11 mars 2010

Preacher : Salvation

Le 7ème tome de Preacher vient de sortir en VF et porte le nom de la douce ville de Salvation.

Mauvaise passe pour le révérend Jesse Custer puisque, après une chute d'avion (sans parachute, ce qui constitue la plus mauvaise façon de quitter un avion en vol), une rencontre furtive avec Dieu et la perte d'un oeil, voilà qu'il doit se faire à l'idée que la femme qu'il aime est maintenant en couple avec son meilleur ami. Même pour quelqu'un habitué aux coups durs, ça commence à faire beaucoup.
Aussi, quand l'occasion se présente de faire une petite pause pour se remettre les idées en place, Jesse n'hésite pas. Il s'installe à Salvation, petite ville texane dont il ne tarde pas à devenir le shérif, ce qui implique de ramener un peu d'ordre dans cette bourgade tombée sous la coupe de Quincannon, un puissant industriel, psychopathe de son état.
Une guerre ouverte est déclarée, impliquant le Ku Klux Klan, une avocate sado-maso néo-nazie et quelques pécores locaux. Autrement dit, pour Jesse, une bonne façon de se changer un peu les idées.

Petit rappel si vous avez raté le début avec ces chroniques sur les tomes #1 et #5. Toujours le même tandem aux commandes, à savoir Garth Ennis (The Boys, Punisher, La Pro, The Authority, Just a Pilgrim, Ghost Rider, Fury) pour le scénario et Steve Dillon pour les dessins.
On pourrait prendre cet opus pour une pause dans le récit et craindre du coup une baisse d'intérêt, d'autant que Tulip et Cassidy sont totalement absents, mais ce serait compter sans le génie de l'auteur qui, ici, se livre à un vibrant hommage aux classiques du western. Tous les stéréotypes sont réunis : le type puissant qui terrorise la région, ses hommes qui descendent en ville et maltraitent les habitants, l'étranger qui vient remettre de l'ordre et qui séduit la belle du coin... mais bien sûr, tout est accommodé façon Ennis, c'est à dire relevé à coups de perversions et de personnages déjantés. L'adversaire de Jesse, baron de la viande, pervers au possible, est à lui seul un pur délire d'écriture, à la fois comique et repoussant.
En parlant de viande, signalons une scène qui se passe dans un abattoir insalubre, où les employés urinent au milieu des pièces de boeuf. Une image quasiment semblable est visible dans la série 303, du même Ennis. Petit clin d'oeil volontaire ou réelle obsession pour les boucheries dégueulasses ? Bonne pub pour les végétariens en tout cas. ;o)

L'histoire principale progresse également, avec notamment des informations importantes sur les parents de Custer (on sait qu'il n'a pas eu une enfance des plus heureuses) et un grand moment lorsqu'il se souvient de sa rencontre mouvementée avec Dieu.
Voilà donc encore un volume excellent, comme les précédents. Si certains évènements sont prévisibles, Ennis nous ménage aussi quelques véritables surprises, notamment un joli retournement de situation à propos d'un personnage secondaire. Et bien sûr, comme à son habitude, le scénariste mêle à la violence et au trash un humour acide et irrésistible qui permet de ne pas tomber complètement dans le glauque (les scènes avec le KKK sont un régal au niveau des dialogues). Bref, un sans faute.

L'une des meilleures séries d'un des plus grands auteurs actuels.

- Une fichue ligue de handball dont personne n'entendra jamais parler. Merde, personne n'a jamais gagné quoi que ce soit en jouant à ce jeu débile...
- On ne peut jamais savoir quand il s'agit d'argent Cosmo.
- Non mais on peut faire des pronostics. C'est pour ça que les gens investissent sur l'or et pas sur la merde de buffle en poudre.
Cosmo et Jesse, sous la plume de Garth Ennis