07 février 2012

douBleDaube ?

J'achète rarement, je l'avoue, le magazine dBD. J'ai toujours un peu l'impression de n'y voir que des bandes dessinées destinées à mon grand-père ou à une sorte de pseudo élite qui, de toute façon, en lit fort peu.
Je le feuillète cependant souvent. Et quand quelque chose me plait bien ou m'énerve, je l'achète. Aujourd'hui, je l'ai acheté.

Evidemment, si je vous en parle, c'est pour ronchonner. Je voudrais cependant préciser que, malgré mon introduction un peu spécieuse, je pense que ce magazine possède de vraies qualités et a surtout le mérite, dans un monde médiatique où l'art séquentiel fait figure de parent pauvre, de parler, avec sérieux, avec prétention même (et c'est une prétention ô combien respectable !), de la bande dessinée.
De la bande dessinée européenne en tout cas.

On voit en effet relativement peu de comics dans les pages de dBD. Et, lorsque comic il y a, c'est évidemment un comic qui n'a pas la vulgarité d'être mainstream. Dans le numéro #60 de ce mois, l'on évoque par exemple Akileos et Jason Little, avec le deuxième (premier en réalité) tome de la série consacrée à la jeune et sympathique Bee (cf cette chronique).
C'est bien. Manque plus que Spiegelman et on se branle tous, un sourire aux lèvres et un balai dans le cul.
Néanmoins, malgré le respect que je porte aux ustensiles ménagers (et même, d'une certaine manière, à Spiegelman, qui n'a rien fait ici, je le rappelle, et il n'est jamais aussi bon que lorsqu'il ne fait rien), il me semble que l'approche manque, sinon de pertinence, au moins de diversité.

Voyons tout de suite un propos qui illustre cruellement l'absence des deux qualités susnommées mais qui peine également, ce qui est plus grave, à se montrer sensé voire simplement impartial.
Le petit encart de dBD, consacré à Urban Comics, est reproduit dans cet article. Il suffit de cliquer dessus pour en savourer toute la... profondeur.
Prenons les choses dans l'ordre.
Tout d'abord, non, Urban Comics n'est pas un label de Glénat mais de Dargaud.
Bon, on pardonnera le lapsus calami à l'auteur, Henri Filippini, proche de Jacques Glénat et ayant travaillé dans la maison d'édition portant le même nom.
La suite, elle, est néanmoins à prendre en compte car elle ne relève pas d'une vague erreur mais bien d'une méconnaissance, au mieux, ou, au pire, d'une volonté de nuire.

Apparemment, selon le journaliste, le "potentiel de lecteurs intéressés par les comics" serait limité en France. Pour quelles raisons ? Un comic étant une bande dessinée, il est difficile de décréter que certaines, pour des raisons géographiques, seraient globalement peu attractives alors que d'autres, pas toujours innovantes ou simplement bien conçues (il existe des exceptions, cf l'article d'aujourd'hui), possèderaient, par nature, un potentiel de séduction supérieur.
Le pire reste à venir puisque là, il ne s'agit plus d'une prise de position, même stupide, mais d'un travestissement de la réalité.
La conclusion, faussement dramatique, interroge en effet sur la possibilité, pour le marché (ah, c'est beau une analyse économique !), d'absorber de nouveaux titres...

Eh bien, oui, il est possible de proposer des comics, nouveaux, de qualité, et de survivre économiquement (Milady en est la preuve). Mais, surtout, le transfert des titres DC (et Vertigo) de Panini (un éditeur lamentable) à Dargaud (un éditeur bien plus sérieux) n'amène en rien de nouveaux titres sur le marché. Bien qu'en retard sur Marvel, les séries DC Comics existaient déjà en France, et le fait de changer un logo sur une revue kiosque ou un livre en librairie ne changera en rien le volume de l'offre.
Seulement la qualité de celle-ci.

Je suis un peu étonné d'une telle légèreté dans l'analyse. D'autant que, portées par une signature "prestigieuse", les pires imbécilités finissent par s'auréoler d'une certaine légitimité.
Ben non. C'est pas Glénat, c'est Dargaud. C'est pas parce que c'est américain que c'est moins intéressant. Et, cerise sur le déambulateur, un transfert de droits n'augure pas d'une multiplicité des titres. 

Le pire pour un homme de lettres, ce n'est pas de ne plus écrire, c'est de donner aux mots un goût rance qui traduit son renoncement. Ou son incapacité à encore les dompter.