22 janvier 2015

Walking Dead : de retour sur la bonne voie ?

Le tome #22 de la série Walking Dead vient tout juste de sortir. Bilan sur une série en grand danger.

Il fut un temps où la sortie d'un nouvel opus de Walking Dead remplissait le lecteur assidu de joie. Impatient, fébrile, il tournait les pages et se délectait d'aventures cruelles mais parfaitement écrites. 
Depuis quelques tomes malheureusement, Robert Kirkman menait son œuvre phare droit dans le mur à grands coups d'inepties, d'invraisemblances et de maladresses (cf. surtout les tomes #19 et #20, d'une médiocrité aussi absolue que douloureuse). 
Le tir semble enfin être quelque peu corrigé, mais ne nous réjouissons pas trop vite.

Tout commence plusieurs années après la longue (et poussive) guerre qui a opposé Negan à Rick et ses compagnons. La première surprise tient donc à une énorme ellipse temporelle qui a permis aux différentes communautés de se développer. L'on ne construit plus seulement des armes dans l'urgence à Alexandria. L'agriculture a pris un réel essor, les survivants bâtissent des moulins, préparent une foire... ils écartent même les hordes de zombies des zones d'habitation, en les dirigeant presque comme du bétail. 
Rick est toujours un chef respecté, devenu quasiment une légende. Son fils, Carl, a bien grandi et souhaite devenir apprenti forgeron. Quant à Negan, il croupit en prison.

La seconde surprise est de taille mais s'avère rapidement être une cartouche mouillée. 
[Attention : Spoiler important] En effet, alors que deux types qui patrouillaient à l'extérieur se retrouvent en mauvaise posture, ils entendent les morts-vivants... parler entre eux. Là, on se dit que c'est original et couillu. Voilà même de quoi justifier la fameuse ellipse, temps nécessaire peut-être pour que les zombies évoluent. Manque de bol, l'idée s'avère être une bête fausse piste, rapidement transformée en simple technique de camouflage, procédé que l'on avait d'ailleurs déjà vu précédemment, en moins abouti. [fin Spoiler]
Enfin, un petit groupe de nouveaux rescapés arrive dans la communauté et s'avère quelque peu méfiant. Sympa mais insuffisant pour atteindre la tension des premiers tomes.

Du coup, où en est-on maintenant ? Eh bien Kirkman parvient, péniblement mais sûrement, à renouer avec le ton originel de la série. Les personnages ont des soucis relationnels, une menace latente, sourde, diffuse, plane continuellement, et l'on a même droit au retour des bons vieux cliffhangers de derrière les fagots, qui donnent envie d'en savoir plus et nous laissent tremblants d'excitation.
Ouf ! C'est peu de dire que l'on revient de loin.
Est-on complètement sorti de l'ornière pour autant ? Peut-être pas. 
Tout d'abord, il faut le répéter, Kirkman ne figure pas parmi les génies des comics ou les conteurs franchement habiles (cf. ce petit bilan de sa production). Le fait qu'il ait réussi à maintenir un aussi haut niveau de qualité pendant si longtemps est même assez inattendu, aussi, rien ne prouve qu'il soit capable de redresser durablement la barre.

Evidemment, il sera difficile de faire pire que les trois derniers tomes avant celui-ci (qui relevaient franchement du manque de travail et de sérieux plus que du manque d'inspiration), mais penser que l'on retrouvera facilement les sommets des dix premiers albums semble tout de même pour le moins très optimiste. D'autant que, dans ces six nouveaux épisodes, l'auteur ne donne aucun signe de bonne volonté quant à l'évolution de la série.
Après les évènements tragiques qui avaient conduit à la fuite de la prison, tout semblait possible, les possibilités narratives ne manquaient pas. Or, qu'a fait Kirkman ? Du surplace. Il a refait le coup du Gouverneur, le coup de l'endroit sympa à protéger et améliorer. Et lorsque l'on croit qu'il prend une direction innovante (cf. le spoiler ci-dessus), c'est pour l'annuler aussitôt. 
A l'heure actuelle, tout est encore possible. Revenir sur les premiers temps de l'épidémie, sous forme de flashback, expliquer les raisons de cette même épidémie, opposer Rick et son fils (ce qui serait dramatiquement exceptionnel), faire intervenir une nouvelle menace (un gouvernement provisoire ?), amener les survivants à partir à l'étranger, bref, ce ne sont pas les idées qui manquent.

Une seule d'entre elle pourrait condamner définitivement la série : ne rien faire, ne rien proposer de neuf, tourner en rond entre un Negan ridicule et de nouveaux protagonistes sans profondeur.
Ce tome nous permet de retrouver l'espoir mais ne soyons pas dupes pour autant. Pour que la trop longue parenthèse Negan ne soit qu'un mauvais souvenir, un moment d'égarement dans une œuvre magistrale, il va falloir prendre des risques et rétablir cette écriture nerveuse, ces personnages parfaitement ciselés et cette émotion essentielle qui nous laissait, à chaque nouveau comic, hagards et heureux. 

Un mot maintenant sur l'éditeur français, à savoir Delcourt, qui nous gratifie d'une bonne initiative et d'une opération purement commerciale. Commençons par l'heureuse initiative : ce tome contient, enfin, les covers en couleurs, sur papier glacé. Pas trop tôt. Pourquoi ne pas avoir opté pour le même procédé lors de la publication du guide Walking Dead, complètement gâché dans son édition française à cause d'un choix éditorial aberrant ? A l'époque, Thierry Mornet avait vaguement justifié le résultat immonde en parlant de "cohérence". Puisque, apparemment, ce souci de cohérence ne se pose plus, même au sein d'un même album, peut-être aurons-nous droit à un guide VF graphiquement digne de ce nom dans un avenir proche ?
Enfin, l'éditeur réédite les tomes #20 et #21 dans un ouvrage en crayonnés. Des crayonnés, pourquoi pas, cela permet de découvrir une ambiance visuelle très différente, mais pourquoi choisir précisément deux des pires volumes de la série alors qu'elle contient tant de bons albums ? Parfois, je me demande si les éditeurs lisent ce qu'ils publient. Et si la réponse est "oui", c'est encore pire...

Un tome qui ressemble enfin à du vrai Walking Dead.
On croise les doigts pour la suite.

+ ça bouge un peu
+ retour du suspense
+ aspect psychologique des personnages de nouveau crédible et fouillé
+ fin des invraisemblances 
+ covers en couleurs
- une piste étonnante et prometteuse vite avortée
- pas vraiment de grosse nouveauté ou une nouvelle orientation franche pour le moment