche dans votre énorme Robert & Collins, vous effleurez le mot rebelle du doigt et il se livre alors à vous sans vergogne. Magique ! (et très utile lors de la lecture d'ouvrages se déroulant dans un univers non-contemporain, ce qui multiplie les chances de tomber sur des expressions exotiques)    

Un autre des aspects pratiques est la somme d'ouvrages embarqués : plusieurs centaines, au minimum. Evidemment, pour juste un voyage, ça ne sert à rien d'avoir autant de livres avec soi, mais si vous revendez vos stocks papier pour faire le plein de romans numériques, le gain de place sera vite énorme. 
La possibilité de faire des recherches ou d'insérer des notes peut éventuellement servir aux étudiants ou dans le cadre de certaines professions. 
D'un point de vue plus pragmatique, pour les lecteurs qui sont en couple, voilà le moyen de lire tardivement sans gêner le conjoint (car certains conjoints ont parfois l'audace de s'endormir avant vous !).
L'autonomie est très bonne. Certainement pas huit semaines (même à raison d'une petite demi-heure de lecture par jour, comme le clame Amazon), mais au moins une (petite) semaine en lisant bien (deux heures par jour ou un peu plus), ce qui est déjà fort pratique.
Signalons que, techniquement, il est possible d'afficher de la BD (même des trucs gratos si l'on cherche bien), mais vraiment, vraiment, ce n'est pas fait pour.
Enfin, le Kindle dispose d'un petit navigateur internet pour masochistes ou "en cas d'obligation absolue" (c'est à dire si votre PC est en rade, votre téléphone portable out, si vous n'avez pas de tablette tactile, qu'aucun de vos proches ne veut vous prêter un binz vaguement relié au net et que vous devez absolument vous connecter dans la minute, alors, oui, peut-être que là, vous penserez au navigateur Kindle... ça n'arrivera donc jamais, on est d'accord, mais bon, il est présent).

Par contre, toujours pour ce Kindle Paperwhite, il faut savoir qu'il est livré sans coque de protection et sans même l'adaptateur secteur (pour ce dernier, c'est un peu du foutage de gueule, la recharge via PC n'étant pas forcément pratique ni même toujours possible). Pour la protection (très bien faite et permettant l'allumage et la mise en veille de la machine dès qu'on l'ouvre ou la ferme), il vous faudra compter un "petit" investissement en plus, plutôt indispensable si vous souhaitez vraiment utiliser votre Kindle partout et pas juste dans le confort de votre lit. 

Au final, pour un inconditionnel du papier, je dois dire que le côté pratique du Kindle et son écran ultra-confortable m'ont convaincu. Le prix des livres numériques n'est malheureusement pas encore suffisamment attractif (ce qui va forcément encourager les pratiques illégales) mais si l'on arrive rapidement à se rapprocher des tarifs logiques et légitimes pratiqués partout ailleurs, les liseuses devraient avoir un bel avenir devant elles. Et une place de choix dans notre barda numérique.

+ des centaines de livres en poche
+ possibilité de lire de nuit sans gêner votre voisin(e)
+ très bon rendu grâce au procédé e-ink
+ réglages faciles
+ excellente autonomie
+ la plupart des classiques en téléchargement gratuit car libres de droits
+ utilisation intelligente des dictionnaires embarqués 
- le prix encore ridiculement élevés des ebooks en France
- matériel pourtant essentiel (adaptateur secteur, coque de protection) non fourni avec le Kindle Paperwhite de base
- impossibilité d'avoir la version numérique gratuite d'un livre "papier" déjà acheté sur Amazon 







* Il n'est peut-être pas inutile de revenir sur Amazon, une société souvent injustement attaquée.
Tout d'abord, dans la sombre affaire qui oppose les librairies traditionnelles à Amazon, sur les frais de port gratuits, il convient d'expliquer qu'un lecteur, lambda ou passionné, préférera toujours une librairie physique à un vague site internet. Et le fait de ne pas attendre 48h pour pouvoir se jeter sur ce que l'on souhaite lire fait évidemment pencher la balance du côté des librairies "physiques". Cependant, tout le monde n'habite pas à Paris. La situation est fort différente en province. Pendant longtemps, en Moselle, là où j'habite, n'étaient disponibles que les livres que l'on pouvait dénicher dans un rayon de quelques kilomètres. Les librairies étaient petites, les rayonnages peu fournis, et si certaines sont mortes, elles ont été tuées bien avant l'arrivée du net, par la présence de Fnac et autres centres culturels de supermarché (Leclerc par exemple).
Amazon a permis une diffusion extraordinaire des livres, français ou étrangers. Et le fait de ne pas payer le port n'est pas perçu par le lectorat comme une concurrence déloyale mais comme un accès enfin égalitaire à la source littéraire. Pourquoi, parce que certains habitent loin de tout, devraient-ils payer plus, et donc être sanctionnés ? Surtout, alors que certaines librairies se plaignent, pourquoi ne mettent-elles pas leurs particularités en avant au lieu d'essayer de briser celles des concurrents ? Voilà bien la mentalité française : un modèle réussit, on tente de lui mettre des bâtons dans les roues plutôt que de chercher à proposer autre chose en tirant profit d'avantages que le concurrent n'a pas.
Et j'ajoute qu'en ayant vu les pratiques de certains libraires ou bouquinistes, je suis très content de commander régulièrement sur Amazon, qui d'ailleurs m'a toujours renvoyé mes commandes quand la Poste parvenait à les perdre (ou à les voler, je ne sais pas s'ils sont plus incompétents que malhonnêtes).
Etre du côté des libraires, oui, mais quand ils le méritent (j'ai notamment déjà cité, dans la région, le cas d'Hisler BD bis, à Thionville, dont les vendeurs me semblent être aussi sympathiques que compétents et patients) et pas juste par idéologie venue de je ne sais quel lobby poussif.
Attention donc à ne pas aller trop vite dans l'amalgame qui consiste à penser qu'une grosse société n'a que des effets pervers, Amazon a fait plus pour la littérature (en province au moins) que tous les ministres de la culture ou tous les conseils régionaux depuis 50 ans. Non par altruisme, mais parce que, parfois, le business rejoint l'art, la morale et la justice.