06 juillet 2011

Quand sonne l'heure du Midnighter

Sortie ce jour d'un comic consacré exclusivement au Midnighter. Le point sur l'ouvrage et ce héros Wildstorm très particulier.

Si vous pouviez remonter le temps et buter Hitler, le feriez-vous ? Voilà une question souvent posée et débattue. Un certain Midnighter, lui, se voit imposer d'aller tuer Hitler. Alors qu'il n'est qu'un caporal, dans l'enfer des tranchées de la "der des ders".
Mais pour quelles raisons peut-on souhaiter la mort du futur Führer ? Des tas sans doute... empêcher les atrocités de la solution finale, épargner la vie des civils allemands pris dans l'horreur des bombardements alliés, rendre à l'Allemagne son honneur ou... ou peut-être faire pire encore que le sinistre Adolf.
Pour l'ami Midnighter, de toute façon, même si on lui a implanté une bombe dans le corps, il va la jouer à sa manière.
Cogner, taper, défoncer, et si ça résiste, augmenter les coups !

Voilà de nouveau Garth Ennis dans ses oeuvres. Après un ouvrage plus qu'intéressant sur divers épisodes de la seconde guerre mondiale (cf cet article), le bougre revient en mettant en scène un personnage qu'il connait bien et avec lequel il s'était déjà amusé dans The Authority : Kev et sa suite The Authority : Kevin le Magnifique.
Pour ceux qui ne connaitraient pas le fameux Midnighter, il s'agit d'un membre de l'équipe The Authority (cf les premiers épisodes réédités par les champions de Panini). Le type est connu pour être plutôt expéditif, ce qui le rapproche du Punisher, pour être assez peu aimable et vêtu de noir, ce qui le rapproche de Batman, et pour être gay, ce qui le rapproche de Peter Park... heu... non, enfin, de pas mal de gens quoi.
Alors, très honnêtement, ce n'est - et de loin - pas le meilleur Ennis. L'histoire est relativement naze (et implique une ridicule police temporelle), la fin est téléphonée et, surtout, pendant les cinq épisodes de cet arc principal, le Midnighter n'est ni sympathique, ni touchant, ni drôle, ni vraiment effrayant. 
Cela n'arrive pas souvent mais là, il faut reconnaître qu'Ennis tape un coup dans l'eau. Seule scène qui sort du lot : le moment où Midnighter est confronté à des gamins fanatisés. Et encore, la rencontre reste finalement fade et bien trop gentillette en comparaison de l'utilisation que certains ont fait (et font encore) des enfants au combat.

Reste pourtant le petit one-shot final qui, sans rattraper le tout, permet de terminer sur une note beaucoup plus positive. Les planches sont l'oeuvre de Glenn Fabry et dévoilent en fait un Midnighter et un Apollo vivant dans le Japon féodal. Outre l'aspect à la fois sage et sentencieux qui se dégage du récit, les auteurs mettent en fait en scène, au coeur d'un déluge de violence, une... simple histoire d'amour.
Une histoire certes contrariée, par l'ambition, par les petits jugements faciles, mais magnifiée également par un Midnighter loin de sa culture et de son époque "originelles" et symbolisant plus que jamais l'amour impossible des ténèbres pour la lumière, de la lune pour le soleil et... d'un homme pour un homme.
Il convient certainement d'y voir un peu plus qu'une acceptation de l'homosexualité. Il faut y voir, sinon la dualité de l'Homme, du moins, à l'évidence, la grande richesse de la philosophie orientale qui, aussi étrange que cela puisse paraître, peut voir dans l'inaction un mouvement, dans le combat la paix et dans la différence un partage immense.

Un ouvrage pas tout à fait à la hauteur du personnage. Le dernier épisode permet néanmoins d'insuffler une poésie, teintée de violence et d'intelligence, qui ne laisse pas indifférent et permet aux sabres de briller vraiment.