03 août 2013

Superman : Terre-Un

Supes par Straczynski, voilà une association prometteuse que l'on va immédiatement juger sur pièces avec Superman : Terre-Un.

Clark Kent vient de terminer ses études. Fraîchement arrivé à Metropolis, toutes les carrières lui sont possibles. Il pourrait devenir footballeur professionnel, chercheur dans les entreprises les plus renommées... car ses capacités sont exceptionnelles, et ce dans tous les domaines. Pourtant, tournant le dos à l'argent facile, Clark va suivre une autre voie et se lancer dans la presse écrite.
Parallèlement, une menace de niveau planétaire l'oblige à se dévoiler aux yeux de tous en tant que Superman. Le monde s'interroge alors : qui est ce surhomme ? D'où vient-il ? Est-il dangereux ? Et si oui, peut-on seulement le... tuer ?
Superman aussi va devoir faire des choix et répondre à de douloureuses questions. Sa puissance extraordinaire ne le met pas à l'abri des doutes. Peut-il intervenir dans tous les pays ? Se mêler de politique ? 
Peut-il changer le cours des choses ?
Peut-il seulement sauver un junkie de la mort certaine vers laquelle il dérive, seul et dans l'indifférence générale ?
Si la puissance brute peut résoudre bien des choses, Clark Kent va apprendre qu'elle a aussi ses limites...

Bien que régulièrement - et très injustement - critiqué (cf. cet article), J.M. Straczynski, ici au scénario, fait sans doute partie des plus grands auteurs actuels dans le monde des comics (cf. ces chroniques qui reviennent sur une partie de son travail). Passé de Marvel à DC, le bonhomme s'est penché sur Superman et plus précisément le moment crucial où le jeune homme qu'est encore Kent bascule vers le statut de super-héros mythique. Pas forcément le choix le plus facile donc.
En effet, Supes n'est pas le meilleur "client" possible pour un auteur. Trop puissant, trop iconique, parfois raillé pour son côté naïf et gentillet, le personnage est à manier avec précaution, toujours à la limite d'une caricature de lui-même. Mais les plumes les plus habiles aiment ce genre de défi, relevé d'ailleurs ici avec beaucoup de maîtrise et de panache.

Straczynski parvient dans un premier temps à expliquer les origines du personnage (au cas où un improbable lecteur les ignorerait) avec légèreté et astuce. L'essentiel est disséminé au cours de l'intrigue, sans donner l'impression d'un passage obligé. Mieux, le scénariste parvient même à justifier les couleurs criardes du costume et l'absence de masque malgré l'identité "secrète".
L'entrée en matière est déjà sympathique, mais la suite s'avère un véritable tour de force, surtout pour ceux (dont je fais partie, je l'avoue) qui n'apprécient pas spécialement mister slip-par-dessus-le-pantalon (oui, il est représenté encore à l'ancienne ici). Non seulement Kent s'avère très humain, touchant même, mais il n'apparait pas comme invincible ou intouchable. Au contraire, il doute, recule, se rend compte qu'il existe des drames qu'il ne pourra jamais empêcher, quelle que soit sa bonne volonté.

Plus qu'une énième relecture insipide, Straczynski livre un conte subtil et profond sur les choix, le sens que chaque être peut donner à sa vie, ou encore, plus surprenant, la solitude. Solitude de l'enfant différent des autres, solitude du génie, du puissant, du junkie enfermé dans sa chute, de la fille pourtant sexy mais cachant un honteux secret... l'aspect super-héroïque est ici presque anecdotique tant l'on touche à l'essentiel : l'humain, l'homme derrière le masque (car même Superman en a bien un finalement).
Petit exemple du talent exceptionnel de l'auteur, en deux planches (putain, deux planches...) il parvient à vous émouvoir avec une belle et triste histoire concernant un chat. Pourtant, on sent le coup venir, mais c'est parfaitement amené, donc imparable. Presque un objet d'étude pour tout auteur en herbe.

Graphiquement, c'est somptueux, Shane Davis réalisant des planches réalistes et donnant à Supes un aspect à la fois juvénile mais également parfois marqué par la vie et le poids des responsabilités, ou même carrément menaçant. La colorisation de Barbara Ciardo est à mentionner également, celle-ci parvenant à sublimer certaines cases (il y a notamment un coucher de soleil sur pierre tombale pas dégueulasse du tout).
Un petit sketchbook complète l'ensemble. Petite originalité également : les articles censés être écrits par Kent et Lane sont inclus dans l'ouvrage. Ces 256 pages, encadrées par une hardcover, sont proposées à 22,50 euros. Ce recueil est sorti fin juin en librairie, un autre, Batman Terre-Un, paraîtra dans la même collection à la fin août. C'est cette fois Geoff Johns qui revisite les débuts du Dark Knight. Tout autant conseillé car de très bonne qualité également.

Du Superman moderne et accessible, sublimé par un Straczynski au sommet de son art.

+ très bien écrit
+ histoire complète
+ graphiquement très beau
+ accessible
+ petits bonus
- slip apparent