11 août 2011

CIA - Le Cycle de la Peur

Complots, attentats et barbouzes sont au menu de CIA - Le Cycle de la Peur, une série dont le deuxième tome est sorti il y a quelques jours.

Après les attentats du 11 septembre 2001, les services de sécurité des Etats-Unis décident de faire appel à différents experts civils et militaires afin d'imaginer les pires situations possibles, dans l'optique, bien entendu, de pouvoir anticiper et mettre sur pied la riposte la plus adéquate. Parmi ces experts, des scénaristes hollywoodiens en vogue. Leur travail ? Imaginer l'impensable, une tâche dont ils vont fort bien s'acquitter.
Trois ans après, le pire des scenarii est devenu réalité. Le président est en danger de mort, la paix au Moyen-Orient est menacée, les services secrets sont en passe d'être déstabilisés.
Le monde entier est en danger. 
Lorsque Jason Holt, scénariste employé par la CIA, apprend que l'un de ses collègues vient d'être assassiné, il commence à prendre peur. Et en effet, des tueurs sont déjà à ses trousses. Ainsi d'ailleurs qu'une jolie blonde, Eve van Fleet, agent de la CIA, qui va tenter de le protéger et de comprendre ce que ces créateurs de séries TV ont bien pu inventer comme apocalypse imaginaire. Car, pour rajouter au trouble général, le fameux dossier contenant les travaux des scénaristes a disparu...

Si vous êtes un habitué de ce blog, ce pitch devrait vous rappeler celui de Scénario Catastrophe, publié chez Delcourt. Heureusement, les similitudes n'existent que dans l'idée de départ et l'oeuvre qui nous intéresse ici est traitée de manière bien plus habile.
Le scénario est de Jean-Luc Sala, les dessins sont de Phil Castaza
Les auteurs s'inspirent d'un fait réel et construisent à partir de là un thriller nerveux avec d'un côté le déroulement des évènements à l'échelle mondiale et leurs conséquences politiques, de l'autre une course-poursuite entre bons et mauvais agents, tous lancés aux trousses du fameux scénariste. Les deux premiers tomes déjà parus (chez Soleil) dévoilent peu à peu la terrible machination qui s'avère plutôt bien pensée, chaque phase dévoilant un pan des véritables buts des intrigants. Malgré l'aspect technique - indispensable aux deux camps - assez poussé (visiblement, un véritable travail de documentation a été fait), l'action sur le terrain n'est pas oubliée et donne lieu à quelques montées d'adrénaline voire des moments d'émotion (la scène avec le blindé et le petit garçon notamment).
Un bon moyen de montrer qu'aucune technologie n'a jamais fait d'une guerre, même nécessaire, une guerre "propre".

Il y a bien tout de même quelques poncifs qui sont employés, dont le fameux syndrome des méchantes sociétés pétrolières américaines (pourquoi juste américaines d'ailleurs, Total serait-il dirigé par des saints et des philanthropes ?) qui financent des dictatures (c'est un peu fort d'accuser les américains d'envahir des pays pour du pétrole alors qu'on les accusait avant les interventions de maintenir ces mêmes régimes pour... du pétrole : au moins l'une des deux accusations ne tient pas) ou encore (mais il s'agit des propos d'un personnage, aussi nous ferons grâce aux auteurs d'imaginer qu'il puisse s'agir d'un reflet de leurs analyses personnelles) une allusion au fait que Clinton aurait en son temps fait reprendre les bombardements sur Bagdad suite... à l'affaire Lewinsky (un point de vue paranoïaque, puant l'anti-américanisme, et réellement relayé par la presse franchouillarde de l'époque... le journal Libération ayant même affirmé que c'était "la fellation la plus meurtrière de l'Histoire"... à vomir !).   
Malgré tout, vu le sujet scabreux, la plupart des écueils sont pour l'instant évités et le scénariste parvient à ne pas sombrer dans la facilité et la charge violente. Mieux, il instaure un climat tendu et parvient à ménager le suspens tout en restant clair et compréhensible malgré les nombreux personnages et les va-et-vient sur la scène internationale.
L'on peut également noter une intéressante réflexion sous-jacente sur la responsabilité des auteurs et de l'industrie de l'entertainment face aux méfaits qu'on les accuse parfois d'inspirer*

Une très bonne série, palpitante et intelligemment menée.
L'on attend la suite avec impatience.




* ... avec certes parfois une légèreté coupable, les Wachowski et leur Matrix ayant même été soupçonnés par certains d'avoir été à l'origine des évènements de Columbine, tout cela parce que les tueurs portaient des trench-coats noirs, ce qui me semble être effectivement une preuve de connexion directe indubitable... d'ailleurs, depuis que je regarde Plus belle la vie, je suis moi-même très influencé : dès que je m'adresse à quelqu'un, je joue mal.