24 juillet 2011

Rex Mundi : La Couronne et l'Epée

Sortie ce mois du tome #4 de Rex Mundi, un volume important à plus d'un titre.

Cette fois, le monde est en guerre. Le Duc de Lorraine, appuyé par la chambre des Epées et celle des Robes, a réussi à annexer les Marches d'Espagne et à trouver un prétexte pour déclencher une offensive contre l'émirat de Cordoue, tout cela contre l'avis du roi. Par le jeu des alliances, la Prusse, le Saint Empire Romain, l'Angleterre puis la Russie et l'empire Ottoman sont entraînés dans le conflit. 
Louis XXII décide alors de tenter de reprendre le pays en main en dissolvant le parlement et en en faisant arrêter les membres. Cette action énergique n'aboutit cependant qu'à un début de guerre civile, la plus grande partie de l'armée restant fidèle à Lorraine. Ce dernier marche d'ailleurs maintenant, avec ses troupes, sur Versailles.
A l'est par contre, les nouvelles ne sont pas bonnes. Les prussiens progressent rapidement et prennent Bruxelles avant de s'approcher dangereusement de Paris.
Quant au Dr Saunière, trahi, il va bientôt être arrêté par l'Inquisition...

Après les premiers opus (ct tomes #1 - #2 - #3) qui exposaient l'univers particulier de Rex Mundi et ses personnages, développant une ambiance de polar ésotérique, nous assistons ici à un virage vers un récit plus martial et politique. Arvid Nelson reste le grand architecte du scénario mais c'est cette fois Juan Ferreyra (que l'on avait déjà un peu vu à l'oeuvre dans le troisième volume) qui s'occupe de la partie dessin. Son style est nettement plus lisse que celui de Eric Johnson qui avait su imposer une atmosphère sombre et inquiétante. Même si certaines planches conservent un réel charme, l'on peut noter quelques maladresses dans les postures et un manque de constance au niveau des visages. Rien de rédhibitoire tout de même, fort heureusement.

Plusieurs faits importants ont lieu dans ce nouveau récit, principalement orienté vers la géopolitique et les détenteurs du pouvoir en France. Rappelons que nous sommes dans une uchronie située dans les années 30. L'auteur joue habilement de la distorsion du temps et des évènements en faisant du duc de Lorraine une sorte de führer français (son emblème est d'ailleurs un croisement entre la symbolique croix de Lorraine et les couleurs nazies). Certains coups politiques du duc prennent alors un éclairage supplémentaire. L'on peut notamment voir dans l'annexion des marches d'Espagne un parallèle avec le sort réservé en leur temps aux territoires sudètes. Louis XXII, totalement dépassé, peut faire penser à une sorte d'étrange mélange entre Guillaume II, qui se montra régulièrement hostile aux projets d'Hitler et notamment à l'invasion de la Pologne, et Hindenburg, président vieillissant qui dut se résoudre à nommer Hitler chancelier mais n'hésita pas à condamner sa politique de persécution des juifs et obtint même quelques sursis, malheureusement très momentanés, pour certains d'entre eux, notamment les anciens combattants.
Le scénariste prend également à contre-pied certains faits stratégiques et militaires. Ainsi, les "alliés" (ici représentés par les empires germaniques et les nations islamiques) ne tardent pas à agir et profitent que les forces françaises soient occupées par l'invasion de Cordoue pour frapper. Un éloignement que n'avait pas su exploiter l'état-major français, empêtré dans une logique défensive qui datait d'une guerre, alors que le gros de l'armée allemande liquidait la Pologne.
Bref, un captivant jeu de points communs, de différences, d'amalgames qui rend cette épopée uchronique d'autant plus crédible et lui donne un parfum douloureusement familier.

Du coup, la quête du Graal et l'enquête de Saunière n'avancent qu'à petits pas, mais l'ensemble est suffisamment passionnant pour que l'on ne puisse pas s'en plaindre.
L'ouvrage contient également quelques bonus dont une introduction de Bill Whitcomb (qui livre une réflexion intéressante sur les points communs pouvant exister entre gnose et magie ou quête mystique et enquêtes), une galerie d'illustrations (dont une, que j'aime beaucoup, par Humberto Ramos), et même une histoire courte publiée à l'origine dans Dark Horse Book of Monsters. Et bien entendu, l'on retrouve les habituelles cartes et extraits de journaux. Si l'on ajoute à cela une traduction sans faille, l'on est sans surprise devant l'un des achats vivement conseillés du mois.

Une quatrième partie réussie dans laquelle les mystères de l'Eglise font place aux manipulations politiques et à l'affrontement entre nations. 
Ambitieux et maîtrisé.