27 octobre 2014

Danger Girl : Girls, Guts, Guns... & Girls !

Lorsque J. Scott Campbell a pu asseoir sa notoriété dans le monde des comic-books suite à sa collaboration avec Jim Lee sur Gen 13, il a eu le loisir de se pencher sur les frustrations qu'il avait accumulées en faisant ce boulot que, par ailleurs, il adorait. 
Pourquoi ne pas sortir du sentier profondément balisé des histoires de super-héros interminables pour assouvir ses fantasmes et coucher enfin sur le papier les passions qui l'avaient conduit à devenir artiste ? Nourri dès son plus jeune âge aux grandes sagas populaires du type Star Trek et Star Wars, vouant un culte absolu aux Indiana Jones, admirateur des James Bond, c'était le moment de créer un produit qui conjuguerait toutes les qualités de ses références, tout ce qui le fascinait et l'émoustillait quand il était ado. Quand on sait que les Aventuriers de l'arche perdue sont nés dans un contexte similaire, on comprendra d'autant plus aisément les sources d'inspiration pour Danger Girl : un truc cool mêlant action, humour, exotisme, un brin d'occultisme et de mythologie, un zeste d'espionnage, des gadgets et, surtout, des filles.

Ce n'est pas moi qui extrapole, je ne fais que reprendre certains des propos de son introduction à l'intégrale Danger Girl dans son édition DeLuxe parue chez MDI il y a quelques mois. Le produit n'est rien moins qu'un rêve de gosse qui a bénéficié du réel savoir-faire d'un dessinateur bien aidé par un pote aussi allumé que lui (Andy Hartnell). Présenter l'œuvre ainsi est tout à son honneur : impossible, même au plus inculte d'entre nous, de passer outre les innombrables clins d’œil qui parsèment les aventures de l'adorable Abbey Chase, accorte aventurière dont les courbes fantasmatiques ne sont que les plus évidents des atouts ; à mi-chemin entre Indy et Lara Croft (plus mignonne que l'un et plus marrante que l'autre - rien que son nom est un appel du pied à Tomb Raider), elle ne cesse de se mettre dans les situations les plus insensées et de s'en tirer en usant de son charme, de ses qualités athlétiques et d'une capacité d'adaptation hors pair - en y laissant, la plupart du temps, une bonne partie de ses fringues (les connaisseurs se rappelleront sans doute que Caitlin Fairchild, leader des Gen 13, souffrait des mêmes problèmes vestimentaires, spécialement lorsqu'elle sortait de l'eau...).

L'intégrale proprement dite ne concerne en fait que la série initiale qui est parue dans l'Hexagone chez Semic en fascicules. Campbell et Hartnell, créateurs du concept, y sont aux commandes, bien accompagnés par des pointures comme Scott Williams, Art Thibert, Justin Ponsor ou Joe Chiodo à l'encrage. L'équipe initiale a ensuite cédé sa place à d'autres artistes pour trois mini-séries parues en France en albums chez Soleil et Glénat (Kamikaze, Destination Danger et Revolver), le temps pour eux de peaufiner leur projet, d'adapter le concept au support vidéoludique (un jeu pour PlayStation est sorti en 2000 et on peut trouver quelques croquis de préparation dans l'édition DeLuxe susnommée (de mémoire, on en apercevait déjà dans les fascicules Semic)).



Danger Girl a bien marché - en tous cas tant que Campbell la dessinait. Sa technique s'était déjà bien affirmée chez WildStorm et lorsque Jim Lee lui a proposé de rejoindre le label Cliffhanger créé spécialement pour ses poulains (Campbell, Madureira et Ramos), ce fut chose aisée. 
On y retrouve ce qui a d'abord fasciné puis agacé les lecteurs d'Image Comics : le caractère prépondérant de l'aspect visuel au détriment du script, la forme privilégiée au fond. Cependant, cet aspect est clairement revendiqué : Danger Girl se voulait un produit ultra-cool et totalement référentiel, entre l'hommage et le pastiche. De la plastique des héroïnes à la profusion de gadgets en passant par les voitures de sport, les soirées mondaines, le savant fou et les adeptes d'un IVe Reich, on frôle la surdose d'hormones. D'autant que le scénario se construit comme un épisode de James Bond, multipliant les scènes d'action et les rebondissements : trahisons, séduction et mystère des origines parsèment les pages découpées savamment afin de mettre en valeur le rythme de narration et les dialogues bourrés de punchlines. C'est fait pour être fun. Impossible de trouver à redire sur la technique de Campbell qui non seulement sait dessiner des filles comme personne (moins fuselées et altières que chez Jim Lee, plus humaines que chez Madureira, plus variées que chez Frank Cho et moins opulentes que chez Terry Dodson) : elles n'ont pas des jambes de trois kilomètres de long et ce caractère inaccessible des top models, mais sont tout de même trop parfaitement proportionnées pour être réalistes. D'autant que Campbell en rajoute tant dans les poses que dans les mimiques : en plus d'être bâties comme des déesses, elles sont extrêmement expressives. Evidemment, elles ne s'habillent pas chez Kiabi et, quand elles ont l'indécence de porter des tenues trop sages, finissent immanquablement par tomber à l'eau histoire de marquer des points au concours de T-shirts mouillés local (soyons honnête, c'est sans doute parce que le dessinateur avait la flemme de dessiner les plis des vêtements) ; sinon, c'est le royaume du cuir moulant, de la résille et des petites culottes. Y en a qui aiment.


En plus, elles dépotent sévère. Chacune a sa spécialité (les Drôles de dames font également partie des références avouées des créateurs), de l'arme de poing au fouet en passant par toutes les lames et l'informatique (la bien nommée Silicon Valerie compensant son petit tour de poitrine par des connaissances technologiques supérieures à la moyenne - soyons clairs : les trois autres sont loin d'être des gourdasses poseuses, c'est juste qu'elles sont trop occupées à trucider les méchants pas beaux pour s'occuper d'écrans et de codes). 
Evidemment, un tel catalogue peut faire peur : on est noyé sous les clichés. D'autant que les hommes sont taillés dans la même matière, entre le bellâtre égocentrique et les ninjas nazis (si, si !). Les hommes d'affaires sont de gros porcs vicieux, les riches héritiers des tapettes enfarinées servies par des soubrettes, le mentor bardé de secrets est le sosie de Sean Connery (avec un catogan !), le nain est forcément libidineux et le savant fou est forcément allemand : n'en jetez plus ! Si ça n'était pas matraqué avec une évidente bonne humeur, ce serait vite indigeste.

Danger Girl ne se veut pas une oeuvre d'anthologie : l'introduction de Bruce Campbell est ainsi aussi élogieuse que parlante. On tient là un concentré d'action sexy et d'humour destiné avant tout à divertir et/ou à se rincer les yeux. Les filles sont belles, les méchants très méchants, ça flingue de partout et on court après des reliques atlantes qui pourraient changer la face du monde. Avouez que ce serait bête de passer à côté !