21 avril 2012

Fables : L'Age des Ténèbres

La suite de la série Fables vient de sortir et quitte Panini pour rejoindre Urban Comics.

Le dernier tome en date contait la chute de l'Adversaire et la fin du conflit menaçant Fableville, avec d'ailleurs une conclusion qui manquait singulièrement de panache. Ce quinzième volume renoue heureusement - et de quelle manière ! - avec les qualités qui ont fait la réputation et le succès de ce titre.
Aux commandes, toujours Bill Willingham au scénario, accompagné au dessin par Michael Allred, Mark Buckingham, Peter Gross et David Hahn. C'est sans doute Buckingham qui s'en sort le mieux, bien que globalement, l'aspect graphique reste le point faible de cette série qui aurait méritée des planches plus léchées et moins enfantines, à l'image des magnifiques covers.

Mais intéressons-nous plutôt au récit. Les sept épisodes (Fables #76 à #82) regorgent de surprises et de bons moments. L'on assiste tout d'abord aux réactions des habitants découvrant Gepetto se promenant libre parmi eux après son amnistie. Une source de tensions, mais rien en comparaison d'une nouvelle menace, terrifiante, qui fait son apparition.
A peine remis d'une guerre, les Fables doivent maintenant encaisser une terrible attaque aux conséquences dramatiques. Contrairement à l'Adversaire, dont l'identité était restée cachée longtemps, l'auteur nous dévoile tout de suite ce nouvel ennemi, plutôt charismatique.
Comme toujours, les histoires sentimentales se mélangent aux missions d'espionnage ou encore à la gestion politique des crises, le tout avec une grande fluidité et une parfaite maîtrise narrative.

L'on se demandait si l'intérêt n'allait pas retomber après la chute de l'Empire (qui d'ailleurs est plus décapité que réellement balayé), voilà de quoi dissiper nos inquiétudes.  On assiste notamment à quelques scènes choc qui auraient bien pu devenir cultes si elles avaient été plus portées par les dessins.  Seule la petite partie centrée sur Mowgli est un peu en dessous, tout le reste étant aussi passionnant et profond qu'aux débuts de la série.
Willingham continue de mener son petit monde avec talent, et il en faut pour mettre en scène des personnages de contes, des bestioles douées de parole, des êtres aussi fantastiques que parfois improbables, tout en ne laissant aucun doute au lecteur sur la réalité de leurs sentiments, de leurs souffrances, de la moindre de leur joie ou de leur peine. Cela représente beaucoup de travail, de savoir-faire, et un peu de cette magie sans laquelle les conteurs ne seraient que des bonimenteurs de plus. Ici le mensonge devient un enchantement. Et il fait bon d'y croire, au moins un instant.

Notons que Urban a laissé ici de côté son habituelle hardcover pour conserver le format souple initié par le précédent éditeur, ce qui permet, pour les collectionneurs un peu pointilleux, de ne pas avoir un ensemble trop dépareillé. Enfin, Urban a également rétablit le petit résumé de la situation et la présentation des personnages.

Un excellent comic, à classer parmi les grandes réussites de la BD américaine.