28 octobre 2009

Les Chroniques de Marvel : de 1939 à aujourd'hui

Avec l'énorme pavé intitulé Les Chroniques de Marvel - de 1939 à aujourd'hui, Semic nous propose un fantastique voyage au travers de plusieurs décennies d'aventures éditoriales.

Les fans du marvelverse ne manquent pas d'encyclopédies consacrées à leur passion. Qu'ils soient centrés sur un personnage, une équipe ou une série particulière, les ouvrages sont déjà plutôt nombreux. Semic augmente pourtant encore ce mois-ci le choix offert aux lecteurs avec cet imposant livre se donnant l'ambitieuse mission de retracer le parcours de notre chère Maison des Idées, de sa création - sous le nom de Timely Comics - en 1939, jusqu'à nos jours.

Vous l'aurez compris, notre balade au sein de l'univers Marvel se fera donc par ordre chronologique. Globalement, chaque année commence par un petit résumé des faits marquants, suivi ensuite d'une description mensuelle plus détaillée et abondamment illustrée. Un petit plus non négligeable : un bref rappel des évènements, politiques, économiques ou encore culturels, permet régulièrement de resituer les comics dans leur époque.
Alors, bien entendu nous allons suivre les grandes périodes de Marvel et les bouleversements éditoriaux qui ont façonné l'éditeur, comme l'arrivée d'auteurs marquants, le lancement de nouvelles séries, la création du Comics Code Authority, mais nous pourrons également nous remémorer les évènements clés issus de l'imagination des scénaristes, comme le mariage des Richards, l'arrivée de Galactus ou la mort de Gwen Stacy. Si vous êtes déjà un connaisseur du marvelverse, rassurez-vous, les personnages secondaires ne sont pas oubliés et vous aurez la satisfaction de retrouver, entre autres, les premières apparitions d'un Howard the Duck ou d'une Silver Sable.

Evidemment, avec l'arrivée de Spider-Man, Hulk, les Fantastic Four, les X-Men ou Iron Man, les années 60 tiennent une place respectable dans l'histoire marvelienne. Les super-vilains ne sont pas oubliés non plus, avec Magneto, le Bouffon Vert ou Fatalis. Leurs premières apparitions ou leurs faits marquants sont à chaque fois brièvement résumés, avec quelques explications sur le contexte, les auteurs et la série dans laquelle ils sont publiés.

Il faut l'avouer, le voyage ne manque pas de charme et d'étapes mythiques. Secret Wars, The Infinity Gauntlet, Age of Apocalypse, toutes les grandes sagas sont évoquées, jusqu'aux plus récentes d'ailleurs puisque les auteurs abordent également House of M, Civil War et même Secret Invasion.
Evidemment, les parties les plus intéressantes risquent d'être celles que vous connaissez le moins. Les premières années notamment, avec une plongée dans des styles aussi variés que le western, la romance ou la comédie pure, devraient permettre aux plus jeunes (et même aux moins jeunes d'ailleurs) de découvrir de nombreux titres et personnages méconnus ou tombés dans l'oubli. C'est un véritable plaisir de pouvoir ainsi jeter un oeil aux covers de l'époque ou à de courts extraits. Signalons à ce sujet deux superbes planches de la première aventure de Namor (Sub-Mariner) dans Marvel Comics #1. Par contre, lorsque l'on maîtrise mieux le sujet, pour ce qui est des sagas plus récentes, les résumés pourront sembler parfois un peu brefs voire approximatifs. Ce qui nous amène aux points négatifs de l'ouvrage.

Tout d'abord, l'on peut s'étonner de l'absence totale de sens critique. Ainsi par exemple, alors que plusieurs petits articles sont consacrés à la Saga du Clone, il n'est jamais fait mention du tollé qu'elle engendra chez les lecteurs et du recul éditorial de Marvel qui s'en suivit à l'époque. Un peu dommage, d'autant qu'il y a prescription et qu'il n'y a nulle honte à reconnaître un cafouillage lorsque l'on présente un bilan général aussi flatteur.
Certaines descriptions sont également parfois incorrectes. Ainsi, Sentry est décrit comme un personnage "simplet et hypra-puissant". Or, s'il est effectivement très puissant, Robert Reynolds est loin d'être un benêt. Il a certes des problèmes psychologiques assez graves, mais en aucun cas cela n'influe sur son potentiel intellectuel. Il est même assez stupéfiant de constater que certains peuvent encore associer, de nos jours, un malade sujet à des troubles psychiatriques avec un imbécile. Les auteurs sont, eux, parfois assez maltraités également. Kurt Busiek se voit appeler à deux reprises "Kurk Bussiek". Dans un autre genre, on nous signale des covers alternatives signées "par Michael Turner ou Turner". Autre information étrange ; à propos du costume de Spider-Man conçu par Stark (le rouge et or), on nous apprend que Stark s'en est servi ensuite pour "ses légions d'araignées écarlates". La vache ! Y'a bien eu les clones de MVP qui portaient cette tenue, mais de là à appeler ces trois gamins des "légions"... ils n'ont pas encore osé proclamer Stark Imperator mais on sent qu'il ne faudrait pas beaucoup les pousser.
Et enfin, on retrouve la si énervante contraction "ç'a" (dont Panini nous abreuve dans les dialogues VF) mais, cette fois, elle apparaît dans un texte descriptif. C'est une première ! Putain mais c'est trop dur d'écrire "cela a" ? Même oralement d'ailleurs, on dit "ça a" et pas "ç'a". Quelle espèce de graine d'abruti inculte faut-il être pour dénaturer à ce point une langue ? Comment peut-on laisser des incapables pareils graver leur imbécillité sans limite sur un support aussi noble que le papier ? Alors merde, une bonne fois pour toutes, "ça" ne s'élide pas devant un "a" ! Jamais ! Nulle part ! Sauf si un taré vous menace avec un putain de calibre .44 et l'exige expressément, là on peut élider dans tous les sens, et avec précipitation même ! Mais, dans des conditions normales : NON !

Ça s'est vu que j'étais énervé ? Bon, ceci dit, même s'il me paraît normal de signaler ces quelques égarements, il ne faudrait pas en déduire que ces chroniques ne valent rien. Il s'agit tout de même d'une mine d'informations - sans doute justes pour la plupart - et d'une incroyable vue d'ensemble sur un éditeur culte ayant profondément marqué les comics et le genre super-héroïque.
Le coffret est vraiment très beau, outre le livre (dont la couverture a été découpée en forme de M), il contient deux lithographies de Jim Cheung (c'est la même en fait, une encrée et l'autre version colorisée). Reste le prix, près de 50 euros quand même, qui n'est certes pas négligeable mais qui semble honnête vu la densité des 350 pages. Et c'est bientôt Noël remarquez...

Une encyclopédie passionnante, richement illustrée, dont la traduction n'est malheureusement pas exempte d'approximations voire de franches libertés prises avec la langue française.


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