18 juin 2009

Step back in time

Quand Parker délaisse son costume rouge et bleu pour un vieux trench-coat, des lunettes d'aviateur et un gros calibre, cela donne Spider-Man : Noir.

New York, 1933. L'Amérique est en pleine dépression. La misère et la pauvreté touchent de plus en plus de personnes, la corruption gangrène tout et tout le monde. Pendant que le maire et le chef de la police passent du bon temps au Black Cat, un bar clandestin, Osborn s'occupe des basses besognes. Lui et ses hommes font régner la terreur sur la ville. Ils contrôlent jusqu'au Daily Bugle...
Ben Urich est un journaliste cynique et désabusé. Il regarde s'effondrer la ville autour de lui pendant qu'il plonge dans la drogue et l'alcool. Urich a appris à détourner les yeux, par lassitude, parfois pour un peu de fric. Et un jour, il prend sous son aile un jeune idéaliste prometteur qui lui rappelle ses jeunes années. Peter Parker a un but. Des convictions. Bientôt, il aura une vengeance à accomplir. Mais qui aurait peur d'une quasi épave et d'un gamin insolent ? Pas la pègre en tout cas. Du moins, pas encore...

Voici donc une variation de plus sur le thème de l'Araignée, avec pour cadre l'Amérique, plutôt violente, des années trente. Au scénario, David Hine (Silent War) et Fabrice Sapolsky nous plongent dans une ambiance de polar à l'ancienne. Les figures connues de l'univers de Spider-Man sont plutôt habilement recyclées : Felicia Hardy est la tenancière d'un speakeasy* appelé le... Black Cat, Adrian Toomes, alias le Vautour, est l'un des hommes de main de Osborn et la vieille tante May est encore plus radoteuse que jamais puisqu'elle endosse maintenant le rôle d'une agitatrice communiste !
Le côté super-héroïque est présent mais léger, la priorité ayant été laissée à l'atmosphère sombre et à l'aspect historique.

Au niveau graphique, c'est Carmine Di Giandomenico qui prend les choses en main. Si les intérieurs sont parfois un peu trop propres et lisses, les scènes extérieures ont déjà plus de charme, avec notamment quelques vues de New York sous la neige. La transformation de la tenue de Spidey est une grande réussite, avec un look à la fois rétro et classe. Signalons également quelques jolies idées, comme le rimmel de Felicia, coulant de ses yeux en pleurs, et formant le début d'une toile d'araignée.
L'histoire est donc sympa, les dessins à la hauteur, mais il manque un petit quelque chose à ces quatre épisodes pour les rendre vraiment inoubliables. Parker est ici plutôt fade, surtout en comparaison d'un Urich exceptionnel, et les gros bras d'Osborn peinent à faire vraiment peur, et ce même lorsqu'ils sont cannibales. Un comble.
Bref, une saga en demi-teinte qui vaut surtout pour le dépaysement.

Ce TPB en VO contient vingt pages de bonus. L'on retrouve les covers et les variants, quelques planches sur le design des personnages, des croquis et un travail préparatoire pour la mise en page. Le tout pour moins de 20 $, avec hardcover et papier glacé. Je vous le dis tout net, pour la VF (qu'elle soit publiée en 100% Marvel ou en Spider-Man HS), vous pourrez faire une croix sur ces quelques suppléments. Si je me plante, je promets de faire dorénavant mon jogging en portant un t-shirt "I love Christian Grasse". ;o)

Une petite déception donc, surtout en comparaison du potentiel énorme de la série qui aurait réellement mérité un "Noir" plus glauque et des personnages plus épais.

* Speakeasy : bar clandestin à l'époque de la prohibition