12 janvier 2015

Moon Knight par Warren Ellis

Sortie il y a quelques jours d'un album "all-new Marvel Now" qui concerne Moon Knight.

Nouveau relaunch, après celui de Spider-Man en kiosque, ce sont les premiers épisodes de la nouvelle série consacrée à Moon Knight qui sortent en librairie.
Le scénario a été confié à Warren Ellis (Iron Man, Fell, Black Summer, Ocean, FreakAngels...), les dessins sont l'œuvre de Declan Shalvey (28 jours plus tard...).
Avant de voir ce que cela donne, revenons un peu sur le personnage et ses incartades éditoriales récentes en France.


Marc Spector est un justicier aux personnalités multiples, ayant de sérieux problèmes psychologiques. Ancien mercenaire, ses pouvoirs lui viennent du dieu égyptien Khonshu, mais c'est surtout son entraînement de combattant et ses multiples gadgets qui lui permettent d'accomplir ses tâches nocturnes. 
En 2007/2008, sa série est relancée par Charlie Huston et David Finch. Si graphiquement c'est superbe, après un début prometteur et très musclé, l'on tombe rapidement dans quelque chose d'assez confus et difficile à suivre. 

En 2011, nouveau départ, cette fois avec Gregg Hurwitz à la manœuvre. Pour faire simple, je n'ai jamais vu Hurwitz écrire quoi que ce soit de bon (cf. Foolkiller ou La Splendeur du Pingouin). Si l'idée du conflit intérieur est riche de possibilités, une narration décousue et des dialogues indigents font rapidement sombrer l'on-going dans le grotesque.
En 2012, c'est Bendis, pourtant plutôt doué lui (cf. cet article), qui prend en main le destin du Chevalier de la Lune. C'est là encore très décevant (cf. cette chronique), avec notamment un Spector lisse et ennuyeux, Bendis passant complètement à côté de la si riche dimension psychologique du personnage...
Autant dire que jusqu'à présent, le héros n'a pas vraiment bénéficié d'un traitement soigné. 

Eh bien malheureusement, et malgré tout le talent d'Ellis, c'est encore un résultat mitigé qui nous attend ici.
La particularité de ces six épisodes tient au fait que ce sont tous des one-shots. Bien qu'il y ait parfois une sorte de fil conducteur, et quelques éléments que l'on peut retrouver d'un récit à l'autre, il s'agit donc d'histoires courtes et non d'un véritable arc. Cela ne pose pas de problème en soi, c'est même un intéressant exercice de style, mais encore faut-il que celui-ci présente un réel intérêt.
On débute "doucement" avec une enquête et une confrontation avec un tueur en série en guise d'introduction. Moon Knight affronte ensuite un sniper et des fantômes dans les deux chapitres suivants. Ces derniers sont assez visuels et ne contiennent que peu de texte, or l'aspect graphique étant loin d'être époustouflant, l'on reste franchement sur sa faim. On a déjà vu Shalvey être bien plus inspiré.
Arrivé à la moitié, le bilan n'est guère enthousiasmant, mais les plus persévérants pourront découvrir la suite qui s'avère tout de même meilleure.

Le quatrième épisode, intitulé "Sommeil", se penche sur le monde des rêves et installe une ambiance très bizarre, entre le métaphysique et le franchement malsain. Intéressant. Retour à la castagne avec le cinquième récit, qui voit Moon Knight libérer une petite fille en nettoyant un immeuble où ont pris position ses nombreux ravisseurs. Le principe fait un peu penser au film "Le jeu de la mort", avec Bruce Lee (chaque étage correspondant à un adversaire avec un style précis), même si les ennemis manquent ici (à part deux) de variété et de charisme.
Enfin, la dernière partie est sans doute la plus intéressante. Ellis met en scène un flic, jaloux de Spector et de sa position de consultant respecté au sein de la Brigade des Crimes Bizarres. On commence à avoir quelque chose d'un peu plus finement écrit mais cela arrive bien tard.

Encore une fois, c'est donc un très mauvais départ pour un Moon Knight qui mériterait pourtant mieux. A croire que le personnage est maudit. Si tout n'est pas à jeter dans cette version, l'auteur aligne trop d'épisodes faibles dans cette première fournée pour donner réellement envie de continuer à la suivre.
Dommage, d'autant que Panini fait l'effort de nous pondre un petit texte explicatif introduisant assez bien le personnage en début d'ouvrage (en même temps, pour une fois, ils ne pouvaient pas nous gonfler avec une adaptation ciné).

Globalement raté malgré quelques bonnes idées, trop peu nombreuses et insuffisamment exploitées pour générer de l'intérêt sur le long terme.

+ l'épisode final
+ le mélange enquête policière/paranormal
- les dessins parfois assez faiblards
- beaucoup d'action fade et sans intérêt
- la dimension psychologique, survolée, voire carrément laissée à l'abandon dans la plupart des récits