07 février 2012

Les Affreux : bourre-pifs, flingues et petites causeries

Avec Les Affreux, paru chez 12bis, l'on quitte provisoirement les comics pour s'offrir une parenthèse typiquement française.

Lyon. 1963. Après un braquage ayant mal tourné, Dumont fils est en cavale et cherche à échapper autant à la police qu'aux porte-flingues d'un caïd ayant peu apprécié qu'il envoie son frère en prison.
Dumont père, lui, coule des jours... agités en Bourgogne. Le vieil homme irascible se remémore les grandes heures de la résistance et son épouse disparue en noyant sa peine dans l'alcool.
Mais attention, Jean Dumont n'est pas un ivrogne. C'est un virtuose du canon et du verbe, un artisan de la réplique cinglante, qui a décidé d'allier vin et éloquence afin de taquiner le nuisible. Les patrons de bar, les facteurs, les curés, les grosses bourgeoises et les trous du cul en général, Dumont les remet fissa à leur place, en une ou deux phrases, appuyées parfois par une petite baffe si cela ne suffit pas.
A l'ancienne.

Si vous ne pouvez pas vous empêcher de regarder Les Tontons Flingueurs ou Les Grandes Gueules à chaque rediffusion, voilà un album qui est fait pour vous. Le scénario est de Philippe Chanoinat et Frédéric Marniquet, les dessins sont réalisés par Denis Grand et Jean-Christophe Vergne.
Première particularité, tous les personnages sont des acteurs, malheureusement aujourd'hui pour la plupart disparus : Gabin, Ventura, Blier, Constantin, Bourvil, De Funès... un sacré casting de "tronches". Deuxième élément crucial, les dialogues. Ceux-ci lorgnent sans ambages vers le style, si fleuri et poétique, d'un Audiard. Il n'est pas toujours aisé de s'inscrire dans la lignée d'un aussi auguste maître, mais c'est pourtant ici pleinement réussi. Entendre (car, mince, on l'entend presque !) Gabin faire presque un art de la misanthropie est un pur bonheur, et la plupart des personnages, qui emploient des expressions imagées mais adéquates, s'en sortent tout aussi bien.
Il n'y a pas à dire, "qu'on me foute la paix quand je suis en conversation avec le sang de ma terre !", ça en jette un peu plus que "laissez-moi picoler tranquille !". ;o)

Au niveau du récit, une intrigue policière, relativement banale pour le moment, vient se superposer à de douloureux évènements et de vieilles rancunes datant de la guerre. Contrairement à ce que l'on pourrait penser au vu de la couverture, les personnages possèdent une certaine profondeur et ont même, pour certains, une véritable dimension tragique (aidée, il est vrai, par le fort potentiel émotionnel véhiculé par tous ces visages si familiers).
Il s'agit d'un format européen classique, donc un 46 planches. Dommage car l'on aurait bien continué à s'enfoncer dans ces années 50/60, époque bénie où les voyous de fiction avaient autant de panache que de vocabulaire.
Vivement le tome #2 !

Excellent pour peu que l'on soit sensible au genre.