03 mars 2015

Mon aventure comics (par Jeff)

Il paraît que Neault est le boss ici. Je lui ai donc demandé ce qu'il souhaitait que je lui fasse de beau pour fêter les 10 ans de UMAC. Il m'a demandé de vous narrer mon "aventure comics", d'expliquer comment j'en suis venu à créer MDCU, Côté Comics... C'est donc avec plaisir que je vais vous raconter mon parcours qui, je l'espère, devrait raviver quelques souvenirs à certains d'entre vous.

Tout a commencé durant l'été 2008 et ma rencontre avec Alex et Darquess. Le film The Dark Knight de Chirstopher Nolan venant de sortir, nous parlons de tout et de rien mais surtout de super-héros. Etant à peu près tous du même âge, nous avions les mêmes références comics à l'époque. La première d'entre elles était bien évidemment la série animée Batman (Batman Animated) de 1992, créée par l'incontournable Bruce Timm. S'en sont suivis les Batman de Tim Burton et les deux premiers volets de la trilogie de Nolan. A cette époque, on pouvait déjà faire deux constats. Le premier est que nous n'étions pas fans de super-héros, nous étions fans de Batman, le seul réel super-héros à nos yeux (pardonnez-nous, nous étions jeunes !). Le second, est que nous n'avions pas ouvert un seul comics de notre vie (pardonnez-nous, nous étions toujours aussi jeunes !). La discussion bat son plein et rapidement l'idée de créer un site Batman est mise sur le tapis suivie de celle de créer un site sur TOUS les super-héros mais bon, c'est comme tout, "cela s'apprend".

Alex et Darquess montent le site. C'est alors qu'une grande aventure commence pour Julien (qui nous a rejoint quelques jours après notre discussion) et moi. Nous avons quelques semaines pour rattraper près de 75 ans de comics. Etudiant ou pas, temps libre ou non, cela reste un sacré défi. Petit problème, en 2008, nous sommes déjà loin de l'âge d'or de la revue Strange et Urban Comics, la filière de Dargaud, n'existe pas encore. La seule solution concernant la VF est donc Panini Comics qui, à ce moment-là, détenait les droits de Marvel et de DC. Mon collègue et moi nous lançons tous les deux sur DC parce que les séries animées Batman, Superman et JLA nous avaient déjà donné de bonnes petites bases. Oui, oui, au lieu de se répartir les tâches, on se lance tous les deux sur DC. Nous étions un peu cons, on peut le dire. De même, à cette époque, Panini délaisse clairement DC pour inonder le marché de Marvel qui s'est presque toujours mieux vendu. On peut maudire Panini mais je préfère confirmer que notre débilité n'avait aucune limite...

Les choix au niveau de la lecture étaient donc plutôt restreints. Les reliés DC étant boudés, nous nous concentrons sur les kiosques. On ne connait pas le principe et, en toute honnêteté, je n'y comprends pas grand-chose. Tout d'abord parce que je ne connais qu'un personnage sur trois mais aussi et surtout parce que montrer un Green Lantern cogner sur Sinestro puis voir la Justice Society parler de totalement autre chose deux pages plus loin, est une logique qui m'échappe totalement (la magie des kiosques !). Pas grave, "ça finira par rentrer", se dit-on.

En somme, à cette époque, nous "bouffons du comics". Il est impensable de créer un site internet sans savoir de quoi nous allions parler. En quelques mois, nous commençons à assimiler pas mal d'éléments, pas mal de personnages et la culture comics (du côté DC de la force tout du moins) commence à se faire ressentir. Au fil des lectures, nous découvrons de nouveaux univers. Batman me passionne toujours autant mais Geoff Johns est un Dieu, tout simplement. Ce qu'il fait sur Green Lantern me fait presque oublier tous les autres super-héros. Son Sinestro Corps War est ma première grosse claque en matière de comics. Rapidement, des petites astuces sont mises en place entre nous, c'est l'avantage d'être tous de la même ville ou presque. Les "tu achètes ça et moi ça" commencent à fleurir. Le site est créé, marveldc-universe.fr voit le jour le 8 septembre 2008. Par contre, nous délaissons toujours autant Marvel niveau lecture...

En fait, mon point de vue à l'époque était plutôt simple. Pour traduire les news et les mettre sur notre site internet, il fallait forcément connaître tous les personnages, afin de savoir de quoi nous parlions. A la limite, je trouvais mon niveau en anglais secondaire. Ma vision des choses était à cette époque : "pour l'anglais, il y a les sites de traduction mais pour les personnages, il y a que dalle. Je dois donc tout connaître sur le bout des doigts". Bien sûr, c'était loin d'être aussi simple. Il faut bien maîtriser son sujet ET avoir des bases solides en anglais. C'est en forgeant que l'on devient forgeron, j'ai la chance de progresser très vite grâce à ma passion.

Souhaitant lire autre chose que du DC, je donne sa chance à Marvel. Arrive donc LE fameux moment, celui par lequel n'importe quel lecteur de comics passe. Par quel univers commencer ? Je fais quoi ? J'achète quoi ? Je vole quoi ? A cette époque, c'est un peu la révélation. Je découvre que les super-héros sont loin d'être tous logés à la même enseigne. Ceux qui me tentent le plus à savoir DareDevil et le Punisher, s'avèrent en fin de compte bien secondaires. Il y a un bouquin DareDevil planqué entre sept comics Spider-Man et un Punisher oublié dans une pile immense de comics X-Men. Difficile de s'y mettre dans ces conditions. Je décide de lâcher l'affaire et d'attaquer un univers dans lequel j'aurai suffisamment de bulles à me mettre sous la dent. Par élimination, j'attaque donc Spider-Man. Pourquoi ? Tout simplement parce que je connais la série animée de 94 sur le bout des doigts. Je suis donc supposé m'y connaître. Oui, j'étais naïf. J'en tente deux-trois au hasard et... je ne comprends rien... Je reconnais les personnages, pas de problème, mais ils parlent d'autres personnages qui me sont inconnus ou d'un événement apparemment majeur et que, forcément, je n'ai pas lu. L'expérience Spider-Man commence mal. Je découvre aussi qu'il y a trois Mysterio et je ne sais pas combien de Bouffons... bref, c'est carrément la merde. Je tente de me faire violence comme pour Green Lantern mais non, cela ne veut pas rentrer. Cette fois, je n'arrive pas à prendre pour acquis ce que j'ignore. En gros, je l'ai dans l'os. Finalement, une dernière possibilité s'offre à moi. Je revends les bouquins Spidey à coup de phrases du type "ouaaaah tu verras, c'est énorme et super accessible" (on ne se refait pas lorsque l'on est étudiant) et je passe aux intégrales (les gros bouquins jaune) afin de ne plus être perdu. Ce n'est pas exceptionnel, les dessins sont vieux et les commentaires dans les encadrés rendent dingues mais je prends mon pied.

Les mois défilent et les comics avec. J'ai énormément progressé en anglais et je délaisse donc les news pour me spécialiser dans la traduction de grosses biographies. Ceci, en plus de mes lectures, me permet d'être un crack en DC. Cette fois, ça y est ! Je suis un putain de lecteur de comics ! De plus, Julien se met tout doucement à Marvel et les premiers staffeurs réguliers font leur apparition sur notre site. Autrement dit, nous pouvons (enfin) palier les lacunes des copains. Pour fidéliser les visiteurs, nous créons des semaines spéciales lorsque l'actualité le permet et nous mettons au point nos premières rubriques. Les premiers contacts avec les différents éditeurs commencent également à voir le jour.

Dans l'idéal, nous souhaitions créer un site internet par genre. Ainsi, il devait y en avoir cinq au total. Je prends la tête de celui sur les mangas tandis que ceux dédiés respectivement aux comics indépendants, sur la BD franco-belge et un autre site traitant de l'actualité du tout venant, intitulé "les portes du neuvième art", sont mis en suspens pour le moment. Un an plus tard, nous nous rendons à l'évidence : le site sur les mangas ne marche pas. Il est juste impossible de rivaliser avec des sites implantés depuis dix ans pour certains. Du coup, non seulement nous fermons le site mais en plus nous laissons tomber les autres. En fait, nous découvrons que MDCU a aussi percé parce que nous étions arrivé au bon moment (des rivaux qui se comptent sur les doigts de la main et des films en masse qui arrivent pour populariser le genre). Stupide monde cruel !

Par contre, quelque chose nous chagrine en ce qui concerne marveldc-universe.fr. Nous ne traitons que Marvel et DC. De plus, le fait que les deux éternels rivaux soient dans le titre est assez gênant. Après une petite discussion (très rapide, le choix étant évident), nous décidons d'ouvrir le site à tous les comics et nous en profitons pour le renommer MDCU (ça te rappelle quelque chose, Neault ? :p). Pour les visiteurs de la dernière génération qui se posaient la question, les lettres "mdcu" ne veulent donc rien dire, c'est tout simplement la contraction de MarvelDC-Universe.

De mon côté, il y a quelques changements qui s'opèrent. Mon cœur balance toujours vers DC mais je lis autant d'indé et de Marvel grâce aux prêts des copains. Bon d'accord, en fait, c'est surtout la qualité générale du New 52 qui m'a donné un sérieux coup de mou. Gros changement également, je me mets à la VO. Mon sentiment est que c'est... bien mieux ! Pas de traduction approximative, pas de fot d'orthograf ou peux mais surtout, du choix ! Beaucoup de choix ! Je me mets à suivre toutes les séries Batman, Green Lantern et quelques autres perles.

Les super-héros étant devenus clairement à la mode, les mois qui suivirent ont vu naître pas mal de nouveaux sites traitant des comics. Pour se différencier des autres, nous tentons de varier les supports. Nous créons plusieurs nouvelles choses et parmi celles-ci : une émission en live. Le but est de choisir une thématique, de dire tout ce que je sais sur cette thématique tout en répondant en direct aux différentes questions possibles. Il n'y a pas beaucoup de monde mais le principe est sympa et je me fais ma première expérience caméra.

C'est lors de l'été 2012 que nos émissions en direct sur le web prennent une toute nouvelle tournure. Toujours dans l'idée d'aller plus loin et de progresser, nous proposons une version de notre émission à Mirabelle TV. Ils acceptent notre émission si on la passe à un format de 13 minutes (nous n'avions aucune limite de temps jusque-là, tout dépendait des questions que l'on me/nous posait). On réfléchit aux différentes rubriques, on passe le tout à 13 minutes et voilà, Côté Comics débarque ! L'aventure dure deux saisons et est disponible sur le web mais également sur un peu moins de dix chaînes régionales et nationales. La préparation n'est pas trop longue. Nous commençons à connaître énormément de choses et nous sommes à jour niveau lecture. Le plus souvent, nous devons surtout effectuer des vérifications de détails ici et là (les auteurs, les années de parution,...). Après deux ans de bons et loyaux services, nous la stoppons finalement par manque de temps. Tout le travail post prod' est long et à présent, nous avons tous les trois un véritable travail. Il devient donc difficile de caser une telle émission dans nos emplois du temps.

A côté de cela, Alex et moi participons également depuis plusieurs années à l'élaboration d'un festival BD de notre région : Le Rayon Vert, durant lequel j'anime des conférences avec Julien. Nous en animons également à Amnéville et, si tout va bien, nous en ferons également une à Lille lors du prochain LCF. Ces conventions sont aussi l'occasion de tous nous revoir mais également de rencontrer nos lecteurs, les éditeurs et quelques dessinateurs. C'est également ainsi que nous pouvons discuter avec des confrères d'autres sites internet. Nous nous entendons très bien avec la plupart d'entre eux et un peu moins avec certains cas isolés. Vous me direz, pas facile de parler avec un mec qui arrive ivre mort sur son stand deux heures après l'ouverture... Pas facile non plus de garder son sérieux face à un mec qui t'a dit un mois avant "putain, vous avez fait un top sur Batman, c'était notre idée à nous, copieur !" ou face à un autre qui nous avait bien fait comprendre que nous ne devions pas créer de rubrique comprenant les mots "meilleurs" et "comics", parce qu'ils le faisaient déjà. En somme, on s'entend bien avec beaucoup de monde mais l'immaturité des uns, la débilité des autres et la réserve de mots de vocabulaire des derniers font que les sourires ne s'affichent pas toujours d'emblée non plus. On ne peut pas plaire à tout le monde, je suppose. De plus, le fait que MDCU touche à présent à tout nous donne également de nouveaux confrères, source de nouvelles tensions. Les différents partenariats font que l'on doit faire attention à ne pas jouer sur les plantes-bandes de l'autre et la mauvaise foi est souvent une qualité. Je découvre que la toile manque cruellement d'humanité, même lorsque la passion est commune.

Mais bon, cela reste bien peu de choses. Je veux dire, j'ai pu faire une interview en espagnol de Larroca, putain ! J'ai pu allier mon véritable travail et ma passion, le rêve ! Concernant les conférences, c'est juste le bonheur. A nouveau, pas beaucoup de travail à faire, ce sont surtout des révisions. L'avantage est qu'il y a un réel échange avec le public, la sensation de transmettre quelque chose bref, j'aimerais faire ça jusqu'à la fin de mes jours. Bien sûr, tout n'est pas parfait, mais l'expérience accumulée jusque-là est suffisante pour proposer des conférences un minimum animées. Enfin, on relance également l'émission. Nous avons trouvé le moyen de pouvoir la continuer sans que cela soit un bouffe-temps comme auparavant. Nous sommes heureux.

C'est également à ce moment-là que je découvre le blog sur lequel j'écris actuellement ces lignes. Je l'ai découvert grâce à Thomas de la boutique Hisler BD bis qui m'a signalé qu'un blog avait fait un bel éloge de l'émission. Curieux et en manque d'amour propre, je vais y jeter un œil. L'article me plait et je décide de me balader un peu plus. Ce qui m'aura marqué, c'est surtout le côté "rentre-dedans" du blog. Il n'y a aucune langue de bois, chose qui se fait rare sur la toile. Je continue de visiter UMAC de temps en temps et, de fil en aiguille, je fais la rencontre de Neault. On se fait quelques soirées Magic (le jeu de cartes !) entourés de bières et d'Iron Maiden, c'est cool. J'ai décidé de venir gonfler les rangs de ses intervenants parce qu'il m'a offert la possibilité de m'améliorer dans une autre de mes passions : l'écriture (cf. ce récit). Pour résumer, je risque de venir y poster quelques trucs de temps en temps pendant un bon petit moment encore.

Quel est le bilan à faire après 5 ans ? Le côté "passionné" a, malheureusement, un peu reculé. Ce n'est pas par choix mais plus la suite logique de tous ces événements. Le manque de temps fait que la lecture est devenu secondaire tout comme le fait de bosser sur le site. Je suis plus devenu manager qu'autre chose. Je me retrouve de plus en plus à lire des comics parce que je dois les lire (pour les reviews notamment mais aussi parce que tel bouquin est supposé être un incontournable et que l'on ne peut se dire lecteur de comics si nous ne l'avons pas lu). En fait, il est difficile de ne pas un peu regretter l'époque où je m'allongeais dans mon lit en lisant une dizaine de comics, en prenant des notes pour répondre à d'éternelles questions du type : "putain mais c'est qui Darkseid ?! Je pige que dalle à ce mec ! Sérieux, si on me pose la question, je suis mort !". L'époque où je ne connaissais rien et où je découvrais des choses à chaque lecture me manque un peu. Bien sûr, je suis toujours aussi intéressé par le monde des comics et pour rien au monde je ne revendrais ma bibliothèque. Désolé, les gars. ^^

Voilà, je pense avoir fait le tour de cette petite partie de ma vie ('fin... petite... 20% de ma vie, pour être exact). J'espère que votre curiosité a été satisfaite et que vous avez trouvé ce petit voyage dans "l'envers du décor" intéressant. La prochaine fois, je vous expliquerai comment j'ai pris le pouvoir, viré tous mes collègues, gagné une fortune et enfin, comment je suis devenu le maître du monde. :)