09 octobre 2009

Voyage vers l'Holocauste

La première fournée des sorties Marvel du mois en librairie contient Magneto : Le Testament, un récit poignant rompant complètement avec le super-héroïsme classique et nous proposant un dramatique périple, des premières persécutions antisémites dans l'Allemagne nazie jusqu'à l'horreur de la Solution Finale.

Max Eisenhardt est un élève doué, le meilleur de sa classe même. Son seul tort est d'être juif dans une Allemagne qui rêve de grandeur et s'enivre des discours de son nouveau chancelier. Lorsque Max, pour impressionner une jolie tzigane, remporte une compétition de javelot, les ennuis commencent. Car il est inconcevable pour le directeur de l'établissement que des aryens puissent ainsi être battus par des êtres considérés comme inférieurs. Et lorsque Max réitère l'exploit alors qu'on lui a pourtant fourni un javelot plus lourd, il est renvoyé puis passé à tabac.
Pour sa famille et lui-même débute un long voyage à travers d'innombrables horreurs. Les privations, la mise à sac des magasins juifs, la fuite vers la Pologne, le ghetto... et ce train, ces rails qui mènent dans un endroit d'où toute raison à été bannie. Un endroit où l'on peut parfois survivre un jour de plus en achetant des gardes avec les dents en or arrachées aux cadavres. Un endroit où l'injustice, l'avilissement et l'assassinat ont été froidement réfléchis et industrialisés.
Et dans ce lieu inhumain, il reste pourtant un espoir. Elle s'appelle Magda. Et Max a décidé de vivre pour la sauver...

Tout d'abord, attention, malgré un gros X-Men sur la couverture et l'utilisation du pseudo de Magneto, vous ne trouverez ici aucun Masque ni aucun super-pouvoir, ce qui est d'ailleurs un excellent choix de la part de Greg Pak qui signe un scénario remarquable. L'utilisation de super-héros aurait été de toute façon superflue, voire déplacée, tant les péripéties bien réelles de l'Histoire suffisent amplement à rendre ce récit dense et passionnant.
Dans l'introduction rédigée par Panini, l'éditeur rappelle un certain cousinage avec Maus, encore une fois qualifié fort abusivement de "chef-d'oeuvre". Nous allons d'ailleurs voir, grâce à cette mini-série, que l'on peut fort bien évoquer la Shoah et en faire ressortir l'aspect noir et malsain sans pour autant en passer par les immondes gribouillis de Spiegelman. Une bande dessinée doit être... dessinée. A plus forte raison un soi-disant chef-d'oeuvre. Mais revenons à notre sujet.
Pak nous livre ici une chronologie, brève et simplifiée mais fort intéressante, de la systématisation haineuse qui conduira au massacre de millions d'innocents. Rien que d'un point de vue éducatif pour les plus jeunes, ce comic doit être conseillé. Je ne comprends donc pas, à ce sujet, l'avertissement "pour lecteurs avertis" qui orne la quatrième de couverture. L'histoire est bien sûr très dure, mais sa représentation graphique reste tout à fait correcte et échappe, fort heureusement, à tout débordement ou voyeurisme. L'on a presque envie de conseiller l'ouvrage à des gens peu avertis justement, quel que soit leur âge, qui nient ou méconnaissent non seulement des évidences mais aussi une souffrance épouvantable.

Si les couvertures, magistrales, sont de Marko Djurdjevic, les pages intérieures sont signées Carmine Di Giandomenico. Et à eux deux, ils prouvent que ni la couleur ni la beauté des dessins n'amoindrissent l'impact de ce genre de scènes ou l'émotion qui s'en dégage. Que penser de la cover du quatrième épisode où un gamin perdu dans la grisaille des uniformes, au milieu de ces gens qui marchent vers la mort, nous jette un regard d'une dureté et d'une tristesse indicible ? Une manière magnifique de cracher sur l'odieux "Arbeit macht frei" décorant l'entrée du camp et de montrer que seul l'art rend libre, mieux encore, il redonne de la dignité à ceux qui en ont été dépossédés.
Les planches intérieures ne déméritent pas non plus. Le dessinateur nous offre des visages graves, des paysages crépusculaires (la pleine page de l'entrée en gare d'un train dans le brouillard est, à ce titre, un exemple de savoir-faire). Il ose également quelques cases noires, pour donner encore plus d'écho au texte ou, à l'inverse, des moments silencieux où tout passe dans le regard et la posture des personnages. L'un des grands chocs de ce récit provient d'une double-page dans laquelle le personnage principal découvre une... montagne de lunettes. La scène fait penser à ce moment déchirant du film "La vie est belle", quand Guido (incarné par Roberto Benigni) marche dans la nuit et tombe sur un monticule d'ossements. L'utilisation par Giandomenico de lunettes permet d'éviter une représentation qui pourrait choquer les plus jeunes tout en conservant l'impact et le sens d'une telle scène. Raison de plus pour ne pas limiter le public de ce livre aux seuls adultes.

Tout n'est cependant pas parfait dans ce Testament. Même si les auteurs ont bénéficié d'un conseiller historique, ils ne se sont visiblement pas trop souciés de certains détails d'ordre militaire.
Tout d'abord, l'on voit à deux reprises un soldat allemand utilisant ou portant à la ceinture un tonfa. Or, ce type d'arme, sauf erreur, n'est utilisé dans le cadre du maintien de l'ordre que depuis les années 70/80 (les précurseurs ayant été les différentes polices d'état américaines). Il est plus que douteux qu'un membre de la Wehrmacht ou de la Sturmabteilung ait pu être doté d'un tel équipement.
A un moment, le dessinateur illustre un bombardement par une case où l'on peut identifier des Stuka en formation, au dessus de la Pologne. L'appareil est l'un des plus connus du grand public en ce qui concerne l'aviation allemande de l'époque (notamment dans la mise en oeuvre du Blitzkrieg). Par contre, la principale caractéristique du Junkers Ju 87 est d'être un (excellent) bombardier en piqué (ce qui permet de gagner en précision et, entre autres avantages, de minimiser les effets de la DCA). Aussi, bien que ce soit techniquement possible, il est tout à fait illogique de représenter ces avions dans une manoeuvre classique de bombardement en palier. Ils ne sont tout simplement pas conçus pour ça.
Enfin, les casques allemands sont bizarrement très mal dessinés, les bords étant notamment bien trop longs, ce qui les fait ressembler parfois à des bonnets.
Rien de bien méchant en somme, mais tant qu'à être conseillé, autant l'être jusqu'au bout (et un peu de recherches personnelles de la part des auteurs aurait permis de corriger très facilement le tir).

Une excellente mini-série qui évoque l'un des moments les plus tragiques de l'Histoire occidentale.

En janvier 1945, l'armée rouge libère le camp d'Auschwitz-birkenau et les 7000 survivants qui s'y trouvent encore.
Au moins un million de personnes sont mortes dans ce seul camp...
Les alliés ne bombarderont jamais cette machine de mort.
Le 7 octobre 1944, les Sonderkommandos (prisonniers juifs affectés aux crématoriums) se révoltent, détruisent un crématorium, tuent deux SS et en blessent une dizaine.
200 d'entre eux furent tués pendant ou après le soulèvement. 250 autres, qui avaient réussi à fuir, furent abattus et brûlés dans une grange près de Rajsko.

Dina Babbitt est une survivante qui a risqué sa vie à l'époque en essayant de mettre son talent d'illustratrice au service des enfants incarcérés. Elle est l'auteur d'une fresque, peinte sur un baraquement de gamins, représentant Blanche-Neige et les sept nains. Elle a ensuite, sous la contrainte, été obligée de peindre des tziganes pour le compte des nazis qui trouvaient que les photos ne rendaient pas suffisamment les imperfections de leurs visages.
Plusieurs de ses peintures sont aujourd'hui détenues illégalement par le musée d'Auschwitz (financé par l'état polonais) qui a refusé à plusieurs reprises de rendre ses toiles à l'artiste. L'un des arguments des responsables du musée est à couper le souffle : ils prétendent que le propriétaire légal des oeuvres est... le Dr Josef Mengele.
Lors de la parution de ce comic dont les auteurs soutenaient son combat, Dina avait 84 ans. Elle n'a jamais réussi à récupérer ses oeuvres et considérait "qu'une partie de son coeur était encore à Auschwitz."
Elle est décédée le 29 juillet 2009 à Felton, Californie.