06 juillet 2014

L'Homme qui valait Trois Milliards : la suite en comics

Gros plan aujourd'hui sur une nouvelle saison, en comics, de la série The Six Million Dollar Man. 

Peut-être êtes-vous trop jeune pour que le nom de Steve Austin vous dise quelque chose. Dans le cas contraire, vous connaissez forcément cette série culte des années 70. 
Commençons par éclaircir un point. Il n'aura pas échappé aux plus matheux d'entre vous que pour passer de six millions de dollars à trois milliards de francs, il faudrait un taux de change monstrueux. L'on pourrait donc se dire que le type qui a traduit le titre n'était pas un as de la conversion. En fait, à l'époque, les nouveaux francs étaient relativement récents et le prix du bonhomme a donc été exprimé en anciens francs, plus impressionnants et plus parlants pour bon nombre de spectateurs.
Alors, c'est pas de la bonne anecdote historique ça ?

Revenons à la série. The Six Million Dollar Man est tiré de Cyborg, un roman de Martin Caidin. En quittant l'univers du papier pour arriver sur les écrans, le personnage s'est quelque peu aseptisé : exit les doutes existentiels et la violence, place à un héros bien sympathique et propret. Tout commence lorsque le colonel Austin, pilote dans l'armée de l'air, se crashe à bord de son appareil. Heureusement, les avancées technologiques des seventies vont permettre de le réparer comme une vulgaire bagnole, en lui flanquant deux jambes, un bras et un œil bioniques. En contrepartie - parce que bon, faut pas déconner, ça coûte un max tout ça - Steve Austin devra bosser pour l'OSI, une agence gouvernementale.

La série s'arrêtera au bout de cinq saisons (99 épisodes tout de même). Mais, joie et bonheur pour les nostalgiques, la sixième saison a vu le jour, l'année dernière, chez Dynamite.
Ce n'est pas la première fois que L'Homme qui valait Trois Milliards investit la BD. Il y a quelques années, l'on avait eu droit à The Bionic Man, une version écrite par Kevin Smith (à la base pour un film qui n'a pas vu le jour). Ce Bionic Man reprenait l'essentiel du concept en le modernisant, ce qui n'était donc pas raccord avec la série TV.
Cette nouvelle on-going, écrite par  Jim Kuhoric et dessinée par Juan Antonio Ramirez, constitue donc la suite officielle et s'offre de magnifiques covers, par Alex Ross, pour faire bonne mesure.

Deux intrigues principales sont développées dans les premiers épisodes. D'une part, une mystérieuse matière, récupérée sur un satellite qui orbitait du côté de Vénus, s'avère être une terrible menace et contamine la jeune scientifique qui tentait de l'analyser. D'autre part, certaines personnes à l'OSI militent pour remplacer Austin par un agent entièrement automatisé. Un androïde en somme, qui n'aurait pas d'états d'âme et pourrait se "ranger" plus facilement entre deux missions. Le prototype (tiré d'une gamme de jouets d'époque) a pour nom Maskatron et se met à déconner dans les grandes largeurs dès sa première mission.

Evidemment, le contexte est respecté. Nous sommes en pleine guerre froide et les russes font office de grands méchants de service. Les auteurs ont placé de nombreuses allusions (directes ou plus subtiles) à la série et son univers. Outre le fameux Maskatron, l'on retrouve également Barney Miller (un autre type aux implants bioniques), Jaime Sommers (alias Super Jaimie en français) rentre en scène dès le troisième épisode, et une référence est même faite à la neotraxin-3, un produit dont il est question pendant la saison 4, dans l'épisode The Return of Bigfoot (en vf, Le retour du Scalpeur).
On a même droit aux célèbres "bruitages", lorsque Steve utilise ses capacités spéciales. Vous les avez encore en tête ? Je vais vous les faire de toute façon, parce que sur UMAC, on ne recule devant rien. Alors, la vision spéciale, ça faisait "bananananana, bananananana" (en tout cas, en anglais et dans les comics, ça donne ça). Et pour l'utilisation des membres bioniques, lors d'épreuves de force ou de super-sauts, ça donne "tenenenene".
Et c'est pas la peine de gueuler, "banana, tenene, c'est pas pareil du tout, c'était pas comme ça !", oui ben, c'est pas évident à retranscrire ! Et le scénariste l'entendait comme ça, et vu que c'est lui qui décide, on s'adapte.

Alors, plus sérieusement, qu'est-ce que ça donne tout ça ? 
Eh bien, bizarrement, alors que je m'attendais à un truc un peu cheap et vieillot, ça fonctionne pas mal du tout. Les dessins ne sont pas extraordinaires (à mon sens bien moins bons que ceux de Bionic Man), Lee Majors et Lyndsay Wagner ne sont pas toujours très ressemblant, et la colorisation n'arrange rien et est un poil criarde, mais on se laisse prendre au jeu et c'est avec un vrai plaisir de gamin que l'on tourne les pages.
De l'action, quelques vannes, du rythme, des références bien placées, tout cela contribue à faire de cette série un agréable voyage dans le temps et la pop culture. 

Du pur divertissement, fun, simple et efficace. Les quelques défauts techniques de ce comic ne parviennent pas à amoindrir son potentiel de séduction.

+ Austin et Sommers de retour !
+ des intrigues prenantes
+ respect de l'univers développé par la série TV (et non celui du roman)
- une série qui aura peut-être du mal à s'imposer chez les plus jeunes, chez qui le levier nostalgique, très important ici, n'aura pas d'effet