05 juillet 2012

Avant-Première DC Renaissance : Aquaman

Avec Aquaman, l'on s'intéresse aujourd'hui à un personnage qui ne fait pas forcément l'unanimité chez les fans de comics mais dont la nouvelle série s'avère particulièrement bien écrite.

Lorsque les habitants de Beachrock sont attaqués par d'étranges créatures venues du fond des mers, l'adjoint du shérif se tourne tout naturellement vers Aquaman afin de trouver une parade.
Le héros accepte bien volontiers d'apporter son aide, d'autant qu'il a décidé de renoncer au trône d'Atlantis et, avec sa compagne Mera, de protéger la côte.
Tout le monde ne voit cependant pas d'un bon oeil son intervention. Outre la circonspection des autorités, Arthur Curry doit faire face à une opinion publique qui ne le comprend pas ou le considère comme une curiosité.
Mais si la terre réserve son lot de mauvaises surprises à Aquaman, la mer n'a pas non plus livré tous ses secrets. Dont sans doute le plus important : le mystère entourant la disparition de l'Atlantide...

Ceux qui ont regardé The Big Bang Theory doivent se souvenir d'un épisode où la petite bande se rendait à une fête costumée et dans lequel Raj, tout à son désespoir de n'avoir pu se déguiser en un autre super-héros, proclamait : "Aquaman sucks !". Il est vrai qu'un type qui communique télépathiquement avec les sardines, cela peut prêter le flan aux railleries. Et le look du héros, plus kitsch que la moyenne, n'aide pas trop non plus à faire bonne figure aux côtés d'un Batman ou d'un Green Lantern. Le souverain d'Atlantis a donc acquis une réputation de cinquième roue du carrosse, à plus forte raison en France où il faut bien reconnaître qu'il est loin d'être franchement populaire.
Pour Urban Comics, qui publie, en septembre, un premier recueil contenant les épisodes #1 à #6 de la nouvelle série du héros (issue du relaunch général des titres DC), il s'agit donc d'un pari osé mais basé sur un fait indéniable : cette série, à l'instar de Catwoman par exemple, est particulièrement réussie.

Ce qui fait l'intérêt d'une histoire, ce n'est pas tant le personnage que la manière de le mettre en scène. L'on peut faire de la daube avec Batman ou Spider-Man, et, au contraire, réussir un coup de maître avec un perso secondaire ou totalement nouveau (Jessica Jones, dans Alias, est l'exemple parfait de série excellente pourtant basée sur une parfaite inconnue). En prenant en main le scénario d'Aquaman, Geoff Johns démontre une nouvelle fois que, avec un peu de talent, l'on peut rendre attractif même un type qui s'habille en orange et vert.
Ce n'était pourtant pas gagné d'avance tant cet auteur peut se montrer inégal (cf ses très bonnes prestations sur Green Lantern, Flash ou Superman, mais aussi un Blackest Night décevant, un Olympus vide de tout intérêt ou un très net manque d'inspiration sur Avengers). Ici, heureusement, Johns est en forme.

Première bonne idée, l'auteur a intégré la "mauvaise réputation" du personnage à son récit. Aquaman doit faire face aux quolibets, aux doutes sur ses capacités et aux réflexions désagréables (un importun ira même jusqu'à lui demander ce que cela fait de n'être le super-héros préféré de personne). Attention, il n'en fait pas un pitre ou un personnage comique, au contraire, Arthur a de la prestance, une morale digne de Supes et des pouvoirs qui vont bien au-delà de la communication avec la friture. Mais il est confronté à une image détestable, ou au moins "brouillée", et à la tendance, très humaine, du jugement facile.
Deuxième aspect réussi, l'intrigue repose non seulement sur un arc assez sympa, posant mine de rien un problème moral fondamental, mais aussi sur le mystère, très bien amené, de la disparition de l'Atlantide. Le mélange entre petit problème, quasiment quotidien, rondement mené, et quête plus fondamentale est parfaitement dosé.
Enfin, troisième point, peut-être le plus important, le récit est accessible et Johns parvient à dresser un portrait relativement complet d'Aquaman (passé, pouvoirs, caractère, connaissances...) sans pour cela donner l'impression de nous refaire une énième fois le coup des origines revisitées.

La partie graphique, assurée par Ivan Reis et Joe Prado, est quasiment irréprochable, si ce n'est peut-être une Mera qui n'est pas toujours à son avantage (elle a parfois une drôle de tête, mais bon, rien de très méchant). Pour ce qui est des décors, des scènes sous-marines ou des poses qui "claquent", là, pas de souci, on en a pour son argent. Quant à la colorisation, elle est parfois tout simplement magnifique.
De belles planches, une introduction du personnage très habile, une thématique intéressante, un brin d'humour, voilà largement de quoi faire mentir ce brave Rajesh et réhabiliter un personnage dont le charisme, grâce à cet ouvrage, fait un grand bond en avant.
A travers la collection Renaissance, c'est d'ailleurs la reconstruction de tout l'univers DC qui est en marche et qui pourrait bien, en France, sur le long terme, concurrencer la Maison des Idées sur le plan de la qualité et, donc, de la popularité.

Une initiation aquatique attractive et peu onéreuse.
Une porte d'entrée idéale vers le DCU.
Sortie : fin septembre 2012.