02 novembre 2011

Charlie Hebdo : Non aux Allumettes !

Bien souvent, lors de mes chroniques, il m'est arrivé de "prendre position". Pour ou contre un éditeur, un auteur, un genre même. J'essaie d'expliquer pourquoi, la plupart du temps, sans savoir si je parviens vraiment à démontrer quoi que ce soit.
Aujourd'hui, et bien qu'il m'en coûte, il ne s'agit pas d'une démonstration mais d'une nécessaire solidarité, inconditionnelle, avec des gens de lettres.

Je ne suis pas, ou plutôt ne suis plus, depuis très longtemps, un lecteur de Charlie Hebdo. Je pourrais tenter de vous expliquer pourquoi, mais là n'est pas la question. Je vais acheter le prochain. Et le suivant.
Pourquoi ?
Parce que faire taire un journal en brûlant ses locaux, ce sont des méthodes de voyous.
Parce que s'opposer à une idée en tentant de terroriser ceux qui la portent, ce sont des méthodes de salauds.
Même si parfois je rêve de mettre quelques coups de pied au cul, je pense n'être ni l'un ni l'autre et jamais il ne me viendrait à l'idée d'incendier un local pour imposer un point de vue.
Moi qui ai été "élevé" à la transgression, en me nourrissant chaque semaine d'un Hebdogiciel qui critiquait, dans le sens noble du terme, les jeux vidéo, les films, la musique et les BD, je ne peux qu'être choqué par la violence imbécile qui frappe la rédaction de ce journal.   

Peu importe si ce titre, "Charia Hebdo", vous a fait rire ou grincer des dents.
Peu importe si vous pensez que la rédaction de Charlie exagère ou a raison.
Là n'est pas la question.
Là ne sera jamais, dans un supposé état de droit, la question.

La liberté de la presse, et des auteurs, est un bien précieux et fondamental.
C'est la liberté de parole, de pensée, celle qui ne coûte rien et qui pourtant fait si peur.

Il n'y aura jamais trop de transgressions. 
Elles peuvent se contenir. Par le bon sens (il ne faut pas rêver), la déontologie (si seulement), la loi (plus souvent)...
Ce n'est pas parfait. Aucun système ne l'est. Parfois, des conneries sont dites, imprimées, balancées rapidement dans la masse, mais c'est le prix à payer. Mieux vaut beugler des énormités plutôt que de les taire par peur. Et mieux vaut des convictions plutôt que du vent et de la soupe tiédasse.

En gros, peu importe les idées, il n'est pas acceptable de recevoir une "baffe" (ou une balle) lorsque l'on ne rentre pas dans le moule étroit brandi par des abrutis, quel que soit leur bord.

Achetez Charlie Hebdo ! 
Il ne s'agit pas d'un message politique (au sens politicien) mais d'un défi, d'une manière de relever la tête, d'une façon de dire "ici, on imprime encore ce que l'on veut !"

Après, "ce que l'on veut", cela dépend, mais les limites, ce sont les tribunaux qui les fixent. Donc le parlement et ses lois.
Pas les connards qui jouent avec des allumettes.


Périclès a dit en son temps qu'il n'existait point de bonheur sans liberté, et point de liberté sans courage.
Je ne sais si les journalistes et auteurs de Charlie Hebdo avaient pour but notre bonheur, mais je sais que notre liberté passe maintenant par la leur. Aussi, ce modeste soutien n'est pas un acte de courage, c'est un réflexe vital, une tentative désespérée de vaincre les flammes et l'obscurantisme. 
S'il faut voir dans la démocratie et ses tares un progrès et un seul, c'est bien celui d'avoir remplacé le silence du sang versé par le vacarme de l'encre.

Le papier n'a jamais évité les guerres, mais il rend la réflexion possible.
C'est cette possibilité qu'il nous appartient de protéger. Un peu. A notre niveau.