22 avril 2014

Before Watchmen : Ozymandias

Nouveau titre consacré à Before Watchmen avec la mini-série Ozymandias

Après le tome dédié aux Minutemen (et avant de parler, avec un peu de retard, de celui consacré à Rorschach), voici venu le tour d'Adrian Veidt, alias Ozymandias. Magnat de la finance, prodige intellectuel, maître en arts martiaux, Veidt a de quoi impressionner mais ne part pourtant pas forcément gagnant si on le compare aux autres personnages de Watchmen. Moins sympathique que le Hibou, moins impressionnant que le Dr Manhattan, et infiniment moins charismatique que Rorschach, Veidt, bien qu'au cœur de l'intrigue de la série originelle, a du mal à incarner autre chose qu'un être froid, calculateur et dépourvu d'empathie. 
Loin de remettre en cause la vision de Moore, Len Wein (officiant ici comme scénariste et ayant contribué à la première série en tant que responsable éditorial) la suit trop scrupuleusement pour parvenir à véritablement se détacher des pas de son prédécesseur.

On commence par en apprendre un peu plus sur l'enfance et les escapades de jeunesse d'Adrian. Bizarrement, alors qu'il est pourtant maltraité par une bande de petites frappes, il reste résolument antipathique, sorte de bête savante dénuée de tout sentiment humain (ce qui le conduira à échafauder son futur plan de psychopathe pour "sauver" le monde). 
A ce niveau, Wein respecte complètement la psychologie du personnage, malheureusement, certains choix l'empêchent de lui donner un nouvel essor. Tout d'abord, tout est "raconté" par Ozymandias, avec force pavés de texte, ce qui ne facilite pas l'immersion dans l'action, celle-ci étant souvent décrite au lieu d'être "vécue".
Ensuite - et c'est peut-être là la plus grande réserve que l'on peut émettre - Wein se contente de montrer en détail la manière dont Ozymandias construit son plan, comme s'il n'était qu'au service de Watchmen et oubliait que Before Watchmen avait également besoin d'exister en tant que série.

En effet, pour les inconditionnels de la saga, il n'est nul besoin d'expliquer plus avant le cheminement et la stratégie d'Ozymandias, cela avait été très bien fait par Moore. Quant aux lecteurs qui souhaitaient faire un bout de chemin supplémentaire avec le personnage, ils devront se contenter de son incessant caquetage autocentré. On a déjà vu plus folichon, même si certains passages, mettant en scène des faits historiques, sont loin d'être inintéressants. On peut également regretter l'absence totale de réflexion concernant l'étrange morale d'Ozymandias. Pas trace non plus d'un début d'explication concernant sa personnalité. 
C'est finalement Jae Lee qui s'en sort le mieux ici, en composant des planches remarquables. Son style, bien qu'esthétique, reste très statique mais ça ne pose aucun problème dans ce cas particulier, la narration choisie s'y prêtant. 
L'ouvrage est complété par une galerie de covers alternatives. Signalons également la VF sans défaut de Doug Headline et Edmond Tourriol. 

Une mini-série décevante qui n'apporte pas grand-chose. 

+ ambiance graphique
+ quelques scènes savoureuses
- une narration lourde et ennuyeuse
- aucune prise de risque ni nouveauté