07 juillet 2010

Spider-Man : Red-Headed Stranger

La belle rousse qui a tant dérangé Quesada fait son grand retour dans le Spider-Man #126 de ce mois. Poudre aux yeux ou réelle histoire d'amour en vue ?

La revue du Tisseur commence magnifiquement. Alors que Peter, depuis des lustres, a la vie sexuelle d'un moine sous tranxen, il se retrouve au lit avec une fille mais, lorsqu'il se réveille le lendemain matin... il ne se souvient de rien ! Tout cela parce qu'il a pris la première cuite de sa vie. A l'aube de la trentaine, il était temps. En tout cas, il semble moins niais une fois bourré. Enfin, "bourré", il n'a pas vidé une bouteille de whisky non plus, mais quelques coupes de champagne. Encore un peu et les scénaristes nous faisaient le coup du kir royal. Pour rendre le perso encore plus efféminé, à part lui trouver un job dans un cabaret transformiste, je ne vois pas ce qu'il sera possible de faire par la suite. ;o)
Tout cela nous est raconté par Mark Waid et Mario Alberti.
L'on a droit ensuite à un interlude de Brian Michael Bendis au scénario et Joe Quesada himself au dessin. Le duo s'intéresse particulièrement à Jessica Jones, avec des allusions à l'excellente série Alias et la période Jewel de la miss. J'avoue que pour le coup, je ne suis pas contre le fait que madame Cage sorte des couches et revienne un peu sur le devant de la scène.

On passe ensuite au deuxième épisode d'Amazing Spider-Man, avec cette fois Fred Van Lente (Marvel Zombies, X-Men Noir, Wolverine : First Class) au scénario et Barry Kitson aux crayons. Chassé-croisé entre Peter et MJ, croisade anti-Spidey de Jameson mais, surtout, un Caméléon écrit d'une manière exceptionnelle par Van Lente. De mémoire, je dirais que je n'avais jamais vu ce personnage prendre une telle ampleur et, surtout, ressembler autant à un serial-killer froid et insensible.
Le cliffhanger de ce chapitre est d'ailleurs énorme et rappelle les plus belles heures de la série.
Après, la question sur la pertinence et le but réel du retour de MJ peut se poser. On sait que pour amoindrir le choc de OMD, Quesada a mis en place, dès le départ, des contre-feux efficaces, que ce soit avec le personnage de Jackpot (dont on pouvait penser qu'il s'agissait de MJ) ou encore à travers des déclarations évasives entretenant le flou sur le côté définitif de l'effet Mephisto. Du coup, il n'est pas irréaliste de penser que ce retour qui n'engage finalement à rien (même dans le cas d'un flirt poussé) fait partie de la manoeuvre, pensée de longue date. Ramener l'ex madame Parker à New York et dans les pages de la série phare de Spidey ne changera rien au fait que des années de continuité et d'évolution du personnage ont été saccagées...

On termine par de très brefs récits issus du numéro anniversaire du Tisseur (le #600 du mois dernier) que Panini publie seulement maintenant, poursuivant son habitude de ne jamais réellement marquer le coup lors d'un évènement qui, aux Etats-Unis, est toujours fêté en grande pompe. Les suppléments "gratuits" américains, plus quelques covers, prennent donc ici la place de deux épisodes réguliers. L'éditeur français n'en est pas à son coup d'essai puisqu'il se permet régulièrement d'utiliser comme matériel payant les épisodes issus du Free Comic Book Day. Mais bon, ce n'est pas là leur pire défaut, malheureusement...
Bref, voyons un peu le contenu. Une place - bien large - est faite pour le mythique Stan Lee, aujourd'hui bien dépassé en tant que scénariste, même si l'on prend soin de le prendre au second degré. Heureusement, quelques histoires s'avèrent sympathiques, comme Le Fils de mon Frère, de Mark Waid et Colleen Doran qui nous refont le coup du vieil oncle Ben un peu dépassé par son rôle de père de substitution mais qui parviennent tout de même à être émouvants. Dans un autre genre, Visite au Musée, de Zeb Wells et Derec Donovan, revient d'une manière plutôt drôle sur la très kitsch Spider-Mobile (cf scène #8 du Bêtisier pour ceux qui n'auraient encore jamais vu ce véhicule si particulier).

Tout cela est globalement bon, si bien fait même que l'on en oublierait presque que le vrai Spider-Man est mort et qu'il ne reviendra probablement plus. Le pitre adulescent qu'il est aujourd'hui devenu, à la fois égoïste et ridicule, pourra amuser la galerie et nous arracher quelques sourires, mais de là à vibrer de nouveau pour lui, il y a un gouffre méprisant que Quesada a creusé au nom de ce nouveau lectorat qui aurait pu prendre le train en marche sans que l'on en vienne, pour autant, à sacrifier les plus anciens passagers.

Une bonne fournée dans laquelle un Parker bien nouille se fait voler la vedette par un Caméléon inhabituellement inquiétant.

ps : notons que la revue contient les Coeurs et l'étui d'un jeu de cartes à collectionner. Le thème en est Dark Reign et les illustrations sont plutôt pas mal. Les autres couleurs accompagnent les mensuels X-Men, Marvel Heroes et Dark Reign de ce mois.