05 août 2011

Les Charmes de Lucifer

On parle sorcières et petites peluches roses aujourd'hui avec Ensorcelée.

Luci Jennifer Inacio das Neves, Lucifer pour les intimes, est une voleuse d'un genre spécial. En effet, la jeune fille est spécialisée dans les reliques et artefacts magiques, ce qui l'oblige à côtoyer des démons et toute une ribambelle d'entités peu recommandables.
Lorsqu'un ancien employeur, un caïd de la "pègre magique" à qui elle a dérobé une somme conséquente, la retrouve, Lucifer va être victime d'un odieux chantage. Si elle veut éviter le pire à son amie Val, il lui faut maintenant dérober la carasinthe, un objet qui a la particularité bien utile de précipiter la mort d'un individu lorsque l'on prononce son nom en sa présence.
Pour Lucifer, il s'agit maintenant de gagner du temps et de trouver un moyen de se débarrasser de ce contrat sans pour autant fournir une arme aussi puissante à un type déjà dangereux sans...

Le catalogue Bit-Lit de Milady commence à sérieusement s'étoffer. Après les plutôt décevants Mercy Thompson et True Blood, l'on va cette fois s'intéresser à Ensorcelée. Au scénario, Michael Alan Nelson. Pas de quoi se rassurer puisque l'auteur avait livré une fort peu concluante suite à 28 jours plus tard. Heureusement, il s'en sort bien mieux cette fois. L'héroïne est plutôt sympathique et possède un intéressant côté "peste débrouillarde". Les créatures magiques ont également un certain charme, notamment les démons qui manient avec bonheur ironie et lubricité. Quant à l'univers dépeint, il s'avère plutôt lumineux et déjanté, évitant ainsi les stéréotypes quelque peu sombres auxquels l'on aurait pu s'attendre. Certains pièges magiques sont ainsi judicieusement dissimulés dans de petites peluches roses à l'aspect inoffensif. Il y a bien des scènes parfois qui pourraient être glauques (à la morgue par exemple), mais là encore, l'ambiance générale évite de sombrer dans le réellement crade. 
Reste le méchant de service, un peu fade, mais qui a le mérite de finir d'une manière assez spectaculaire.

Du côté des dessins, l'on découvre le travail d'une espagnole répondant au doux nom d'Emma Rios. Son trait est agréable, ses personnages ont du caractère et, si l'on peut reprocher parfois quelques soucis de perspective (au niveau des véhicules notamment) ou des décors quelque peu dépouillés, il se dégage un réel charme des planches, d'autant que celles-ci bénéficient d'une colorisation (de Cris Peter) certes vive et contrastée mais qui se justifie pleinement et contribue à donner à l'ensemble une touche de légèreté totalement assumée.
L'on a rarement l'occasion de voir des artistes féminines s'imposer dans le milieu des comics mais pour Emma cela semble bien parti puisqu'elle bosse également pour Marvel (nous aurons l'occasion d'en reparler). Il est en tout cas intéressant de découvrir sa vision de Lucifer, un personnage fort, violent parfois et donc bien éloigné de l'image de la faible jeune fille sans défense. Même physiquement, bien qu'elle ne soit pas dénuée de charme, l'on évite ici les formes exagérées et les tenues minimalistes (la cover n'est, à ce titre, pas représentative) si souvent employées dans les séries mainstream. Il faut d'ailleurs noter une grande maîtrise, chez Rios, du regard. Lucifer prend de l'épaisseur essentiellement grâce à ses yeux, exprimant tour à tour la colère, la fragilité, la fausse ingénuité ou encore une détermination froide et presque cruelle. Une manière peut-être de dire que tout ne réside pas dans la taille des nibards.

Un bon début en tout cas pour cette Lucifer qui semble avoir encore pas mal de secrets à dévoiler, ces premiers épisodes faisant référence à nombre d'évènements ou personnages dont on ne sait encore rien.
Le mélange entre magie et humour fonctionne et, surtout, Nelson évite le gnangnan qui caractérise si souvent les oeuvres estampillées bit-lit. Du genre le "beau" vampire amoureux de la connasse locale. Comme si un monstre avide de sang pouvait être excitant ! Non mais, est-ce que nous, on s'excite sur des momies, des goules ou des femelles troll ? Non. Enfin... pas... pas souvent. 
Ah ces filles, on ne les comprendra jamais ! 

A tester, surtout si l'on apprécie le style graphique, pour beaucoup dans le résultat global.