08 juillet 2010

Captain America : Reborn

Le Marvel Icons hors série #17 accueille la première partie de la mini-série Captain America : Reborn.

Pour ceux qui ne seraient pas au courant, Steve Rogers, alias Captain America, est mort. Le héros a été tué, juste après Civil War, par Sharon Carter, alors sous l'emprise de Crâne Rouge. Depuis, le bouclier a été repris par James Barnes, anciennement Winter Soldier et fidèle compagnon de route de Cap. Evidemment, en habitués des comics mainstrean et de leurs règles implicites, nous nous attendions à voir Rogers revenir d'entre les morts un jour ou l'autre.
Marvel a tout de même réussi à patienter plus de deux ans avant de remettre le personnage sur le devant de la scène. Il faut dire que Barnes faisait un bien piètre remplaçant, bien moins charismatique en tout cas que son illustre prédécesseur.

La mini-série intitulée fort logiquement Reborn est écrite par Ed Brubaker (Incognito, Sleeper) et dessinée par Bryan Hitch, avec un encrage du grand Butch Guice (Ruse). Le scénariste, qui oeuvre sur l'on-going Captain America depuis déjà fort longtemps, reprend plus ou moins les protagonistes et intrigues qu'il a l'habitude de développer sur la longueur. L'on retrouvera donc Crâne Rouge, Sin, Crossbones mais aussi, Dark Reign oblige, Osborn et ses Thunderbolts. Côté good guys, ce sont Hank Pym, Reed Richards ou encore le Faucon qui tentent de comprendre ce qu'il est advenu du corps de Cap. En effet, ce dernier pourrait bien être vivant mais piégé quelque part dans le temps, ou plutôt à travers différentes époques pour être précis. Evidemment, chacun, Norman en tête, a une bonne raison de mettre la main dessus en premier.
Tout cela sera sans doute difficile à suivre pour un nouveau lecteur étant donné le nombre d'intervenants ou les très nombreuses références aux évènements passés. Pour les autres, ces premiers épisodes n'offriront pas énormément de surprises. Graphiquement, c'est soigné, propre, net et efficace, comme il fallait s'y attendre.

La conclusion est prévue en septembre, mais que Rogers reprenne ou non son rôle au sein des Vengeurs ou en tant que Captain America, cela pose tout de même un certain nombre de questions quant à l'impossibilité chronique de se séparer d'un personnage de manière définitive. Le nombre de héros - ou de criminels d'ailleurs - qui sont passés de vie à trépas puis se sont sentis tout à coup beaucoup mieux est affolant. Les scénaristes en viennent d'ailleurs souvent à en plaisanter dans les dialogues (cf la scène #57 du Bêtisier par exemple).
L'on a même vu ces dernières années des tentatives, certes avortées mais réelles, de faire revenir des personnages secondaires considérés pourtant comme "intouchables", comme Gwen Stacy ou l'oncle Ben. Et, bien sûr, le final de Secret Invasion a accordé à tous, en bloc, un "permis de ressusciter".
Malheureusement, cette façon de faire nuit grandement à l'intérêt des récits et décrédibilise totalement le côté dramatique qu'ils se devraient pourtant d'avoir parfois. L'on comprend bien entendu le fait qu'un éditeur ne veuille pas se séparer d'une figure emblématique qui contribue à son image et surtout à ses recettes, mais pourquoi diable conserver, en plus du costume, le type qui le porte ?
Spider-Man pourrait fort bien être quelqu'un d'autre que Peter Parker, et Cap n'a pas besoin de Steve Rogers pour exister (même si Brubaker n'a pas rendu Barnes incontournable, c'est avant tout un problème scénaristique, non un problème de nom).

La Distinguée Concurrence semble avoir moins de problèmes pour passer le flambeau (entre différents Flash ou Green Lantern par exemple), même si, pour être honnête, il faut avouer que les identités civiles des personnages dans l'univers DC ont moins d'importance que dans le Marvelverse. Pourtant, loin de s'en inspirer, les rares tentatives de remplacement de la Maison des Idées sont le plus souvent condamnées à n'être que terriblement temporaires. Dans le cas présent, cela amoindrit considérablement la "mort" de Cap, les réactions suite à cette dernière, ou encore les différents hommages qui ont pu lui être rendu.
Quel sens garder aux frissons et aux larmes si ce qui les a motivés n'a finalement pas plus de consistance qu'un mauvais rêve ? Les planches peuvent-elles conserver leur pouvoir de fascination si l'on n'y trouve que mensonges et tours de passe-passe gauches et absurdes ? Ces questions ne sont que rhétoriques, nous en connaissons tous les réponses. C'est un peu la malédiction de la série régulière à succès ; promettre puis faire comme si aucune parole n'avait été prononcée. Un peu comme si, au lieu de planches et d'encre, l'on se servait d'un tableau et de craies pour pouvoir effacer régulièrement ce que l'on nous présentait hier comme essentiel.
La mort de Cap était triste, certes, mais faite de cette saine tristesse que le lecteur accepte volontiers. Ce retour est bien plus triste encore, car il signe la mort non pas d'un personnage mais de souvenirs de lecture qui auraient pu être beaux et qui deviennent dérisoires...

Un retour sans surprise, qui fait plus de mal que de bien.

"C'est à cause que tout doit finir que tout est si beau."
Charles-Ferdinand Ramuz