03 juillet 2012

Nouveaux titres Panini et deuxième lancement pour Avengers

La sortie des nouvelles revues Panini, et notamment de Avengers v.2, nous permet de faire le point sur une  politique éditoriale... visant à noyer le kiosque sous des tonnes de publications ?

En début d'année, Panini lançait Avengers, une revue qui, seulement six mois après, repart aujourd'hui avec un nouveau numéro #1. Entre-temps, Urban Comics s'est installé et a marqué les esprits avec des titres de qualité, disposant de bonnes VF, de bonus et d'un rédactionnel visant à aider et encourager les premiers pas d'éventuels nouveaux lecteurs. Un travail évident mais que Panini, du temps de son monopole sur les deux géants américains que sont Marvel et DC, n'a jamais su ou voulu effectuer.
Débarrassée (si l'on peut dire) des titres DC qu'elle n'a jamais su exploiter correctement, la sandwicherie peut donc se concentrer exclusivement sur le marvelverse. Et la grande idée pour faire face à l'adversité, c'est de mettre des numéros #1 partout. La pratique n'est d'ailleurs pas nouvelle, et l'on peut même en comprendre l'intérêt dans une certaine mesure (un numéro #248 effraie un peu), mais la pratique incessante du relaunch, surtout lorsqu'elle ne s'accompagne pas de bouleversements réels de l'autre côté de l'Atlantique, a tout autant de quoi décontenancer.
Imaginez-vous dans deux ans, avec vos quatre Avengers #1 sous le bras...

Mais voyons un peu les autres changements apportés dans la checklist paninienne. Tout d'abord, cela saute aux yeux, l'éditeur laisse de côté les titres "génériques" (Icons, Stars, Heroes) pour personnaliser un peu plus chaque contenu. Thor, Hulk et Iron Man ont ainsi droit à leur propre revue. Ensuite, et ce n'est pas négligeable, la pagination augmente et permet maintenant de publier non pas quatre mais cinq épisodes par magazine. Une augmentation du nombre d'épisodes à mettre en relation avec la baisse de pagination des épisodes US, passant de 22 pages à 20. Une revue française standard proposera donc maintenant en réalité 12 pages de BD de plus, et non 22 comme on aurait pu le penser.
Au niveau du nombre de publications, on frôle l'indigestion. Le kiosque accueille maintenant Avengers, Hulk, Thor, Iron Man, Spider-Man, Wolverine, Deadpool, X-Men, X-Men Universe, Marvel Universe, Marvel Knights, Ultimate Universe, Marvel Movies, sans oublier les titres périodiques liés à un évènement particulier (du genre Fear Itself), les hors-séries, les Extra, et la récente gamme Classic, qui contient déjà pas moins de trois titres différents... plutôt pas mal.

L'on ne peut pas réellement se plaindre d'avoir accès à un large choix de séries, par contre, voilà qui contribue à perdre encore plus le fameux et très hypothétique "nouveau lecteur". Et puis, la quantité ne fait pas tout. Voyons donc un peu comment Panini emploie son nouvel espace rédactionnel.
Pour cela, regardons en détail le contenu de notre Avengers évoquée plus haut.
On commence par le sommaire traditionnel et le non moins traditionnel briefing de Christian Grasse. Petite nouveauté tout de même, la page qui suit fait... le point sur l'univers Marvel ! Wow ! Sur le coup, je suis comme saisi d'un malaise, j'ai la tête qui tourne... et puis, finalement, non, il n'y a vraiment pas de quoi puisque, contrairement à ce que fait Urban (cf Batman Saga par exemple), il ne s'agit pas de textes explicatifs dédiés à chaque épisode, mais d'un vague topo concernant les trois grandes "familles" Marvel (Vengeurs, X-Men, Spider-Man). Enfin, il y a un semblant de début d'effort, encore quelques dizaines d'années et ils devraient être au top.

Une autre page, à la fin, contient les crédits, et l'on passe ensuite à la seconde bafouille de Grasse. Pas de checklist par contre. Rien de bien fondamentalement neuf quoi.
Pour ce qui est des titres, figurent au menu : Avengers (v.4) #20 et #21, par Bendis et Acuña, Captain America (v.6) #6, par Brubaker et Davis, et les deux premiers épisodes d'un what if Iron Man intitulé Rapture, par Irving et Medina.
Le what if, bien que plutôt sympa à lire, fait un peu bouche-trou, mais ce sont surtout les séries principales, plutôt réussies, qui ne cadrent pas trop avec ce vrai-faux nouveau départ. Rien que dans Avengers, l'on trouve de très nombreux personnages, certains très secondaires tout de même, sans que rien n'en soit dit, ni dans les épisodes (c'est normal, ce ne sont pas des épisodes destinés à cela à la base) ni par Panini dans l'espace rédactionnel qui était à sa disposition. En admettant qu'un lecteur novice connaisse Cap et Iron Man, voire même Tornade, Hawkeye et Spider-Woman (je suis large), il devra se demander qui peuvent bien être le Protecteur, Hill et la Vision ou encore pourquoi diable un Hulk rouge se trouve là. Et je ne parle même pas des organisations comme l'AIM ou l'Hydra, ou des allusions à Osborn et à la période Dark Reign.
Plonger là-dedans avec si peu d'informations n'est pas impossible, nombreux sont les lecteurs qui l'ont fait en leur temps, mais il faut être sacrément motivé.

Comme toujours donc avec Panini, ça brasse du vent, ça change de titres ou de numérotation, ça balance des slogans sur les covers, mais le véritable travail de fond n'est pas fait. Il n'y a pas de volonté d'apporter une valeur ajoutée aux séries proposées, ni de remise en question, pourtant urgente à présent.
Car, après tout, à part profiter d'un noyau dur incompressible de fans - et de diverses éventuelles opportunités cinématographiques - le bilan de Panini, en matière d'initiative et d'amélioration de contenu, s'avère proche du néant (l'on peut même parler, dans certains cas, de détérioration du contenu, cf l'exemple célèbre de Watchmen, mais il en existe bien d'autres). Et le contraste, avec Urban, Delcourt, Milady, mais aussi d'autres éditeurs, plus modestes, moins présents, mais plus sérieux, devient de plus en plus flagrant. Reste à espérer que les pontes de Marvel se soucient suffisamment du destin de leurs séries en France (ce qui n'est pas gagné) pour en finir avec ce qui restera comme l'une des plus grandes impostures de l'histoire des comics : un vendeur d'autocollants bombardé (par le jeu des rachats et des montages financiers) distributeur de séries qui, plus que simplement distribuées, auraient méritées d'être (bien) éditées.

Allez, avec un peu de chance, la profusion de titres actuelle n'est rien d'autre que les derniers sursauts d'une bête à l'agonie. On peut toujours rêver.