09 novembre 2014

Sélections UMAC : 5 séries cultes, à voir ou revoir

Une petite sélection de séries TV excellentes mais aussi très différentes : polar, western, SF ou comédie, il y en aura - pratiquement - pour tous les goûts [1].

The Shield

Difficile de passer à côté de cette série coup de poing qui a donné un énorme coup de vieux aux classiques enquêtes bouclées en un épisode. Ici, l'on suit en réalité, tout au long des sept saisons, Vic Mackey et son équipe, la Strike Team. Les flics qui la composent luttent contre les pires gangs de Los Angeles et ont fréquemment recours à des méthodes limites. Entraînés dans une spirale dramatique, ils vont devoir faire face à la mafia, aux Affaires Internes et à certains politiciens.

Si Michael Chiklis est exceptionnel et joue un policier hors norme, bon nombre d'autres personnages sont parfaitement campés, de Shane Vandrell à David Aceveda, en pensant par Dutch Wagenbach. A part une saison 4 un peu en-dessous (mais tout à fait regardable), la série aligne scènes choc et cliffhangers à un rythme incroyable.
Les protagonistes sont loin d'être caricaturaux et possèdent parfois des facettes contradictoires. Dutch par exemple, qui fait office de "gentil", peut aussi être parfois très inquiétant. 

La bande son est parfaitement choisie. La fin de la saison 2 notamment, sur Overcome de Live, est une pure merveille (l'on ne sait si la musique magnifie le jeu des acteurs ou si ce sont eux qui, sans un mot, parviennent à atteindre une telle puissance émotionnelle).

Il fallait une fin tragique à la hauteur des personnages, c'est ce qu'offre une septième saison aussi belle que désespérée. 
La série est certes dure, violente, mais d'une qualité d'écriture rarissime. L'intégrale est disponible en DVD, l'édition collector contenant de nombreux bonus (commentaires audio, scènes inédites...).


Kaamelott

Dans un genre très différent, la série d'Alexandre Astier s'impose comme LA grande réussite télévisuelle française (en même temps, il n'y a pratiquement aucune concurrence tant le reste de la production franchouillarde est majoritairement poussif et mal foutu) [2].

Outre l'humour de la série, apporté notamment par le décalage entre l'époque et des dialogues modernes, l'on peut noter une évolution particulièrement audacieuse et intelligente, Astier parvenant non seulement à changer de format (on passe de "pastilles" de quelques minutes à de longs épisodes de 50 minutes) et de ton (les saisons 5 et 6 notamment apportent un aspect dramatique qui renforce encore l'attachement que l'on peut éprouver pour les personnages).

Il faut insister sur le travail énorme d'Astier qui signe le scénario et la musique, réalise, s'occupe du montage et joue le rôle principal [3]. Une collection de BD a également vu le jour, celle-ci présente des aventures inédites, contemporaines du Livre I de la série TV. 

Reste la suite, que l'on attend encore et qui parait de plus en plus compromise malgré les déclarations du principal intéressé. Les "négociations" qui semblent nécessaires pour qu'il ait une liberté éditoriale complète n'ont toujours pas abouti et, pire, l'auteur parle maintenant d'autres difficultés, comme celle de trouver une date de tournage (si celui-ci avait lieu !) qui s'accorde avec les autres projets qu'il a en cours. 
Si on lit entre les lignes, ça ne sent pas très bon [4]


Deadwood

Nous sommes loin ici du western propret à la John Wayne, avec de bons sentiments et des chemises impeccables. 
La série conte l'histoire de pionniers, fraîchement débarqués dans Deadwood, un bled paumé qui connaît un regain d'activité depuis que de l'or a été trouvé dans les Black Hills.

La série mélange habilement fiction et faits historiques, de nombreux personnages principaux ont d'ailleurs réellement existés : Seth Bullock, Calamity Jane ou encore Wild Bill Hickok. L'essentiel de l'intrigue tourne autour de l'affrontement entre Bullock, nommé shérif et prenant son rôle très au sérieux, et Swearengen, patron de saloon et proxénète usant de méthodes assez peu recommandables, incluant la corruption, pour protéger son influence sur la ville.

Là encore l'écriture se révèle subtile, même Swearengen échappant au rôle du "parfait méchant" en devenant, peu à peu, sinon sympathique du moins plus humain. 
Malheureusement, le coût élevé de la série aurait apparemment précipité sa fin au bout de trois saisons. HBO a un temps parlé d'une conclusion sous la forme d'une mini-saison de six épisodes, puis de deux téléfilms, mais à ce jour, rien ne s'est fait (et rien ne se fera, vraisemblablement).

La fin est d'autant plus amère qu'elle n'était nullement prévue ainsi par David Milch, mais elle s'accorde plutôt avec le ton de la série, sombre et désenchanté.


Seinfeld

L'on retrouve une ambiance plus gaie avec tout simplement la plus grande sitcom de tous les temps, Seinfeld.

Les décors et les fringues ont un peu vieilli avec le temps, mais les répliques et situations sont toujours aussi excellentes. L'on suit ici l'humoriste Jerry Seinfeld dans sa vie de tous les jours, entouré de proches (son meilleur ami George, son ex Elaine et son voisin Kramer).
Le point de départ de la série est assez dingue, pour ne pas dire "couillu", puisqu'elle ne parle de... rien [5]. Du moins, rien de précis, car en réalité, la moindre petite situation quotidienne peut donner lieu à une discussion surréaliste et hilarante, que ce soit un simple diner, un message sur un répondeur ou la réparation d'un véhicule. 

L'on pourrait penser d'ailleurs que certains faits sont un peu "exagérés" mais, comme on peut l'apprendre dans les bonus des DVD, les pires situations sont en réalité tirées de faits réels, vécus par Seinfeld ou son compère d'écriture, Larry David [6]. Même Kramer, le personnage le plus taré du groupe, aux idées farfelues, existe bel et bien. Il a d'ailleurs un temps insisté pour interpréter son propre rôle et, après un refus, a même contacté NBC pour être payé pour l'utilisation de son nom.

L'un des points essentiels qui font de Seinfeld une série humoristique à part, c'est sans doute son absence de morale ou de moments "émouvants", ce qui lui donne un ton très politiquement incorrect.
Par contre, il est impératif de la regarder en VO, le doublage, en plus d'être truffé d'approximations, repose en effet sur des voix et un jeu d'acteur d'une médiocrité absolue, ce qui enlève tout son charme à la série. 


Real Humans

Une série plus récente, qui n'est pas américaine mais suédoise, ce qui prouve qu'il n'y a pas que les anglais qui peuvent faire des séries de qualité en Europe [7].

L'histoire se déroule de nos jours, dans une Suède alternative où l'usage d'androïdes très sophistiqués, appelé hubots (contraction de "humain" et "robot"), est devenu monnaie courante.
Les hubots servent d'ouvriers ou de femmes de ménage mais aussi d'objets sexuels, grâce à des programmes "pirates" permettant de les détourner de leurs fonctions premières.
Alors que certains humains commencent à songer à des actions violentes contre les hubots, une partie d'entre eux semblent commencer à éprouver des sentiments...

La série, dont les deux saisons actuelles ont été diffusées sur Arte, est une réussite exemplaire sur tous les points. Elle pose avec intelligence des problèmes moraux et philosophiques épineux et s'attarde sur le destin de personnages touchés par ce bouleversement social que constitue l'arrivée massive des hubots. 
L'histoire relève à la fois du drame, de la SF et de l'intrigue policière. Le tout avec ce côté dépaysant que peuvent avoir des décors suédois, plutôt inhabituels sur nos écrans.

Si la série a connu un succès d'audience relatif en France (pour Arte en tout cas, ce serait considéré comme un échec sur TF1), elle reste probablement la plus confidentielle de cette sélection. Et en est d'autant plus conseillée !




[1] J'ai volontairement laissé de côté des séries qui, malgré leur qualité, sont plus des adaptations (comme Walking Dead, tirée des comics éponymes, ou Game of Thrones, issue des romans A song of ice and fire).
[2] On se demande en même temps si les gens de télé comprennent vraiment ce qu'ils diffusent, ou même s'ils prennent la peine d'y jeter un œil. Sur Paris Première par exemple, où Kaamelott continue d'être rediffusée, une bande annonce claironne régulièrement que les téléspectateurs vont retrouver "Arthur, le roi le plus déjanté de tous les temps". Or Arthur, justement, n'a rien de "déjanté" dans la série, il est même particulièrement posé, a les pieds sur terre et assume normalement ses responsabilités. 
[3] Il a aussi insisté pour que les coffrets DVD aient la forme qu'on leur connaît, c'est-à-dire un look de vieux grimoires. Au départ, les responsables marketing voulaient un truc clinquant, avec les tronches des acteurs sur la couverture. Astier, à force de persuasion, a réussi à obtenir que le coffret de la saison 1 sorte sous les deux formes. L'essentiel des ventes s'étant effectuées avec les coffrets "livres", les suivants sont restés ainsi. Une nouvelle preuve que, lorsqu'un artiste sait ce qu'il fait, il vaut mieux suivre son avis plutôt que de vagues "spécialistes".
[4] L'on s'était gentiment amusé de cette situation lors de ce poisson d'avril.
[5] Dans la série, l'on voit Jerry vendre son idée de série à NBC, dans une sorte de mise en abîme. Lorsque les producteurs demandent de quoi elle parle, la réponse de George est surprenante et reste culte : "it's about nothing."
[6] Un acteur vint voir un jour Larry en lui disant que sa réplique était injouable, car personne de sensé ne réagirait ainsi dans une telle situation. Larry répondit alors : "Ah ? Pourtant ça m'est arrivé, et c'est exactement ce que j'ai dit."
[7] Difficile en Europe de détrôner les séries anglaises qui comptent dans leurs rangs des productions d'aussi grande qualité que Black Mirror, How not to live your life, Sherlock, Black Adder ou Utopia (dont les épisodes ont été censurés en France malgré le fait qu'ils aient été diffusés sur une chaîne payante). A côté, la grande majorité de la production française semble ridicule et bien frileuse.