31 août 2011

Grandville Mon Amour

Petit retour sur les aventures de l'inspecteur LeBrock avec Grandville mon amour, un polar steampunk anthropomorphique.

A Londres, juste avant qu'il ne soit exécuté, Mastock parvient à s'échapper. Le criminel s'est illustré en assassinant de nombreuses prostituées mais aussi par son sadisme et ses exactions pendant l'occupation française. 
Lorsque l'inspecteur LeBrock, qui se remet difficilement de la disparation de Sarah, apprend que celui qu'il avait naguère arrêté a franchi la Manche pour se réfugier à Grandville, il embarque pour la capitale française, accompagné de son ami Ratzi.
La traque officieuse peut commencer, car bien entendu, LeBrock n'a nullement l'aval des autorités de Scotland Yard et encore moins celui de la police française.
Après une longue enquête et de nouveaux meurtres, l'inspecteur va découvrir un secret d'état qui le mènera sur les traces des anciens résistants et même sur celles de son propre père. 
Pour LeBrock comme pour tous, la vérité a malheureusement un coût. Celui de l'innocence. 

Après un excellent premier tome (cf Grandville), Bryan Talbot livre ici une suite dont il signe encore scénario et dessins (ainsi qu'une partie de la colorisation si l'on excepte les aplats de départ). L'auteur de Luther Arkwright est passé maître dans la description d'univers uchroniques envoûtants et réalistes et il continue ici de dépeindre un monde où se mêlent complots et intrigues politiques.
A part les "pâtes à pain", les personnages sont tous des animaux, mais cela n'enlève rien à l'émotion qui peut se dégager de certains d'entre eux, ni à la force de l'histoire. Comme dans le premier opus, Talbot part d'une enquête banale pour ensuite dévoiler un peu le passé politique d'une Grande-Bretagne restée longtemps sous domination française avant de devenir une république socialiste qui a sa part de corruption et de secrets honteux. En partant ainsi de la vie (ou de la mort plutôt dans ce cas !) de quelques individus, LeBrock influe encore une fois sur l'avenir de son pays et des relations anglo-françaises. Sa vie privée n'est pas en reste puisque Talbot va également développer les failles et obsessions du héros, à travers la douloureuse disparition de Sarah ou la fin tragique du père de LeBrock. Une manière également de parler, presque avec pudeur, de l'épineux sujet des crimes de guerre et de distiller l'idée, difficilement admissible mais juste, que deux camps opposés peuvent abriter autant de gens respectables que de salauds. Et sans doute autant de noblesse que de mensonges.

Les dessins sont souvent d'une grande beauté et l'on regrette presque qu'il n'y ait pas plus de pleines pages tant Talbot fournit un travail d'une qualité extraordinaire. Les petits clins d'oeil, aux personnages de BD bien connus ou à la culture française, sont moins nombreux que dans le premier tome, même si l'on pourra par exemple constater la présence d'un illustre canard (revisité, tendance crados, par l'auteur) ou de l'icone, dans le décor, d'un célèbre... fromage à tartiner (mais franchement, croyez-moi, ça ne vaut pas la cancoillotte ! et je rappelle que l'on tartine la cancoillotte de gauche à droite, c'est évident).
Les inventions et l'aspect technique de l'univers sont également moins présents et l'on devra se contenter de quelques armes exotiques, des traditionnels dirigeables ou d'une étrange pelleteuse à vapeur découverte au détour d'un cimetière. 
Niveau bonus, moins de choses également. Simplement deux pages en fait, montrant les différentes étapes du travail, du crayonné à la colorisation, en passant par l'encrage. On est loin des 22 pages supplémentaires du premier livre.
La même chose donc, avec un peu moins d'idées et de contenu, ce qui ne nuit toutefois pas à la qualité de cette suite, au graphisme léché (signalons que les covers, peu flatteuses, ne rendent pas réellement justice au contenu) et au récit habilement construit.

Du polar à vapeur avec des bestioles finalement très humaines.
Du grand Talbot.