26 août 2011

Bienvenue à Hoxford

Une histoire de monstres en milieu carcéral aujourd'hui, avec Bienvenue à Hoxford. Attention, comic servi saignant.

Raymond Delgado est un tueur psychopathe de la pire espèce. Ancien militaire traumatisé par les horreurs qu'il a vécues, ancien enfant battu également, sa psyché a eu à encaisser - non sans difficultés - ce que peu de gens auraient pu endurer.
Après une énième agression en prison, il est envoyé, avec quelques détenus "spéciaux", dans un centre carcéral privé, dirigé par une entreprise russe. Cannibales, pédophiles et serial-killers y bénéficient d'un traitement particulier qui n'a plus grand-chose à voir avec la justice ou la psychiatrie. En effet, l'institution est dirigée par des bêtes d'un autre temps, autrefois traquées, aujourd'hui cachées parmi les hommes.
Les monstres vont se nourrir des monstres.
Mais Ray n'a pas peur. Il se sent à sa place. Pour la première fois peut-être dans sa vie, il a trouvé... une famille.

Voilà un nouveau récit d'horreur signé Ben Templesmith (scénario & dessins). L'artiste s'était déjà illustré sur la série 30 jours de nuit ou encore sur Fell, excellente histoire dont il annonce d'ailleurs la suite prochaine. Son style particulier se révèle ici des plus efficaces puisqu'il parvient à créer une atmosphère étrange, moite et violente qui convient parfaitement au côté glauque, renforcé par une colorisation exceptionnelle, du lieu et des personnages.
A part une jeune médecin, il n'y a strictement aucun "héros" dans Bienvenue à Hoxford. Entre les meurtriers sadiques dévorant pendant des mois leurs victimes peu à peu démembrées, de cruels violeurs sans remords ou les fameux monstres poilus (puisqu'il s'agit bien en fait de loups-garous, même s'ils ressemblent parfois à des oryctéropes ayant chopé la rage), difficile de trouver un personnage auquel se raccrocher. Et pourtant - et c'est là où l'oeuvre de Templesmith devient dérangeante - le processus d'identification est en oeuvre et certains protagonistes en deviennent presque "sympathiques".
Faut-il y voir un simple pied de nez, sous forme de prouesse narrative, adressé au lecteur ou quelque chose de plus profond ? Difficile à dire. Tout être, quelle que soit la cruauté de ses actes, étant de toute façon plus complexe que l'image rapide que l'on peut se forger de lui, cette mise en abyme de la monstruosité s'avère aussi judicieuse que troublante. 

L'ensemble est un peu court et il aurait été possible de mieux développer la psychologie de certains personnages, peut-être en s'attardant un peu plus sur les causes de leurs perversions, néanmoins, l'ouvrage est efficace et se lit avec un mélange de fascination et de répulsion brillamment dosé. Surtout, alors que l'on sait que le genre horrifique en comics peut parfois aboutir à de bien fades planches (cf Vendredi 13 ou Les Griffes de la Nuit), Templesmith réussit à construire un univers aussi malsain qu'esthétiquement maîtrisé, impactant autant la rétine que l'esprit. 
Cette édition de Delcourt contient une importante galerie d'illustrations et croquis ainsi qu'une préface de l'auteur.

Petit séjour en prison, avec morsures et dépeçage en prime.
A ne pas administrer aux enfants. Ou alors juste quand ils refusent de se brosser les dents...