01 juillet 2014

New X-Men : conclusion du run de Morrison

Dernier volume de la réédition en Marvel Select du run de Morrison, intitulé New X-Men : Planète X.

Grant Morrison fait partie de ces scénaristes qui peuvent autant enthousiasmer (We3, Joe...) que décevoir (Kill your Boyfriend, JLA...). Par contre, il faut lui reconnaître qu'il ne laisse pas indifférent et tente régulièrement des expériences, qu'elles soient ou non pleinement réussies.
Son run sur New X-Men est, avec raison, considéré comme marquant et plutôt bon. Cette réédition, en quatre volumes et à petit prix, permet de replonger dans une époque trouble - et un brin malsaine - où les mutations ne sont pas forcément synonymes de pouvoirs et peuvent presque plus relever du handicap. Le tout sur fond de drogue, d'émeutes et de complots.
Les mutants sont donc largement malmenés.

Ce dernier tome est composé de deux arcs : Planète X et Déjà Demain. Le premier voit un Magneto halluciné (et accro au kick, une drogue qui booste les pouvoirs) prendre le contrôle de New York. Le second est centré sur un futur apocalyptique sur fond de quête du Phénix.
L'ensemble est plutôt spectaculaire et graphiquement sublime. Phil Jimenez et - surtout - Marc Silvestri nous en mettent plein les yeux. Les personnages sont charismatiques et les décors crépusculaires.
Pour ce qui est du récit en lui-même, c'est un peu plus délicat.

Les tomes précédents se concentraient plus sur l'institut Xavier et les relations, parfois houleuses, entre élèves et professeurs. Morrison mettait également en place des rapports complexes entre un Scott Summers moralement torturé et une Emma Frost abandonnant parfois sa façade glaciale pour se révéler plus humaine et touchante qu'à l'accoutumée (le personnage peut être creusé en lisant cette série, consacrée à sa jeunesse). 
Cet aspect est beaucoup moins important dans ce final qui privilégie les affrontements et dénoue quelques intrigues développées sur le long terme. Il faudra donc, pour bénéficier réellement de toutes les subtilités, considérer l'ensemble du run et non les différents tomes comme des parties isolées.

Si le dernier arc, Déjà Demain, n'est pas le plus facile à suivre, ni même le mieux construit narrativement, il reste épique et étrangement envoûtant. 
Tout cela contient des références à divers évènements ou personnages (Genosha, Sublime...), et il ne sera pas forcément aisé de tout comprendre. Bien entendu, Panini ne fait pas le moindre travail rédactionnel pour faciliter l'immersion : pas de point sur la situation ni même un vague topo sur les personnages. On entend presque une petite voix cynique grogner : "Démerdez-vous, de toute façon, on ne sait même pas ce que l'on publie, alors donner des explications, y a pas de risque !"

Bon, ceci dit, si vous ne connaissez pas ce pan de l'histoire des X-Men, il est vivement conseillé de le découvrir, ne serait-ce que pour l'ambiance particulière que Morrison a su instaurer (et à condition de lire l'ensemble du run).
Les cuirs ont remplacé les tenues moulantes, les pouvoirs cèdent la place à des mutations pour le moins bizarres, voire dérangeantes, et la plupart des leaders sont en proie au doute et remis en cause par des élèves moins naïfs que par le passé.
En somme, les temps changent, et ce n'est pas plus mal.

+ le tournant, à la limite du glauque, que Morrison impose aux X-Men
+ Silvestri, magistral
+ travail sur les personnages (pour l'ensemble du run)
+ un Magneto "multifacette", fort bien écrit
- un dernier arc confus
- une prise de contrôle de New York un peu abrupte et qui aurait mérité d'être plus développée 
- Panini (même plus besoin d'expliquer pourquoi, le nom en lui-même est devenu un label, que dis-je, une ode à l'impéritie)