04 janvier 2015

Les bonnes résolutions pour la dixième saison

Voilà, on y est. Avec 2015, voici la dixième saison UMAC qui commence...

Eh bien, je l'avoue, c'est étrange d'être encore là après tout ce temps. Bien souvent les blogs, voire les sites, naissent et meurent vite. Ou restent confidentiels. Oh, d'ailleurs, UMAC reste, d'une certaine façon, quelque peu à part. Pour des raisons importantes qui resteront au centre de nos chroniques.

Je me souviens d'un article de Milou, dans le magazine Hebdogiciel (dont j'ai parlé ici), qui disait que les lecteurs de Lefranc et Alix (les séries de Martin) étaient des cons. J'avais adoré ça. J'étais ado à l'époque, et je lisais Alix, Lefranc et pas mal de BD franco-belges. Mais, je ne m'étais pas dit "ce mec m'insulte", je m'étais dit "ce mec dit la vérité, il dit ce qu'il pense, sans aucune retenue" [1].
Et ça, je peux vous dire que c'était plutôt nouveau dans la presse de l'époque.
Certains ont sans doute pris leur plume pour dire leur colère à l'auteur de ces quelques lignes, moi, je me suis dit que ce mec était à suivre. Tout bêtement, je me suis dit que s'il pouvait se permettre d'être aussi direct, aussi violent, alors quand il vanterait une BD, ce ne serait pas de l'esbroufe ou du copinage, c'est qu'elle vaudrait le coup.
Et surtout, j'ai commencé à m'interroger sur la fiction en général. Parce que si un type comme Milou, qui avait l'air de savoir de quoi il parlait, prétendait que Lefranc ou Alix étaient des bouses, alors c'est peut-être aussi que quelque chose m'échappait.

Je ne suis plus adolescent aujourd'hui. Malheureusement. Mais j'ai toujours une tendresse pour Alix et Lefranc. Et une certaine admiration pour ce mec qui, il y a très longtemps, a mis ses neurones et ses couilles dans ses articles. M'obligeant à réfléchir, à découvrir d'autres choses sans pour autant abandonner mes convictions ou mes préférences.

UMAC a connu plusieurs étapes. Ce lieu reste néanmoins un blog majoritairement comics, et majoritairement BD (désolé pour ce pléonasme, rendu nécessaire par les modes ridicules qui segmentent l'art séquentiel de manière géographique).
Ce qui restera intact, et ce qui constitue la première des "bonnes" résolutions UMAC, tient en deux mots : neurones & couilles.
Certains trouveront cela vulgaire (même pour le premier terme), tant pis, ce n'est pas fait pour mettre sur la table lors du repas dominical, c'est fait pour garder dans un coin de sa tête. 
Réfléchir ne nuit pas. Jamais. Rendre public le résultat d'une réflexion, c'est déjà plus difficile. Cela entraîne des inimitiés, des réactions étranges...
Mais c'est ainsi. Sans courage, la réflexion ne vaut pas grand-chose. Et sans réflexion, les élans lyriques semblent bien vains.

La deuxième bonne résolution tient au virage qu'a pris UMAC, en s'ouvrant sur d'autres domaines, tous liés à la Pop Culture. De Univers Marvel & autres Comics, l'acronyme a pris le sens de Univers Multiples, Axiomes & Calembredaines.
Cela ne veut pas dire que l'on va chroniquer tous les films qui sortent ou tous les jeux vidéo. Simplement, on ne se refuse pas le droit d'évoquer d'autres supports, surtout lorsque l'on pense être devant quelque chose d'excellent ou au contraire de scandaleux. 

La troisième résolution, c'est le "zéro pub". 
Vous n'aurez jamais ici de fenêtres qui s'ouvrent automatiquement, de merdes qui clignotent ou de liens qui n'ont pas de rapport avec le sujet traité. 
La seule exception UMAC tient à la cause animale et reste discrète et gratuite.

Quand j'ai commencé ce blog, seul et sans doute maladroitement, les comics n'avaient pas le côté in, ou "à la mode", qu'ils peuvent avoir aujourd'hui. Ils restaient (et restent encore malgré tout, cf. cet article, entre autres) un ilot à part, dans un monde (la BD) déjà peu valorisé. 
Aujourd'hui, la tendance s'est inversée, les dangers ne sont plus les mêmes. Si les media généralistes continuent de pédaler dans l'ignorance, certaines micro-structures publient n'importe quoi, n'importe comment. Et même des éditeurs confirmés en viennent à parier parfois sur des noms plus que sur un travail et une histoire de qualité.

Il était faux hier de penser que tous les comics étaient merdiques, il est faux aujourd'hui d'imaginer que tous les comics sont dignes d'intérêt. Ou même simplement bien adaptés en France.
La quatrième résolution, la plus dure à tenir sans doute, c'est de ne pas céder à l'appel des sirènes.
De ne pas tout trouver "joli" ou "génial" sous prétexte que c'est publié, ou que c'est français (car, oui, il existe du "french comics", aussi improbable que cela puisse paraître [2]).
C'est difficile de "critiquer" quelque chose. Au sens "faire ressortir les défauts et qualités". C'est aussi parfois une question de barème. On attend plus d'Alan Moore, ou de Marvel, que d'un petit auteur inconnu ou d'un éditeur indépendant. MAIS, et le mais est sacrément important, on ne peut pas tout laisser passer sous prétexte que l'auteur est débutant ou l'éditeur nouveau. 

Il m'est arrivé de critiquer des encyclopédies, pleines de fautes mais aussi d'erreurs flagrantes au niveau des personnages, et la réponse que j'ai eu des auteurs était : "on n'a pas eu le temps de faire mieux."
Cette réponse-là ne doit jamais être acceptée par personne, ni les lecteurs, ni les auteurs, ni les éditeurs. Des excuses, tout le monde peut en produire, la France regorge d'usines à excuses.
Décrire correctement un personnage ne demande pas plus de temps que de raconter des conneries. Par contre, cela demande un minimum de connaissances et de rigueur. 
Ce règne du "tant pis", du "on verra", du "on s'en fout", me rend dingue !
Je ne dis pas ça en jugeant d'un regard extérieur.
En tant que correcteur, et même auteur, je suis confronté à des tas de problèmes. De tout ordre. Et pour chaque problème qui se présente, je pourrais - je voudrais même parfois - trouver 10, 50, 100 excuses ! 
Mon chat a mangé mon pdf !
Ma grand-mère a vomi sur mon fichier word !
J'ai été enlevé par des extraterrestres ! 
Je suis encore injoignable, car l'hôpital, l'armée et le gouvernement veulent absolument faire des prélèvements suite à cette histoire d'enlèvement ! Et j'ai horreur des coloscopies !!
Mais ça voudrait dire "j'abandonne".

Le propre d'un auteur, d'un critique, d'un journaliste, d'un éditeur, d'un traducteur, qui fait bien son travail, c'est de trouver des manières de surmonter les obstacles. Pas de trouver des raisons de s'arrêter dès qu'ils surviennent.
Oui, attention, voilà le gros mot, ça demande du travail. Et même des compétences.

Tout ne se vaut pas.
D'où la cinquième résolution. Tenter de faire le tri. Non en partant d'inclinations personnelles, mais de points techniques précis.
Si vous êtes de fidèles lecteurs, vous avez déjà compris que ces "résolutions" n'en sont pas vraiment, car elles s'appliquent déjà, et depuis longtemps.
Alors, oui, ça sera pareil. Et un peu différent. ;o)
Racine a écrit un jour "il n'est point de secrets que le temps ne révèle".
C'est je le crains assez vrai, et une raison supplémentaire pour accorder à la vérité un prix qu'elle semble ne plus avoir, même dans une certaine "presse" spécialisée.

On en était encore, en 2014, à annuler des expositions ou déclarer que lire est une habitude élitiste.
Ne vous plaignez pas, ce monde, c'est le nôtre. Il est bâti sur les briques de nos renoncements et de nos peurs.
Je ne sais pas ce que l'on fera de 2015, mais je sais ce que UMAC restera. 
Une sorte de Verdun virtuel [3]. Avec une différence.
Ici, l'on peut passer, mais pas en faisant n'importe quoi.

Bonne année à toi, ami lecteur.






[1] Attention cependant, j'estime aujourd'hui qu'il ne suffit pas justement de hurler son amour ou son mécontentement, mais qu'il faut au contraire démontrer en argumentant. En démontrant pourquoi, techniquement, quelque chose fonctionne ou, au contraire, ne marche pas. On ne peut plus se contenter d'un "j'aime/j'aime pas", surtout à l'ère du Net, qui a permis à tout le monde de s'exprimer, dans le chaos le plus total. La différence ne peut plus se faire sur la transgression mais sur la rigueur. Cela n'enlève rien au mérite des rédacteurs de l'époque. 
[2] Tendance que j'ai évoquée, à l'époque, dans le magazine Geek, en ratissant volontairement large, du très pro La Brigade Chimérique au très amateur (et très sincère dans l'âme) Grand Dédale, en passant par du Ringhorn par exemple. L'aboutissement du "genre", de cette french touch, me semble aujourd'hui connaître son apogée chez Delcourt, avec Fox-Boy.
[3] Loin de moi l'idée d'utiliser avec légèreté l'image de Verdun, je vous encourage à vous reporter à cet article pour en apprendre plus sur le lieu, sa haute valeur symbolique et le sacrifice insensé de ses Fils.