01 juillet 2010

Fanzine : Grand Dédale

Petit coup de projecteur aujourd'hui sur un fanzine qui en est déjà à son troisième numéro : Grand Dédale.

Voyons tout d'abord l'histoire. Celle-ci est centrée sur Georges Daniel, un type soupçonné de plusieurs meurtres. Les victimes n'ont subi en apparence aucune violence et sont en fait décédées d'un arrêt cardiaque. Georges, de son côté, déclare que le coupable n'est autre que Gédéon, un être étrange qui vivrait... dans son propre corps.
Une lutte s'engage alors entre Georges et son hôte. Si intense qu'elle déclenche un début de combustion spontanée qui laissera Georges défiguré. Lentement, les pièces du puzzle se mettent en place. L'existence des dimensions de l'Ombre et de la Lumière commence à s'imposer aux yeux de Georges, devenu le Grand Dédale, un être aux pouvoirs immenses.

Ce fanzine, grand format, repose entièrement sur les épaules de Gilles Boverod qui signe donc scénario et dessin. Le côté feuilletonnant et étrange possède un certain charme. Le récit oscille entre fantastique et terreur, faisant un peu penser parfois à une improbable rencontre entre Fantomas et le Horla (oui, c'est bizarre, mais c'est ce qui m'est venu à l'idée). Loin de moi cependant la volonté de tenter une comparaison avec Allain & Souvestre ou Maupassant, je ne parle que de l'ambiance générale à laquelle les dialogues, au style un peu désuet, ne sont sans doute pas étrangers.
Dans les points positifs, il faut souligner l'idée, plutôt bonne, de mélanger BD et nouvelles. Ces dernières permettent de creuser un peu un personnage ou d'apporter quelques renseignements qui, petit à petit, se rattachent tout naturellement à l'intrigue principale. Le look de Grand Dédale, à l'inspiration très comics, marque durablement les esprits et s'avère à la fois sobre et efficace.

Dans les points négatifs, citons l'orthographe qui pourrait très nettement s'améliorer avec un peu d'attention (tout comme certaine répétitions dans les éditos). Dans les dialogues des brefs récits évoqués plus haut, le fait de faire commencer chaque phrase d'un même personnage par un tiret est également très déconcertant. Cela donne l'impression d'un changement d'interlocuteur alors qu'il n'en est rien. Pour chipoter, l'utilisation de ces mêmes tirets entourés de guillemets est également impropre, même si cela ne se révèle pas gênant à la lecture.
Au niveau graphique, les visages se ressemblent parfois un peu trop, ce qui nuit à la clarté de l'ensemble. Le choix de certaines polices rend également parfois la lecture difficile.
De petites maladresses, aisément rectifiables, qui ne parviennent pas à masquer la richesse d'un univers qui pourrait fort bien devenir fascinant. Les possibilités sont en tout cas nombreuses et l'approche est suffisamment originale pour que l'on se laisse prendre, sur le long terme, dans ce fameux dédale.

Notons que le numéro #3 voit son contenu s'améliorer nettement par rapport aux premiers opus. Histoire un peu plus longue (11 planches ou lieu de 10), galerie d'illustrations, couverture en couleur (la colorisation de Fred Grivaud apportant un charme supplémentaire bien réel au dessin), et même, en bonus, la première apparition de Georges Daniel, issu d'un autre fanzine, Twin Light, datant de 1991.

Une marge de progression évidente mais un vrai potentiel et surtout une sincérité et une passion qui transpirent à chaque page. C'est bien là l'essentiel pour ce type de publication.

Le site de Gilles Boverod : Le Grand Dédale