26 décembre 2009

The Goon : Cantique de la Racaille

Petite balade du côté de Lonely Street avec The Goon, un comic mélangeant truands, créatures grotesques et humour noir.

Goon et son pote Franky sont des durs à cuir, habitués à fréquenter les pires fripouilles. Ils cognent vite et fort et ne manquent pas d'occasions de jouer des poings, la ville étant infestée de zombies aux ordres de l'Homme sans Nom.
Et ce n'est pas la plus incroyable des étrangetés du coin ! Entre une araignée qui parle et joue au poker, des orangs-outangs qui prennent feu spontanément ou des bestioles aux nombreuses tentacules et aux moeurs légères, il y a largement de quoi s'occuper pendant les longues soirées d'hiver...

Si ce petit résumé vous paraît déjanté, vous n'êtes pas au bout de vos surprises. Car Eric Powell, scénariste et dessinateur de The Goon, nous livre à travers sa série un monde à part dans lequel les mafieux côtoient tranquillement vampires et robots tueurs.
Powell opte pour des histoires courtes - certes de qualité inégale - qui sont tout de même reliées par une trame générale. Certains personnages sont récurrents, quelques récits (notamment dans le tome #2) dévoilent le passé des deux compères et leur rencontre, dès l'enfance. L'horreur et la violence font partie de The Goon mais c'est surtout l'humour acide, parfois absurde, qui fait l'intérêt du titre. L'auteur ne manque pas d'imagination, notamment en ce qui concerne les insultes et menaces, et il n'hésite pas à mettre ses répliques assassines au service de parodies, comme le fameux Cantique de Noël de Dickens, revisité de manière musclée.

Entre deux ricanements se cache pourtant parfois une vraie émotion lorsque quelques larmes viennent glisser sur la peau épaisse d'un Goon qui n'est finalement qu'un gamin des rues, gentil au demeurant et rendu violent par des circonstances exceptionnelles. Même Franky n'endosse son rôle de sympathique crapule qu'après avoir été la tête de turc d'une bande de petites frappes sans coeur ni cervelle.
Les deux personnages principaux assument au final un rôle de protecteurs de leur quartier, écartant tour à tour les menaces les plus improbables. Sans cape ni masque - ni bons sentiments - ils sauvent une petite vieille ou risquent leur vie pour empêcher la mort atroce d'un savant malchanceux. Et s'ils s'arrangent avec la loi, ils ne font pas de compromis avec cette étrange morale des voyous à l'ancienne que même certains flics respectaient naguère.
Anti-héros à la fois totalement surréalistes et étonnamment humains, Goon et Franky possèdent la verve des fier-à-bras habitués à cacher leur souffrance derrière des coups et des grimaces. Ils n'en sont que plus attachants.

Graphiquement, c'est à la fois simple, beau et maîtrisé. L'utilisation de larges aplats ou de légers dégradés incite parfois certains à comparer Powell à Mignola alors que leurs styles ne sont pas si proches que l'on pourrait le croire. Powell n'utilise pas (ou peu) le clair-obscur propre à Mignola mais surtout, il n'hésite pas à expérimenter en se servant de photos pour une courte introduction, ou encore en employant un magnifique effet crayonné, sans encrage, pour donner un côté vieillot aux planches inspirées par A Christmas Carol. Les décors se limitent souvent à un fond de couleur mais lorsqu'ils sont plus complexes, ils développent ce que l'on pourrait appeler une esthétique du délabrement et de la saleté qui ne manque pas de charme. En tout cas le type n'est pas manchot et il obtient beaucoup avec peu. Ce qui reste tout de même un signe évident d'immense talent.
Les ouvrages, publiés chez Delcourt, contiennent en général des carnets de croquis, des illustrations de différents artistes ou encore des strips absents des albums US. Le tome #4 propose même une nouvelle (de Thomas Lennon, illustrée par Powell).

Une série qui ne se prend pas au sérieux et qui réserve de bonnes surprises.

"Oh allez ! C'était juste cinq ou six bidons d'huile de vidange ! Un gosse a pas vécu tant qu'il a pas eu un ou deux lavages d'estomac !"
Franky, sous la plume d'Eric Powell