09 août 2011

Apocalypse sur Carson City

La sortie dans quelques semaines du tome #3 nous donne l'occasion de revenir sur l'excellente série Apocalypse sur Carson City. Petit rappel des faits et preview sont au menu.

Une invasion de zombies, due à des militaires qui paument une cargaison de fûts toxiques, voilà qui pourrait, a priori, n'avoir rien de bien original (cf cet article sur l'épidémie de zombies dans les comics). C'est sans compter le traitement particulier que Guillaume Griffon,  qui signe scénario et dessins, va donner à cette histoire.

Le style graphique tout d'abord. Dans un premier temps, l'on peut être quelque peu rebuté par un noir & blanc âpre et une ambiance franchement malsaine, pourtant, en découvrant peu à peu l'intrigue et le ton caustique de l'ensemble, l'on finit par apprécier le contraste violent, les têtes monstrueuses et disproportionnées et les nombreux plans inventifs, associés à des compositions de planche astucieuses.
Un zoom sur une carte dans un bureau, qui se transforme peu à peu en décor, permet par exemple de situer l'action sans passer par les traditionnels pavés de texte. Autre idée de mise en scène, alors qu'un groupe de gangsters s'enfuit en bagnole, l'on voit simplement un panneau routier et un gros plan sur l'une des roues en haut de la page, le centre étant occupé à gauche par une cascade de dialogues et à droite par le véhicule en perspective, fonçant vers l'horizon, alors que le bas montre les occupants du véhicule en gros plan. Une construction dynamique qui permet de donner une réelle ampleur aux évènements.

L'on peut effectivement parler de mise en scène puisque l'auteur travaille de manière cinématographique mais fait également sans cesse référence aux films de genre ou à diverses séries B. Les personnages sont présentés comme étant incarnés par des acteurs, les crédits sont en forme de générique (avec même les titres de la "bande son", pis pas forcément des trucs dégueux, Bad Moon Rising ou Bad to the Bone, c'est plutôt bon pour les oreilles), l'on retrouvera également des allusions dans les titres de chapitres, les dialogues et les nombreuses citations qui parsèment l'ouvrage. De Bad Taste à Jaws, en passant par Ghostbusters, Re-Animator, Commando ou Star Wars, ça sent le culte et les années 80 (bien que l'on trouve également des clins d'oeil à des films plus récents).
La galerie de personnages renvoie d'ailleurs à de nombreux et bien familiers stéréotypes : le colonel vachard et quasi invincible (avec des faux airs de Tortue Géniale !), les flics locaux, mi-bornés mi-débiles, les gangsters "tarantinesques", les jeunes en chaleur en virée dans un cimetière (qui nous font un remake de I know what you did last summer), tout cela, plus que le déjà-vu, sent surtout l'hommage maîtrisé.

En effet, c'est bien beau de placer des références plus ou moins évidentes, cela ne fait pas forcément une bonne histoire. Là où Griffon remporte le morceau et se révèle proprement génial, c'est dans la dérision et l'humour noir dont il fait preuve. Descriptions décalées, répliques cinglantes, non seulement l'on ne s'ennuie jamais, l'on se sent en terrain familier, baignant dans la pop culture, mais on s'amuse beaucoup !
La narration est également exemplaire, empruntant encore une fois aux codes d'un certain cinéma, elle permet de suivre différentes péripéties, pas forcément dans l'ordre chronologique, puis de relier les destins des protagonistes de manière souvent inattendue.
La série est éditée chez Akileos. Les deux premiers volumes sont déjà disponibles (90 pages environ, grand format, hardcover, le tout pour 15 euros), le troisième sort en septembre. Ayant eu la chance de pouvoir le lire, je peux vous dire qu'il s'avère aussi savoureux, sinon plus, que les premiers opus. Griffon s'offre même un casting de "luxe" avec deux habitués des films d'action et autres nanars. ;o)
Les deuxième et troisième planches utilisées en illustration sont issues de ce tome. 
Encore une fois, c'est surtout en se plongeant dans le récit et en en découvrant le second degré et les diverses subtilités que l'on pourra appréhender la grande qualité du travail effectué.

Une oeuvre intelligente, drôle, originale et bien écrite.
A placer d'urgence dans votre bibliothèque personnelle.