19 novembre 2014

Velvet tome 1 : Avant le crépuscule

Ben tiens, ça faisait un moment que je n'avais pas tenté une nouveauté en comic book. Comme toujours, vu que cette fois mon fournisseur d'infos préféré (le blog  dans lequel vous lisez cet article, justement) ne l'avait pas mentionné, ne restaient que mon flair pas légendaire, les éventuels conseils de mon libraire... qui était absent et ce que je pouvais glaner sur la couverture.

Voyons donc : Epting/Brubaker, rien moins que le duo de choc qui s'est un long moment occupé de Captain America pour Marvel, dans des épisodes très sombres lorgnant du côté du film noir et des romans d'espionnage. Or Brubaker, c'est aussi le gars qui a décroché 3 fois l'Eisner Award du meilleur scénariste pour Criminal et Fatale, deux séries que je ne connais pas mais qui deviennent tout à coup fort intéressantes - et sans doute davantage Sleeper que Neault estime supérieur à Criminal. Evidemment, le gage de qualité que peut représenter ce genre de récompense est tout relatif, mais j'avoue que, malgré le fait que je n'étais pas vraiment amateur des graphismes propres à Steve Epting, le run des deux compères sur Captain America à l'époque de Civil War (publié à l'époque dans les fascicules Marvel Icons) avait relancé mon intérêt pour le personnage.

Avec Velvet, très vite, on retrouve l'ambiance particulière des récits précités. L'apparence un peu rétro des dessins d'Epting se marie parfaitement à la colorisation chaude et ombrée d'Elizabeth Breitweiser qui semble écraser les événements sous une chape de pénombre envahissante avalant les détails, au sein d'une atmosphère ouatée, feutrée et cynique propre aux complots, aux assassinats et aux relations secrètes. Le récit joue avec la perception du temps et, tout en tâchant de démêler le vrai du faux dans l'assassinat du plus grand agent secret en service (ligne temporelle contemporaine : Paris 1973), Velvet Templeton, assistante du Directeur d'une agence britannique ultra-secrète, nous entraînera par le récit imbriqué de ses souvenirs (ses liaisons, ses missions) dans autant d'endroits exotiques qu'un James Bond de bonne facture. Ainsi, tout en découvrant la face cachée de ce singulier personnage, fascinante brune au visage grave dont les caractéristiques rappelleront éventuellement aux connaisseurs celles de Valentina De Fontaine, l'amante de Nick Fury, le lecteur tentera d'assembler les morceaux épars d'une vérité encore fuyante impliquant agences rivales et gouvernements étrangers dans un monde encore aux proies de la Guerre froide.


En usant habilement des codes des films d'espionnage (guns & babes) mais en les enrobant dans une étoffe de film noir, Epting parvient à concocter un suspense assez prenant malgré la complexité liée à la multiplication des lieux et des personnes : le mystère est dissimulé sous une bonne dose de complots et de trahisons et les enquêteurs finissent par enquêter sur ceux qui enquêtaient. Dans ce monde d'espions à la réalité altérée, tout le monde se méfie de tout le monde et la paranoïa chronique semble être la meilleure parade, bien que temporaire.
Parfois, le pire que l'on puisse faire à un espion, est de lui dire la vérité.

Sulfureuse et mortelle, utilisant le secret comme une arme à double tranchant, Velvet irradie sa vénéneuse présence dans chaque page de cet album agréable, dans une édition particulièrement soignée. De l'action, du suspense et l'atout charme indispensable sont de mise dans un emballage élégant et volontairement daté tamisant le clinquant des soirées mondaines monégasques et des lunes de miel aux Bahamas. Sans être révolutionnaire ni abscons, c'est suffisamment accrocheur pour qu'on attende la suite avec une certaine impatience.