17 août 2013

La Splendeur du Pingouin

L'un des adversaires récurrents du Dark Knight est à l'honneur dans La Splendeur du Pingouin.

La collection DC Nemesis, lancée par Urban Comics, a pour but de se focaliser sur les grandes menaces du DCUniverse, parfois, comme ici, avec pour but évident de les moderniser et de redorer leur blason.
Il faut dire que le Pingouin, à l'origine, est un petit personnage bedonnant, très kitsch et se défendant à l'aide de... parapluies. Voilà qui est plus grotesque que véritablement effrayant, avouons-le.
De nos jours cependant, comme nombre d'anciens vilains, Oswald Chesterfield Cobblepot a pris un virage (visible également dans le prochain Batman Terre-Un) plus réaliste et sombre. Le but n'est pas seulement de rendre le Pingouin plus horrible mais aussi de lui donner une certaine épaisseur, notamment en allant farfouiller dans son passé.

La technique pourrait paraître éculée mais elle est si efficace qu'elle en est presque imparable : n'importe quel personnage dont on voit l'enfance difficile en devient aussitôt plus complexe, plus sympathique même. 
Ici donc, Gregg Hurwitz applique la méthode à la lettre, en nous faisant découvrir un Oswald rejeté par son père, persécuté par ses frères, et subissant les railleries de ses camarades d'école. Carton plein, ça va chialer dans les chaumières ! Sauf que... à part une ou deux scènes émouvantes, l'ensemble est assez mal amené. 
Le style de Szymon Kudranski n'aide pas vraiment, les planches étant aussi sombres que l'action parfois difficilement lisible (cf. ces cases par exemple), mais c'est bien le scénariste qui apporte le plus de confusion, par des transitions ratées et une narration brouillonne. Ce qui n'est pas vraiment une surprise puisque les mêmes défauts étaient déjà présents dans le Foolkiller ou le Moon Knight du même auteur. Ici encore, le côté fouillis domine, que ce soit lors de la scène où Batman tente de contenir l'attaque sur une école (il est quasiment impossible de dire ce qu'il se passe vraiment, cf. cet extrait d'une partie de la scène), ou à l'occasion de certains passages pourtant plus calmes (difficile parfois de comprendre ce que fait le Pingouin).

Le brave Hurwitz n'est donc pas très doué en matière d'écriture BD (il est également romancier, espérons qu'il soit meilleur), ce qui est encore souligné, très involontairement, par la présence en bonus d'un one-shot signé Jason Aaron (Scalped), accompagné aux dessins par Jason Pearson.
Il s'agit en fait de la même histoire (un Cobblepot cruel, cherchant maladroitement une compagne, et humanisé à coups de flashbacks sur son enfance, même la manière de procéder lorsque le Pingouin veut se venger est identique) mais... réussie. Et la comparaison est d'une rare violence. En un seul épisode, Aaron raconte bien mieux ce que Hurwitz tente de mettre en place en cinq. C'est efficace, compréhensible, parfois émouvant, et cela donne un Pingouin aussi fascinant que détestable, sans pour autant n'en faire qu'un méchant monolithique. 
Cela ressemble presque en l'état à la présentation d'un devoir prétentieux et mal torché, raccourci et corrigé par le professeur, en l'occurrence Aaron (sauf qu'en réalité, l'oeuvre d'Aaron, Joker's Asylum : The Penguin, est antérieure et a probablement servi de modèle au si navrant Penguin : Pain & Prejudice).

Urban a également rajouté deux planches plus "old school" qui présentent (résument plutôt) les origines du Pingouin. C'est un peu redondant, mais bon, pourquoi pas. L'on a droit également à deux autres planches présentant des recherches de covers (assez petites et simplistes). 
L'adaptation est globalement plutôt bonne si ce n'est une énorme erreur que l'on trouve sur la quatrième de couverture ET l'introduction présentant le personnage. Encore cette confusion entre gent (un nom, qui signifie "espèce" : la gent féminine) et gente (un adjectif, qui signifie "gentille", voire "noble" : une gente dame). Une maladresse qui n'est évidemment pas la meilleure façon de présenter un récit.

Un comic mitigé mais qui a paradoxalement un véritable intérêt didactique pour les auteurs amateurs tant, sur un même sujet, la différence de maîtrise entre Hurwitz et Aaron est flagrante (et dans cette optique, vous pouvez alors remplacer le "bof" ci-dessous par un petit "mouais"). 

+ le one-shot d'Aaron, propre et efficace
+ un Pingouin qui gagne en épaisseur psychologique
- des cases parfois incompréhensibles
- un Hurwitz englué dans une narration confuse, lourde et manquant d'inspiration


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Bonus du week-end : les figurines s'en mêlent (1)