04 juillet 2011

C'est l'histoire d'un mec...

On quitte momentanément les comics aujourd'hui pour plonger dans le monde du sport mécanique avec un Dossier Michel Vaillant consacré à Coluche.

Tout le monde ou presque a déjà au moins entendu parler de la série Michel Vaillant, créée par Jean Graton et reprise depuis 1994 par son fils, Philippe Graton. En parallèle des aventures du fameux pilote, des dossiers spéciaux sur les grands noms du sport automobile sont régulièrement publiés. Celui sur Coluche, épuisé depuis un moment, vient d'être réédité le mois dernier. Une bonne occasion pour évoquer cet homme extraordinaire sous un angle peu connu du grand public.

Le livre débute par un retour aux sources, lorsque la première passion de Michel Colucci commence à naître alors qu'il n'est encore qu'un gamin. Il rêve d'une Triumph mais c'est une 50 Suzuki qui sera son premier deux-roues. Ce véhicule utilitaire est censé lui permettre d'aider sa mère, fleuriste, pour les livraisons. En réalité, avec son ami René Metge, ils vont rapidement l'étrenner sur le circuit de Montlhéry, dont ils sont, déjà, des habitués.
Anecdotes et nombreuses photos permettent de découvrir l'univers d'un motard, un vrai, passionné de mécanique, fasciné par les pilotes et conquis par le côté "bande de potes" des motards. Coluche va d'ailleurs prendre l'habitude d'offrir régulièrement des motos à ses amis. Pas pour frimer mais pour faire plaisir. Il est comme ça le mec, pas nouveau riche mais ancien pauvre, prêt à donner sa chemise ou, comble de l'élégance, à recommander à des potes des "voitures d'occasion" dont il a préalablement (et secrètement, avec la complicité du garagiste) réglé la moitié du prix, leur évitant ainsi des remerciements qu'il juge inutiles.

On en arrive à la première BD qui retrace en fait l'histoire des records de vitesse, que ce soit sur des motos classiques ou des engins expérimentaux qui n'ont plus grand rapport parfois avec un deux-roues.
Il s'agit surtout d'une succession de dates et de modèles, le tout présenté par un Michel Vaillant qui joue les historiens.
La troisième grande partie de l'ouvrage s'intéresse plus précisément au record décroché par Coluche en 1985. Erick Courly, pilote, journaliste et ami du comédien, évoque quelques souvenirs et présente la BD suivante, racontant l'aventure, partie d'une simple discussion (une de plus) sur la moto. Le précédent record date de 1972. Il est détenu par un anglais, Hobbs, qui s'est d'ailleurs tué en tentant de l'améliorer. Coluche décide de s'y attaquer. Pour cela, il choisit le circuit de Nardo, en Italie. La première tentative relève de l'improvisation totale, Coluche et ses amis arrivent ("comme des manouches" dira Pierre Boudon) à bord d'une DS break dans laquelle ils ont chargé une Yamaha OW 31, même pas préparée. La deuxième tentative est cependant la bonne. Cette fois, les choses sont faites plus sérieusement, Coluche pouvant compter sur le savoir-faire de Gérard Le Coq, mécanicien du champion du monde Christian Sarron.
Le 29 septembre 1985, il bat le record du monde du kilomètre lancé en 750 cc avec une moyenne de 252,087 km/h. 
Tout cela est tout de même rapidement expédié (9 planches) et très informatif, mettant de côté l'aspect humain de l'histoire et les émotions qui auraient pu en découler.

Le dossier contient encore une galerie consacrée aux motos célèbres mais aussi à celles que possédaient Coluche et à quelques véhicules de sa collection. Surtout, l'on termine par un chapitre sur l'accident qui coûta la vie au fondateur des Restos du Coeur, ce qui est loin d'être inutile tant tout et n'importe quoi a pu être raconté sur ce triste jour. 
Nous sommes le jeudi 19 juin 1986. L'histoire se termine ici. Elle a bien une chute, mais personne ne la trouvera drôle.  Coluche, qui s'est établi dans le Sud pour écrire son prochain spectacle, est sur la D3, entre Grasse et Nice. Il roule, en compagnie de deux amis (Ludovic Paris et Didier Lavergne), vers Opio. Ils ne portent pas de casque mais, contrairement à ce que vont prétendre les media, ils ne roulent pas vite. Ils se baladent tranquillement. D'ailleurs, quel besoin un recordman de vitesse aurait-il de frimer sur une route de campagne ? L'expertise estimera la vitesse de Coluche à 60km/h (sur une portion de route limitée à 90). Une vitesse confirmée par ses deux amis, des témoins se trouvant dans une station-service et, surtout, l'état de la moto, presque intacte.
L'accident n'a pas non plus lieu à la sortie d'un virage mais en pleine ligne droite. Et le camion ne manoeuvre pas, il avance sur sa file, dans le sens opposé, presque au pas. De manière totalement insensée, il s'engage brusquement dans un virage à gauche alors que Coluche n'est plus qu'à quelques mètres de lui. C'est un véritable mur qui se dresse maintenant devant lui. Il est trop tard pour réagir. Michel vient percuter le camion et meurt sur le coup. Ses amis, à quelques mètres à peine derrière, ont le temps de s'arrêter sans même laisser de traces de freinage sur le sol, encore une preuve de leur allure modérée.
Le chauffeur, qui avait déclaré à la presse que Coluche roulait beaucoup trop vite, avouera plus tard aux gendarmes qu'il ne l'avait même pas vu.

Voilà un ouvrage qui aurait pu être plus poignant (les parties dessinées manquant finalement un peu d'âme), mais qui rend compte de l'essentiel au travers des témoignages des proches de Coluche : la profonde gentillesse et la générosité d'un homme hors du commun qui aura réussi à mettre sur pied une organisation caritative apportant des repas aux plus démunis (un minimum dans un pays comme la France, mais il fallut attendre qu'un bouffon le fasse) et fut à l'origine de la loi qui porte son nom et permet de faire profiter les particuliers de déductions fiscales lorsqu'ils font des dons. Après la bouffe, il souhaitait s'attaquer, à la rentrée 86, au problème de l'emploi. Nous ne saurons jamais quelle idée il avait en tête...

Une BD particulière, qui est surtout un reportage et dont l'intérêt repose sur le charisme exceptionnel de Michel Colucci.
L'ouvrage consacré à Coluche reste à ce jour la meilleure vente des dossiers Michel Vaillant.

"Le problème des rêves, c'est que c'est fait pour être rêvé."
Michel Colucci.