18 octobre 2014

Fox-Boy : les débuts du renard breton

Le premier tome de Fox-Boy, paru fin septembre, a de quoi étonner. Et surtout en bien ! Tout de suite, hop, on s'embarque pour Rennes. 

Delcourt a lancé depuis quelque temps une gamme de BD bien françaises mais d'inspiration américaine (Comics Fabrik). Jusqu'à présent, même si Vance avait trouvé quelques qualités à Bad Ass, on ne peut pas dire que la collection avait généré énormément d'enthousiasme. Et ce pour deux raisons essentielles.
D'une part, le concept en soi est artistiquement casse-gueule, la promesse intrinsèque liée au terme "comic" obligeant les auteurs à se plier à des codes qui ne sont pas forcément les leurs. D'autre part, il ne suffit pas d'être un fervent adepte des super-héros pour parvenir à en camper un qui soit intéressant (cf. cette publication par exemple, insuffisamment aboutie).
Dans le cas présent, pourtant, toutes ces difficultés semblent surmontées.

L'auteur, Laurent Lefeuvre, signe scénario, dessin et colorisation. Il reprend ici le personnage de Pol Salsedo dont il avait commencé à narrer les aventures dans des publications locales, sous le titre de Paotr Louarn. Bien entendu, ses origines font parties de ce premier tome, plutôt habilement réalisé. Mais voyons déjà en gros l'histoire.
Pol, jeune lycéen un peu tête à claques, aboutit un jour dans une fête foraine après une épique course-poursuite. Là, il rencontre un étrange personnage qui va non seulement le guérir de sa myopie mais aussi le doter de pouvoirs basés sur... le renard. Plus agile, plus rusé, Pol va peu à peu changer et tenter de mettre ses nouvelles capacités au service du bien. Non sans mal.

La quatrième de couverture nous annonce que la série rend hommage au genre, ce qui est vrai, et qu'elle le renouvelle magistralement, ce qui est carrément mensonger. Bien au contraire, l'on est parti pour respecter scrupuleusement les codes inhérents au genre super-héroïque. Ce n'est d'ailleurs pas un défaut en soi. Bien des auteurs de romans policiers ne renouvellent pas le polar à chaque livre mais écrivent tout de même des récits agréables et bien construits. Nul besoin d'avoir la prétention de tout réinventer à chaque histoire, d'autant que ce Fox-Boy ne manque pas de qualités.
La narration est d'une maîtrise exceptionnelle. L'auteur parvient à poser très vite son personnage et à le rendre crédible et humain. Et même si les codes évoqués plus haut sont identiques à ceux qui ont fait le succès de Spider-Man et de bien d'autres héros américains, Lefeuvre y insuffle une touche personnelle évidente. Par exemple, le lycéen n'est pas persécuté par une brute épaisse mais doit échapper au désir de vengeance d'un élève qui n'apprécie pas trop ses plaisanteries très douteuses.

Rapidement, l'on s'attache à ce gamin plein de défauts qui traverse les étapes essentielles de ce genre de récit (découverte des pouvoirs, confection du costume, première confrontation avec le "crime", recherche d'un pseudo...). Tout cela est parfaitement exécuté, au moins dans les trois premiers chapitres qui rendent bien compte du tâtonnement du jeune homme et manient humour et références (aux comics mais aussi à certains lieux rennais). Le quatrième et dernier épisode est légèrement moins bon et tombe dans quelques clichés (introduction d'un Stark breton) et dans un agaçant politiquement correct dégoulinant d'idées reçues et de stéréotypes (une caméra de surveillance dans la rue et la France est comparée à un monde "à la Big Brother", les ennemis sont forcément de dangereux fascistes bien bas de plafond, etc.).
Attention à ne pas tomber dans le classique écueil où l’auteur donne son avis sur tout et n’importe quoi. Ou alors, il faut le faire mieux que ça, car enfoncer des portes ouvertes nuit à l’histoire et ne convaincra que les convaincus. Le propre du travail d’auteur consiste à habiller ses idées d’artifices qui leur permettent de se fondre dans le récit et non à parsemer ce dernier de ses théories et inclinations personnelles.

Niveau dessin, le style est agréable sans être extraordinaire. Les décors notamment sont souvent absents ou minimalistes. Le trait a cependant de la personnalité et le découpage se révèle efficace et bien pensé. L'ensemble se démarque toutefois de la production US mainstream et a un côté old school, voire parfois une pointe d'influence à la Eisner (il y a pire comme référence).
Le texte est impeccable à part quelques soucis de ponctuation relativement négligeables. Deux illustrations bonus viennent enrichir l'ouvrage.

Un premier album qui, sans être parfait, parvient à embarquer le lecteur avec aisance. 
Conseillé.

+ une narration parfaite
+ un personnage principal attachant
+ une ambiance graphique originale...
- mais qui peut dérouter parfois !
- quelques clichés maladroits