03 septembre 2010

The Boys : en Vert et Jaune

Le mythe du super-héros gentillet et bien propre sur lui en prend de nouveau un coup avec The Boys #7, un opus aussi excellent que les précédents.

La puissante compagnie Vought-American ne contrôle pas seulement les Sept, l'une des équipes de super-héros les plus populaires et rentables du moment, mais elle détient aussi les droits de groupes secondaires, tout aussi intéressant financièrement.
Parmi eux, les G-Men. La franchise est d'ailleurs déclinée jusqu'à l'écoeurement : G-Force, G-Brittons, G-Nomades... et même deux teams purement noires, dont les membres ont repris à leur compte les rivalités des rappeurs des cotes Est et Ouest. Il y en a donc pour tous les goûts, tout le monde pouvant s'identifier à l'un ou l'autre héros et surtout acheter les comics et produits dérivés qui vont avec.
Pourtant, quelque chose cloche dans cette organisation dirigée d'une main de fer par le mystérieux John Godolkin. Après le suicide d'un membre, Hughie est chargé d'infiltrer les G-Wiz, une sorte d'équipe temporaire pour aspirants justiciers.
Ce qu'il va découvrir est si épouvantable qu'il va mettre sa propre vie en danger pour tenter de sauver ce qui peut encore l'être. Malheureusement, dans le monde des affaires et des super-pouvoirs, même les gamins sont des marchandises sacrifiables...

Suite donc de The Boys, peut-être, avec Preacher, la série la plus réussie de Garth Ennis. Toujours Darick Robertson aux dessins. De nouveau seulement quatre épisodes dans ce septième tome VF, un peu léger, d'autant qu'encore une fois, on le dévore avec un plaisir évident.
Bien entendu, les G-Men et leurs nombreuses déclinaisons constituent une référence directe aux X-Men. Pourtant, les protagonistes n'ont pas grand-chose à voir (à part parfois le look) avec les encapés de la Maison des Idées. Comme toujours avec Ennis, les super-héros sont (mal)traités de manière assez dure. Presque de manière réaliste puisque le fait d'avoir des pouvoirs leur permet bien souvent de laisser libre cours à leurs pulsions les plus malsaines. Un inconvénient mineur pour la société Vought-American qui, du moment qu'elle continue à engranger des bénéfices, se fiche pas mal du comportement de ses si particuliers employés. Du moins tant qu'ils restent plus ou moins discrets.
Pour l'anecdote, et dans un style qui n'appartient qu'à lui, Ennis nous montre cette fois une manière assez inattendue de fêter la Saint Patrick et de réussir un fort joli mélange de couleurs. ;o)

En ce qui concerne le public visé, attention, le macaron "pour lecteurs avertis" qui orne la couverture est totalement mérité. Il y a du sexe, des gros mots, de la violence, quelques jeux pervers seulement évoqués ou explicitement dévoilés, bref, de l'artillerie lourde. Pourtant, tout comme dans le dernier Authority, la forme trash cache un fond bien plus intelligent et sensible qu'il n'y paraît. Bien sûr Hughie et sa petite amie apportent une touche de normalité et sont un peu la caution "humaniste" de la saga, mais d'autres personnages, plus sombres, commencent à dévoiler des sentiments que l'on ne pensait pas les voir éprouver. La Fille et le Français, notamment, se rapprochent et laissent entrevoir une sensibilité touchante. Bon, une sensibilité de psychopathes hein, on est bien d'accord, mais cela donnera tout de même l'occasion à ce sacré Frenchman de nous offrir l'une des scènes les plus émouvantes de la série. Non seulement parce qu'il y dévoile, maladroitement, son attachement pour la Fille, mais également parce que ses sentiments semblent totalement désintéressés et platoniques, ce qui est tout de même suffisamment rare dans ce milieu pour être souligné.

De l'action, des scènes drôles, d'autres plus tristes, tout fonctionne à merveille et semble facile sous la plume de ce diable d'Ennis. Une écriture parfaite, un renouvellement constant et un cynisme de bon aloi, que demander de plus ? Evidemment, mieux vaut avoir lu les tomes précédents (cf cette chronique sur le premier volume) avant de vous lancer dans l'aventure. Et ne vous laissez pas abuser par le côté bourru de l'ensemble. The Boys est un joyau qui se mérite. Pour en savourer pleinement l'éclat, il faut accepter de se salir un peu les mains et les godasses.
A vous de voir si vous avez une âme de chercheur d'or.

"Je suis ton ami. Si je ne pouvais être ton ami, autant mourir. Et si ce doit être de ta main, ainsi soit-il."
Frenchman, sous la plume de Garth Ennis.