24 mai 2012

Battle Chasers

Sortie hier du premier tome de l'intégrale de Battle Chasers, une série qui possède une particularité pour le moins déroutante.

Aramus, un guerrier légendaire, a disparu, laissant derrière lui sa petite fille Gully, confiée à sa nourrice. Lorsque la maison de cette dernière est attaquée par d'effrayantes créatures, Gully parvient à s'échapper, emportant avec elle un précieux coffret ayant appartenu à son père.
L'enfant rencontre bientôt Calibretto, un Golem de Guerre, qui décide de veiller sur elle avec l'aide de Knolan, un vieux magicien.
Pendant ce temps, Monika, une mercenaire très sexy, tente de libérer un détenu de Prisonciel, remettant par la même occasion, et bien involontairement, de dangereux criminels dans la nature. Ceux-ci veulent retrouver celui qui les a naguère arrêtés : Garrison, un combattant exceptionnel qui n'est aujourd'hui que l'ombre de ce qu'il fut. Terrassé par la perte de sa femme, endormi par l'alcool, il a délaissé son épée et le monde qu'il défendait naguère.
Pourtant, le salut n'est peut-être pas loin. Une jeune fille, isolée, menacée, va peut-être faire renaître le héros qui sommeille en lui...

Cette série est écrite par Joe Madureira et Munier Sharrieff, les dessins sont de Madureira également. Graphiquement, l'on avait vu il n'y a pas si longtemps, chez Marvel, de quoi il était capable avec sa prestation sur Ultimates, saison 3 (cf cette chronique). Là encore, ses prouesses au crayon impressionnent. Les personnages, qu'ils soient puissants, aux formes exagérées, ou plus communs, sont tous très réussis, avec notamment des visages et tenues variés et très typés. Et si les décors sont parfois minimalistes, ils sont d'une grande beauté lorsqu'ils sont présents. Le tout est mis en valeur par une colorisation efficace.
Pour ce qui est du récit, il se déroule dans un univers "arcanepunk". Ce mot barbare signifie simplement que la magie et la science coexistent. L'on va donc retrouver des machines, des armes à feu, mais aussi des sorts ou des créatures volantes. L'on est toutefois ici plus proche de l'heroic fantasy que du steampunk. Le mélange de genre n'est pas désagréable et offre de grandes possibilités.

L'intrigue ne brille cependant pas forcément par son originalité (un gros méchant, une petite fille perdue, un mage un peu râleur, un aventurier en quête de rédemption...), mais il faut avouer qu'elle est bien menée et fonctionne parfaitement, les épisodes s'enchaînant sur un rythme soutenu.
Mais, et c'est un gros "mais", il faut en venir à ce qui a caractérisé cette série, publiée à l'origine à la fin des années 90. D'une part l'auteur a mis un temps fou à sortir chaque numéro, avec de longs mois d'attente entre chaque (ce qui, aujourd'hui, n'a plus beaucoup d'importance), d'autre part la série entière ne contient que neuf épisodes et, surtout, n'a pas de fin (ce qui est déjà plus problématique).
Autrement dit, avec cette intégrale en deux parties, Soleil va certainement ravir les fans de Joe Mad, mais pourrait bien, dans le même temps, décevoir les nouveaux lecteurs qui s'attendent à un récit complet.
Madureira, lors de la sortie de l'intégrale en VO, avait déclaré en gros qu'il pensait toujours à la suite, qu'il n'avait pas vraiment le temps de s'y mettre (depuis plus de dix ans tout de même !), et que, éventuellement, une autre équipe pourrait, un jour, ficeler une conclusion, mais pas forcément en BD... autrement dit, même pas besoin de lire entre les lignes pour imaginer que c'est bien mal parti.

Cette édition apporte néanmoins quelques plus non négligeables par rapport aux précédentes publications de Semic. Outre la préface de Jeph Loeb, l'on a droit à de nombreuses illustrations, dont les covers alternatives, mais aussi un cahier de croquis montrant des études de personnage. En tout, 35 planches tout de même.
Ajoutons à cela une hardcover (à l'illustration très mal choisie, c'est presque illisible) et une bonne VF (reste juste deux petites coquilles si j'ai bien compté), et l'on a tout de même un produit de qualité, surtout pour 16,95 euros.
Reste que le pari éditorial est osé et qu'un petit avertissement, sur la quatrième de couverture, concernant l'absence de conclusion, aurait été tout à l'honneur de Soleil.

Un récit inachevé, même conté par un auteur talentueux, mérite-t-il un achat ? Pour un collectionneur, sûrement, pour les autres, à vous de voir.