11 mars 2015

Lucy Loyd's Nightmare

Du trompe-l'œil, du sang et de la mise en abîme aujourd'hui avec Lucy Loyd's Nightmare.

Voilà un album un peu particulier, sorti en avril 2014 chez Delcourt. Première chose étrange, bien que ce soit des auteurs aux noms américanisés qui soient crédités (Lucy Loyd et Mike Robb), il n'est fait mention d'aucun traducteur... même pas un studio. Or quand on ne mentionne pas le traducteur, c'est en général qu'on n'en a pas eu besoin. Et en effet, il suffira de quelques recherches pour se rendre compte que Loyd est un pseudo inventé de toutes pièces. Ce livre, dirigé par David Chauvel, est donc un faux comic mais, fort heureusement, une vraie bonne BD.

Comme on pourrait s'en douter au vu du titre, il s'agit avant tout d'un hommage aux comics horrifiques, du genre Tales from the Crypt, de EC Comics. L'on retrouve donc une série d'histoires courtes bien qu'un fil conducteur et divers personnages les relient plus ou moins entre elles.
Dans ce type d'ouvrage surviennent invariablement deux difficultés principales, liées au format court et aux propriétés inhérentes à l'art séquentiel. Il est en effet difficile d'installer rapidement des personnages (mais c'est indispensable si l'on veut que le lecteur frissonne à l'idée de ce qui peut leur arriver) et il est encore plus compliqué de faire peur ou de surprendre dans une BD. Tout simplement parce que, en bande dessinée, le lecteur voit une partie du "futur" à chaque fois qu'il tourne la page [1].

Eh bien ici, ces deux difficultés ont été surmontées avec une aisance magistrale. C'est tout bonnement un tour de force technique. D'une part les personnages et situations sont très rapidement et très bien introduits, d'autre part, l'on est souvent surpris par les chutes ou retournements de situation (qui arrivent toujours au bon moment). 
Cette narration nerveuse et intelligente est en plus servie par un humour constant, qui renforce encore l'impact des scènes (celle du shérif et de son "auditoire" surprenant vaut à elle seule le détour). 

Entre les outils de jardinage, les tarés au volant de poids lourds, les morts-vivants ou les dinosaures en plastique, les menaces sont variées et bien employées. Les auteurs s'amusent à jouer avec des codes horrifiques bien connus et à mettre en abîme leur propre BD et son auteur imaginaire. 
Graphiquement, là encore c'est parfait, à la fois classique et moderne. Quant à l'aspect éditorial, l'on se rend compte que rien n'a été laissé au hasard, de la quatrième de couverture à la dédicace.

Maîtrisé, efficace, blindé d'humour et de bonnes surprises.
Clairement conseillé !

+ construction narrative parfaite
+ humour des dialogues et situations
+ variété des récits
+ mention spéciale pour le shérif et son histoire
- plus surprenant et drôle qu'effrayant, mais c'est aussi le genre qui veut ça


[1] Rappelons-nous également la platitude de certaines adaptations, comme Vendredi 13 ou Freddy Krueger, qui n'ont jamais réussi à reproduire, sur papier, ce qui permettait à ces classiques de fonctionner à l'écran.