13 juillet 2011

Daredevil : Shadowland

Le 22ème numéro de Daredevil en 100% Marvel est un peu particulier, l'on se penche tout de suite sur cet arc intitulé Shadowland.

Daredevil, plus que jamais, tente d'imposer sa loi dans Hell's Kitchen. Avec l'aide de la Main, organisation dont il a pris la tête, il traque les gangs et criminels qui ont l'imprudence d'opérer sur son territoire.
Matt va cependant très loin. Après un nouveau combat contre Bullseye, il a en effet franchi une limite en tuant ce dernier. Ses amis s'interrogent sur ses méthodes tandis que la police, impuissante, ne peut que constater la peur qui contamine les rues de Hell's Kitchen.
Dans ce contexte, il suffit d'une étincelle pour mettre le feu aux poudres.
Quant à Daredevil, quelque chose de noir et puissant grandit en lui et renforce son emprise. Peu à peu, le héros bascule vers les ténèbres, combattant ses anciens alliés, mettant en danger ses plus proches amis...
Pour Matt Murdock, c'est peut-être tout simplement la fin.

Si vous êtes un habitué de la série Daredevil, publiée en 100% Marvel, première surprise, Shadowland est en fait un crossover et, pour une fois, les évènements principaux qui touchent Daredevil sont en fait contés en kiosque (dans le Marvel Heroes Extra #7). Pour bien faire et respecter l'ordre chronologique, il faudrait même lire alternativement les épisodes contenus dans le 100% Marvel et le MH Extra. Pas très pratique.
Voyons un peu le contenu. Le scénario est signé Andy Diggle et Antony Johnston, les dessins sont de Marco Checchetto et Roberto de la Torre. D'un point de vue graphique, tout va bien, les artistes ayant opté pour l'ambiance sombre et urbaine qui caractérise la série. Les décors sont même assez jolis.
Pour le récit, c'est tout autre chose.

On a pu lire ici et là que Shadowland allait révéler un visage jusqu'alors inconnu de Daredevil. Là on peut déjà se dire que ceux qui rédigent de telles accroches ont la mémoire bien courte. Le trip "dépression & descente aux enfers" est tout de même récurrent chez Murdock (cf Born Again, une saga tout de même culte). De plus,  sous l'ère Bendis, Daredevil avait déjà joué avec les frontières de la légalité et les codes moraux habituels des Masques (cf ce Deluxe et le Combat d'Anthologie #11). Il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil. Pire, faire moins bien ce que certains ont déjà fait (Diggle n'étant tout de même pas du niveau de Bendis), surtout lorsque l'encre des prédécesseurs est à peine sèche, cela revient à prendre un bien gros risque : celui de la comparaison.
Et à ce petit jeu là, Shadowland perd sur tous les plans.

On l'a vu, la thématique n'est pas nouvelle. Mais la manière de la mettre en oeuvre est ici bien maladroite, voire peu vraisemblable. Autant reprendre en main les affaires du Caïd était un retournement de situation crédible, autant bâtir une forteresse pleine de ninja au milieu de Manhattan, sans que les autorités fédérales ne s'en émeuvent, frise le grotesque (et rompt avec un certain réalisme qui faisait le charme de la série).
Il y a bien le meurtre de Bullseye, dont les conséquences psychologiques et morales pourraient être intéressantes, mais non seulement le débat philosophique est évité mais, en plus, Murdock n'étant pas réellement lui-même, ses actes ont une portée symbolique bien moins grande (exit donc la remise en cause du principe du "no kill").
Enfin, et c'est peut-être là le pire, l'on a du mal à se prendre d'affection pour les personnages (voire même à les reconnaître pour certains). Dakota North (qui a pourtant un potentiel à la Jessica Jones) ne sert qu'à jouer du flingue, White Tiger (tout comme Cage ou Iron Fist) fait de la figuration, quant à ce pauvre Foggy, il se retrouve à escalader la fameuse forteresse à mains nues... comme ça, sur un coup de tête. Alors, les encapés, ok, ils ont des pouvoirs, ils s'entraînent, c'est un postulat de départ qu'il faut accepter. Mais Foggy !! Il est avocat, pas alpiniste ! Ben ça fait rien, hop : "y'a des fissures entre les pierres, c'est bien suffisant ! je tombe même pas la veste et je m'en vais t'escalader ça fissa !"
Ben non, merde ! Un type normal, ça sonne à la porte et ça prend l'ascenceur, ça fait pas un remake de Vertical Limit

Bref, si Shadowland marque bien la fin d'une époque pour le Diable Rouge, on ne peut pas dire que ce soit franchement inspiré ou même maîtrisé. Et si en plus vous ne prenez que ce seul ouvrage, vous ratez l'essentiel de l'action. D'un point de vue éditorial, s'arranger pour publier la série phare en librairie (là où les lecteurs ont l'habitude de retrouver l'essentiel des aventures de Daredevil) aurait sans doute été plus logique.
Ceci dit, vu le manque d'inspiration et la platitude des situations et personnages, faire carrément l'impasse sur cet event ne serait pas forcément une mauvaise idée.

Difficile de ne pas avoir un petit pincement au coeur en regardant l'Homme sans Peur devenir l'Homme sans Intérêt.