22 août 2013

Une « grande saga Marvel » : Ultron Unlimited



Alors que se profile un second film Avengers fondé sur Ultron et une mini-série de six volumes qui fleurira dans vos kiosques prochainement au grand désespoir de votre comptable, j’ai eu l’occasion de me procurer pour une somme modique l’avant-dernier numéro de la collection Marvel : les Grandes Sagas qui permettait de lire d’une traite certains arcs majeurs permettant de mieux expliquer les événements agitant la continuité Marvel actuelle.

Avengers n°9 (que j’évoquais pour vous récemment dans les Conseils de la rédaction pour l’été) dans cette collection est ainsi presque exclusivement consacré à un arc retentissant : Ultron unlimited, qui a occupé aux Etats-Unis tout le second semestre 1999. Six épisodes, dont un prélude et un épilogue, complétés par une histoire mettant en scène un Jarvis rédigeant un article pour une célèbre revue consacrée au métier  de majordome. Passons très vite sur ce script tiré d’un Giant Size de 2008, qui n’est là que pour faire du remplissage, ce dont il s’acquitte honorablement, avec la dose d’humour qu’on attend de l’ineffable maître d’hôtel de Stark et des Vengeurs.

Aussi me suis-je demandé si mes collègues maîtres d'hôtel avaient vraiment besoin de savoir comment relancer un ordinateur intelligent, nettoyer un canon à neutrons ou réparer une brûlure de laser sur une cape.

Observer Jarvis mettre posément à l’abri les objets précieux lorsque le manoir est attaqué (par des robots vikings !?) tout en devisant avec Captain America et son employeur Tony Stark ou en sermonnant gentiment Thor (« Nous avions un accord : pas de coups de marteau dans la maison ! »), est un petit plaisir à ne pas négliger. Cela me permet d’attirer l’attention des lecteurs sur la grosse double coquille du sommaire, qui a interverti les titres anglais des deux derniers épisodes du recueil et ajouté une erreur au mot « majordome ».
Venons-en au cœur de l’album : Ultron. Cette création de Pym, qui à l’époque étudiait les nombreuses possibilités offertes par une Intelligence Artificielle performante, avait fini par se retourner contre son créateur, dont elle avait hérité des schémas mentaux ; elle avait effacé sa mémoire afin de pouvoir, dans l’ombre, patiemment, fomenter les plans nécessaires à sa conquête d’un monde trop organique à son goût. Evoluant en se dupliquant et transmettant ses connaissances dans des enveloppes de plus en plus performantes, Ultron a affronté les Vengeurs à plusieurs reprises. Sa sixième version le dotait d’une armure en adamantium, le rendant pratiquement indestructible. En outre, il avait engendré des êtres synthétiques qui avaient fini par se retourner contre lui : la Vision, Jocaste et même Alkhema.

Un ennemi redoutable, capable de parer à toute éventualité, infatigable et nourri uniquement du désir d’éradiquer l’espèce humaine de la surface de la Terre et de prendre sa revanche sur ces Vengeurs qui lui ont chaque fois barré la route, trouvant in extremis le moyen de le détruire (mais jamais définitivement, heureusement pour lui). Cette fois, Ultron va profiter du fait que le groupe de héros soit au creux de la vague à cause de ses démêlés avec l’Alliance et des déclarations intempestives d’Iron Man, de la semi-retraite de Giant-Man et de la Guêpe qui cherchent à reconstruire leur couple (Pym est un être torturé, souffrant terriblement d’un manque d’estime de soi et de sa culpabilité dans la création d’Ultron) et du triangle amoureux Vision/Wonder-Man/Sorcière rouge : Wanda ne peut nier son inclination envers Simon mais s’inquiète du comportement de son ex-mari, l’androïde Vision qui partage les mêmes schémas cérébraux (oui, c’est bien beau de jouer avec l’intelligence artificielle, mais si c’est pour créer des jumeaux maléfiques, on en arrive vite à des conflits œdipiens). On terminera par le fait que l’arrivée au sein du groupe de Justice et Firestar (qui ont payé de leur personne dans leur dernière aventure), deux anciens New Warriors, n’est pas du goût d’une presse acrimonieuse et polémique.

Lorsqu’Ultron va frapper, il prendra tout le monde de court, même la Panthère noire qui enquêtait sur des incidents survenus dans l’ambassade américaine du Wakanda. Il s’en prendra ensuite à son « père », Hank Pym, la Guêpe parvenant à s’enfuir pour donner l’alerte. Mais nos héros auront constamment un train de retard et ne pourront que constater le désastre lorsque la nation de Slorénie sera entièrement rasée par Ultron et ses forces, d’autant qu’ils ont eu fort à faire pour stopper l’attaque d’Alkhema, ce robot pensant « féminin » dont ils ne comprennent pas les motivations.
Busiek met en place une batterie d’épisodes au rythme assez élevé, les Vengeurs n’ayant jamais le temps de souffler, agissant d’abord sur plusieurs fronts avant de se concentrer sur la Slorénie où Ultron, devenu tout-puissant, échafaude d’autres plans qui ne pourront que signer la fin de l’Humanité. George Pérez apporte son inestimable savoir-faire dans la gestion de ces batailles titanesques, dans laquelle chaque petite victoire des Vengeurs n’est que l’annonce d’une menace plus grande encore. On assiste à des luttes désespérées où chacun aura la possibilité de briller : les armées de l’ONU secondent les héros sur les ruines d’un pays dévasté tout en sachant que c’est perdu d’avance.

Enlevé, dense, captivant malgré quelques ressorts un peu faciles (l’évasion d’Alkhema tient du grotesque), le récit ménage ses moments de tension intime, comme dans la très belle scène où Wanda, venue danser dans un restaurant spécialisé dans la cuisine transienne (son pays natal), surprend la présence de Vision dissimulé parmi les convives. Le découpage dynamique de Pérez rend hommage à la beauté sculpturale du personnage, tout comme il met en valeur la détermination d’un Captain America charismatique (souvent cadré en contre-plongée, rendant sa mâchoire carrée plus impressionnante encore) qui use ici d’un bouclier d’énergie fourni par Sharon Carter, censé remplacer le fameux bouclier d’alliage de vibranium endommagé pendant les Guerres Secrètes puis perdu et détruit (je ne sais plus dans quel ordre, d’autant que Cap a eu des répliques de ce bouclier, dont une fournie par T’Challa).
Sur les six épisodes, quatre sont véritablement consacrés à la guerre contre Ultron, avec une intensité croissante culminant dans des actes de bravoure insensés. Peu de place pour l’humour et on tiquera peut-être devant la grandiloquence d’Ultron, mais il est difficile de faire la fine bouche sur un des fleurons des éditions Marvel.

+ rythme enlevé
+ batailles titanesques mais lisibles
+ personnages élégants 
+ casting alléchant (beaucoup de personnages "invités")
- caractérisation des méchants un peu outrancière
- ressorts parfois usés